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S1MONE

Un film américain de Andrew Niccol avec Al Pacino et Catherine Keener.

Sortie le 18 septembre 2002.

 

 

 

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Viktor Taransky est un réalisateur qui voit le film de sa vie ruiné par les caprices d’une star et par la production qui le lâche après plusieurs échecs. Par miracle, un illuminé virtuose, grand admirateur de ses œuvres, lui laisse en héritage la clé du problème : une star sur disquette, une actrice virtuelle, Simone (pour SIMulation ONE). Le succès est phénoménal… 

1°)AVIS

Comme dans le dernier Woody Allen, un réalisateur oscarisé, divorcé et considéré comme fini, fait les frais de l’hypocrisie du milieu. Comme Woody Allen, Andrew Niccol tire sur la machine hollywoodienne qui défait les succès et les carrières aussi vite qu’elle ne les fabrique. Comme dans Hollywood Ending, les ressorts comiques reposent sur la complicité entre le réalisateur et le spectateur. Complicité compassionnelle et affective envers un soi-disant looser, et complicité de « crime » puisque nous partageons l’imposture.

Une fois ces détails remarqués, la comparaison s’arrête là. Le réalisateur de l’excellent Bienvenue à Gattaca et scénariste du non moins excellent Truman Show, va beaucoup plus loin dans la réflexion, même s’il se base sur une comédie. Comme dans les films cités plus haut, où son empreinte est clairement marquée, Andrew Niccol se plaît à dénoncer les dangers d’une technologie effrayante et pourtant fascinante qui a une fâcheuse tendance à effacer l’homme et la réalité au profit du virtuel, du faux.

Plus exactement, loin d’être réactionnaire, ce n’est pas tant la modernité qui est mise en cause par Niccol mais plutôt l’incapacité notoire de l’homme de la contrôler sans tomber dans l’excès. D’où cette inquiétude de laisser entre les mains d’un enfant un jouet qui requiert de la sagesse. Andrew Niccol pousse tout à l’extrême : le réalisateur, interprété par Al Pacino, n’arrive plus à faire croire à l’imposture. Et le créateur se retrouve piégé. Plus c’est gros, et plus ça marche. Et pourtant, on retrouve dans Simone la même sobriété visuelle que dans le Truman Show. Les couleurs pastel et uniformes des studios et le lieu secret de création soulignent le vide, la superficialité, le faux, le fabriqué, tout comme la simplicité avec laquelle on peut tromper les gens. 

Cet homme si crédule, qui donne tant d’importance à l’image, si enclin à l’idolâtrie. Les phénomènes de masse, la manipulation à petite et grande échelle, la simulation, la tromperie, voilà des thèmes que Niccol traite à merveille, avec toujours comme fil conducteur la création. Le créateur et la créature. Tel Ed Harris dans The Truman Show, tel Pacino dans Simone, Andrew Niccol est un Dieu aux manettes d’un laboratoire humain géant, dans des studios où tout peut être arrangé, truqué. Dans ses films, la mer et l’espace sont omniprésents, l’infini guette, mais la réalité ne tient qu’à un fil, toujours prête à basculer. Al Pacino, une fois plus époustouflant, est ce grand acteur idéal pour un personnage qui se joue du système. Désemparé, ingénu, machiavélique, grand joueur, Pacino est impressionnant. Rachel Roberts, en icône virtuelle, incarnant la star idéale pour son premier rôle, interprète Simone avec certainement plus de mérite qu’il n’y paraît. Même quand on sourit énormément, avec une bouche concurrençant celle de son homonyme Julia.

Mais la vraie révélation du film est certainement Pruitt Taylor Vince, qui interprète la fille de Pacino, et qui pourrait devenir aux côtés de Leelee Sobieski et Natalie Portman une des toutes meilleures actrices du futur.

Alessandro Di Giuseppe

 

2°)AVIS

Andrew Niccol semble s’être spécialisé dans la thématique de la mystification. En 1997, il avait signé le scénario de TRUMAN SHOW dans lequel Jim Carrey était leurré par l’environnement et les personnes qui l’entourait. La même année, il avait réalisé son premier long métrage intitulé BIENVENUE A GATTACA où Ethan Hawke prenait la place de Jude Law et trompait un monde régi par la perfection génétique.

Dans S1M0NE (abréviation du logiciel Simulation One), Viktor Taransky, un metteur en scène tombe en disgrâce lors du tournage de son dernier film. Il trouve pourtant le salut grâce à un programmeur informatique qui lui lègue son ultime création : une actrice virtuelle (à l’écran, Rachel Roberts, non créditée au générique) ayant la capacité de reproduire les mimiques et le jeu des plus grandes actrices, d’Audrey Hepburn à Grace Kelly, en passant par Marilyn Monroe, Sophia Loren et Lauren Bacall, pour ne citer qu’elles. Le succès aidant, la notoriété de sa créature numérisée prend de l’ampleur et notre réalisateur se retrouve bientôt dans la position de l’arroseur arrosé. Aurait-il vendu son âme au diable ?

Ainsi Andrew Niccol propose non seulement une fable caustique sur l’usine à rêves que représente Hollywood mais également une satire sur la célébrité et ses travers. Par exemple, on y retrouve quelques personnages à la limite de la caricature comme ces journalistes avides de scoops ou cette actrice capricieuse à outrance (Winona Ryder dans deux courtes apparitions convaincantes).

En outre, le récit glisse une intéressante réflexion sur le pouvoir manipulateur des images. Coutumier des registres du drame et du polar, Al Pacino démontre qu’il peut s’illustrer dans la comédie avec une parfaite aisance. Il faut le voir se démener comme un beau diable et déployer des trésors d’ingéniosité (parfois farfelus) afin de sauvegarder son secret ou tenir des monologues devant sa comédienne digitale.

S1M0NE est une œuvre à découvrir qui réunit avec une certaine habileté la comédie et l’anticipation, adoptant en permanence un ton pour la dérision tout en conservant son aspect visionnaire.

Fabien Rousseau

 

3°)AVIS

Notre capacité à fabriquer du faux dépasse notre capacité à le détecter". Parti de cette phrase qu'il fait prononcer à son personnage, Andrew Nicol (scénariste de The Truman Show de Peter Weir et réalisateur de Bienvenue à Gattaca) lance une réflexion autour du pouvoir de l'image, virtuelle ou non, et de son influence sur nos sociétés modernes. Viktor Taransky, "deux fois nominé aux Oscars", en a marre de passer ses journées à satisfaire les moindres caprices de ses stars sur les plateaux de tournage. Une dispute avec l'actrice vedette de son film le met à la rue, sans actrice, sans studio et sans avenir. C'est alors qu'un étrange scientifique l'aborde en prétendant avait trouvé un remède à ses déboires : une actrice parfaitement virtuelle manipulable à souhait et toujours disponible. D'abord incrédule, Viktor Karansky finit par jeter un oeil sur cette invention miraculeuse. Simone naît peu après et devient très vite une star d'envergure internationale.

Après le côté glacial, presque figé, de Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol aborde ouvertement le domaine de la comédie, quand bien même cette comédie évoque des sujets sérieux. A travers le personnage parfaitement fictif de Simone, Viktor espère bien trouver une reconnaissance publique qui lui a toujours fait défaut. Simone lui volera son succès, amalgame de célébrités, le personnage, constitué de seuls pixels attire vite la sympathie des foules qui, même dans ses excès les plus sordides, lui gardera son affection. La créature échappe à son créateur, parabole moderne d'un monde régi par des images plus factices les unes que les autres.

Enferré dans le mensonge de sa machination et attiré par un argent qui coule à flots, Taransky finira par tuer la poule aux oeufs d'or. Drôle, le film l'est assurément, ne serait-ce que lorsqu'il montre un Al Pacino mimant les gestes de sa création en prenant un air affecté tout en s'envoyant des fleurs par Simone interposée. La réalisation, parfaitement lisse, colle très bien à cet univers et jette derrière l'immédiateté du rire un regard aussi cynique qu'effrayant sur un monde dans lequel l'image règne en maîtresse absolue.

C'est là le propre du cinéma d'Andrew Niccol, ce qui le rend si singulier et si attachant : sa capacité à faire réfléchir tout en divertissant. Bien avant l'heure, The Truman Show critiquait les dérives possibles d'une télé-réalité poussée dans ses derniers retranchements; dans Bienvenue à Gattaca, c'était aux dérives médicales d'être montrées du doigt. Et si, à chaque fois, une certaine froideur semblait prévaloir, le héros s'en sortait grâce à son côté humain, avec ce qu'il implique de défauts et de qualités. Il en est de même pour Simone qui, tout personnage parfait, qu'elle soit n'en reste pas moins un pantin, dangereux lorsque l'on ne voit qu'avec ses yeux…

Andrew Niccol nous incite à regarder plus loin, y compris à propos de son propre film, un geste courageux de la part d'un cinéaste venu d'outre-atlantique quand on voit quel degré de superficialité règne sur la plupart des films américains contemporains.

Guilaume Branquart

 

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