22 janvier 2019
Critiques

Santa & Cie : Balance maman hors du traîneau !

Tu attends avec impatience de savoir qui sera ton héros ou ton héroïne de Noël cette année ? Tu te demandes toujours pourquoi Alain Chabat a décidé de se faire pousser cette sémillante, mais urticante turbo-barbe, si c'était pour se perdre pendant trois pauvres minutes dans cette endive trop cuite de "Valérian Et La Cité Des Mille Planètes" ? Ça tombe bien : la réponse à ces deux questionnements existentiels est arrivée dans les salles obscures pour la Saint-Nicolas et elle devrait te faire plaisir malgré ses imperfections.

On veut bien sûr parler de "Santa & Cie" ! Le retour tant attendu derrière la caméra mais aussi derrière la plume d'un des mecs vivants les plus drôles du pays de Charles Baudelaire et de Cyril Hanouna, Alain Chabat, raison principale pour laquelle ce qui aurait pu avoir l'air d'être un film de Noël extrêmement codifié nous chauffait autant. Certes, "Santa & Cie" est quand même en bonne partie un sauvetage de l'esprit de Noël comme on a pu s'en farcir par packs de seize. Toutefois, c'est aussi une œuvre imprégnée de l'identité de son auteur et qui parvient même parfois à redynamiser certaines des convenances scénaristiques avec lesquelles il doit composer.


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Au bout de quelques dizaines de secondes, la simple apparition en bas à droite de l'écran de la mention « D'Après Une Histoire Vraie » suffit à nous rassurer : de l'humour malin et doué d'une identité propre, il va y en avoir partout. Des calembours à gauche, des contrepèteries à droite, de l'absurde devant, du slapstick derrière, de l'absurde en haut, de la référence en bas…

Alain Chabat pète le feu et ça se sent ! À l'image de ce qui devait se passer dans sa tête pendant la conception et l'exécution de son long-métrage, ce qu'on a à l'écran bouillonne d'idées de comédie sans jamais se perdre. Maniant avec aisance les différents styles d'humour pour en tirer (presque) à chaque fois une trouvaille comique qui semble ne pouvoir venir que de son imagination, Alain Chabat déploie dans le gag une rythmique presque imperfectible et est d'une générosité telle que chacun y trouvera de quoi se poiler. Même un aigri comme l'auteur de ces lignes n'a rien pu faire d'autre que de baisser pavillon face au mélange de français et de borborygmes revenant à chaque échange entre Santa et ses rennes, aux insultes sauce Fêtes De Fin D'Année, à une scène pince-sans-rire de ventriloquie ou à une bagarre dans une pharmacie qui aurait pu être une vidéo de Rémi Gaillard. Même l'habituellement si irritante comédie du poisson hors de l'eau fonctionne parce que le film se garde de faire passer les habitudes d'un univers ou de l'autre pour des habitudes incongrues.

Plutôt que de nous faire réciter les règles de son monde avec l'application d'un élève ayant bien appris sa leçon façon "Wonder Woman", le personnage issu d'un univers fantastique donne l'impression de parfaitement en connaître les us et les coutumes à chaque fois qu'il doit y faire référence. À aucun moment la forêt de Santa ou la ville de Paris ne sont décrédibilisés par le long-métrage et leur confrontation rend le film tout public dans le meilleur sens du terme : si l'émerveillement et la candeur du premier univers t'en touche une sans bouger l'autre, tu seras peut-être plus convaincu par le traitement plus réaliste et adulte du second. De toute manière, que ce soit dans le fantasque ou dans le terre-à-terre, chaque univers est suffisamment bien exploité pour que tu te laisses prendre. Certes, ça finit par un peu tourner en rond mais c'est un concept comique tellement mal exploité d'habitude qu'il serait malvenu de faire la fine bouche face à un traitement pour une fois correctement torché.

Paraît que "Santa & Cie" aurait nécessité 22,5 millions d'euros à produire, soit un peu plus de 26 millions de dollars. Histoire de comparer avec un autre film qui baladait le spectateur entre un univers imaginaire et un univers réel en 2017, précisons que ça représente moins de la moitié de la somme nécessaire à la conception et à l'exécution d'une croûte comme "La Tour Sombre". Pourtant, c'est celui qui est pété de thunes qui a l'air fauché. Là où Nikolaj Arcel filmait platement et noyait sous un tristounet éclairage baveux deux-trois bicoques vermoulues perdues entre quatre arbres censés représenter une forêt, Alain Chabat met en valeur par ses cadres et ses mouvements de caméra ainsi que sa chaleureuse lumière un vrai monde imaginaire. La fabrique à merveilles et la forêt qui l'entoure regorge de trouvailles au point de presque justifier un deuxième visionnage pour ne rien rater de ce foisonnement de créativité. Même le spectateur le plus blasé ne pourra pas s'empêcher d'écarquiller les yeux lors de la visite de l'usine à jouets du Père Noël tant le déploiement d'idées a de quoi laisser coi. Quand on prend cela en compte, on se dit que ce serait quand même un peu faire subir les plus outrages aux postérieurs des mouches que de préciser que certaines scènes de vol en traîneau auraient pu être mieux travaillées.

Plus que ce détail, on retiendra plutôt une vraie synergie entre le personnage, le film et l'artiste. Il a beau être un peu égocentrique, Santa est un fabricateur de rêves pouvant faire preuve de la même générosité que celle démontrée par "Santa & Cie". Pour incarner un tel personnage, il fallait donc bien s'octroyer les services d'un comédien qui lui ressemble. C'est sans doute parce que Alain Chabat est devant la caméra que le long-métrage est aussi tendre et mignon alors qu'il aurait pu être cucul la praline 2000. C'est peut-être un peu vache mais la performance d'Audrey Tautou laisse voir ce qu'aurait pu être un tel projet si Alain Chabat n'en avait pas été la figure de proue. Si ça avait été à la Mère Noël d'aller faire les courses, cette grosse sucrerie qu'est tout de même "Santa & Cie" aurait sans doute été juste indigeste tant la comédienne ne parvient pas à trouver la juste mesure dans la mièvrerie d'un personnage heureusement peu présent. En plus, elle n'est pas aidée par une perruque blanche supposément là pour la vieillir mais qui ne fait jamais oublier que l'actrice a à peine dépassé la quarantaine.


Un Comté De Noël

Allez, c'est le moment de casser l'ambiance : l'écriture de "Santa & Cie" excelle dans l'humour. Néanmoins, elle est contradictoirement plus paresseuse pour tout le reste. "Santa & Cie" a beau avoir de la gueule, être très bien rythmé et être aussi drôle que mimi tout plein, son fond donne tout de même pas mal dans le téléfilm fantastique à l'américaine de sauvetage de l'esprit de Noël. On a juste remplacé les tranches de cheddar par une bonne sauce fromagère bien de chez nous mais les personnages et l'enchaînement des scènes restent quand même bloqués par les codes du genre. Certes, sans développement, "Santa & Cie" aurait pu se contenter de semer la quête de son protagoniste de pitreries mais plus il essaie de raconter quelque chose, moins il est convaincant. L'apprivoisement mutuel entre la famille et le personnage venant d'un autre monde, le rapport de chaque personnage à Noël, les problèmes de couple, les valeurs véhiculées par les fêtes de fin d'année…

"Santa & Cie" est paradoxalement aussi limité dans son histoire et dans ses personnages qu'il est ingénieux dans son humour. Il y a bien quelques idées un peu riches de potentiel comme par exemple ce que la connaissance exhaustive qu'a Santa de chaque Terrien permet de révéler du rapport de ce dernier à son enfance ou encore la dichotomie qui existe entre cette connaissance et l'ignorance de ce qu'est réellement un enfant. Malheureusement, l'une n'est jamais creusée et l'autre est complètement gâchée parce qu'un autre personnage l'explicite verbalement. On a même une incohérence majeure qui effrite pas mal les fondations sur lesquelles l'univers de Santa repose : sachant qu'il est capable de se téléporter (non, non, même pas besoin d'une cheminée pour servir de portail : Santa, il prend Diablo et Sangoku quand il veut !) et que sa hotte peut transporter une quantité illimitée d'objets, pourquoi est-ce qu'il voyage en traineau ?


Le sapin n'a pas les boules

On peut le rapprocher d'"Au Revoir Là-Haut" dans le sens où c'est aussi l'œuvre d'un artiste français très talentueux qui aurait pu être un film mortel s'il avait su rester au niveau de son premier tiers mais qui n'est au final que sympathique en raison des deux suivants. Cependant, les grosses faiblesses scénaristiques ne sont pas rédhibitoires tant "Santa & Cie" est mignon tout plein, tendre à en crever, très bien rythmé et aussi créatif dans son humour que dans son visuel. Purée, Alain, tu nous avais manqué !
Auteur :Rayane Mézioud
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