16 décembre 2018
Critiques

Sauver ou périr : Au feu, les pompiers, la maison qui brûle…

« Un, deux, trois », la voix de Pierre Niney résonne dans la scène d’ouverture. Se succèdent en rythme les titres du générique et les images d’un massage cardiaque. Avec cette séquence, Frédéric Tellier donne le ton. Après "L’Affaire SK1", premier film glaçant, le réalisateur renouvelle l’immersion totale, mais cette fois-ci au cœur de la vie et des interventions des sapeurs-pompiers de Paris.

Sauver ou périr suit le parcours de l’un d’entre eux : Franck — incarné par Pierre Niney —, est un jeune pompier heureux et ambitieux. Marié, il vit à la caserne avec sa femme Cécile (jouée par Anaïs Demoustier) et ses deux filles. Mais le tableau se noircit brutalement. Lors d’une intervention pour contrer un incendie, le soldat du feu se retrouve piégé au cœur des flammes. Il se réveille huit semaines plus tard à l’hôpital, dans l’unité des grands brûlés. L’homme qui jusque-là se pensait invincible va devoir accepter ses failles et l’aide qu’on lui tend pour réapprendre à vivre.

Dès les premières minutes, le spectateur est happé par cet univers où tout n’est qu’instantané et rapidité. Les sirènes stridentes se succèdent, accompagnées par le bruit des bottes et les silhouettes en uniforme. C’est cette démarche quasi documentaire qui donne à cette première partie de film toute sa saveur. Le réalisateur fait découvrir avec brio un univers inconnu, parfois fantasmé. Les entraînements, les appels, certaines interventions qui entachent parfois la mémoire plus fortement que d’autres ; mais aussi une vie et quotidien plus joyeux avec sa vie de famille, son bal des pompiers et l’amitié fraternelle au sein de la caserne.

Malheureusement, la partie post-accident est là où le bât blesse. Focalisée entièrement sur le personnage de Franck, la caserne disparaît petit à petit et laisse la place à l’environnement bleu et aseptisé des chambres d’hôpital. Le milieu est froid, et le temps s’allonge ; tant pour les personnages que pour le spectateur. Les séquences sont tire-larmes, et malheureusement assez peu surprenantes. Le déni, le rejet de la famille, la haine de soi… Des thèmes attendus mais malheureusement traités uniquement du point de vue du personnage de Franck.

Même si certaines scènes sont nécessaires et extrêmement bien exécutées (en particulier celle du cauchemar où tout s’entremêle dans la tête du personnage), le mélodrame est clairement établi, et le réalisateur laisse plusieurs inconnues : le traumatisme au sein de la caserne, et celui plus en profondeur au cœur de la famille. Fait étonnant et plutôt regrettable, alors même que Frédéric Tellier sait pourtant particulièrement bien manier ces scènes. Le spectateur en vient à regretter la présence un peu trop effacée du personnage de Cécile. Anaïs Demoustier a une unique scène notable pour marquer l’éloignement à la fois physique et psychologique de son personnage face à son mari : le dialogue avec le médecin à qui elle confie ses doutes et ses peurs, assez magistrale. Quand bien même la dernière demi-heure de film sait rester réaliste, le larmoyant n’est jamais bien loin, avec la reconquête de l’amour familial et la recherche du pardon par le personnage principal. En conséquence, l’amertume reste en bouche.

La prestation des acteurs reste cependant convaincante. En particulier celle de Chloé Stefani, dans la peau de l’infirmière. L’actrice a su se démarquer et montrer toute l’humanité de son personnage, comme ses fêlures.

Avec "Sauver ou périr", portrait poignant d’un homme brisé et vibrant hommage aux soldats du feu, Frédéric Tellier dresse surtout avec habileté le portrait de vocations diverses, du sapeur-pompier à l’infirmier, en passant par les combats menés au sein de la famille.

Auteure : Amandine Letourmy

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