1°)AVIS
Comme dans
le dernier Woody Allen, un réalisateur oscarisé, divorcé et considéré
comme fini, fait les frais de l’hypocrisie du milieu. Comme Woody
Allen, Andrew Niccol tire sur la machine hollywoodienne qui défait
les succès et les carrières aussi vite qu’elle ne les fabrique.
Comme dans Hollywood Ending,
les ressorts comiques reposent sur la complicité entre le réalisateur
et le spectateur. Complicité compassionnelle et affective envers
un soi-disant looser, et complicité de « crime » puisque
nous partageons l’imposture.
Une fois ces détails remarqués,
la comparaison s’arrête là. Le réalisateur de l’excellent Bienvenue
à Gattaca et scénariste du non moins excellent Truman Show, va
beaucoup plus loin dans la réflexion, même s’il se base sur une
comédie. Comme dans les films cités
plus haut, où son empreinte est clairement marquée, Andrew Niccol
se plaît à dénoncer les dangers d’une technologie effrayante et
pourtant fascinante qui a une fâcheuse tendance à effacer l’homme
et la réalité au profit du virtuel, du faux.
Plus exactement, loin d’être
réactionnaire, ce n’est pas tant la modernité qui est mise en
cause par Niccol mais plutôt l’incapacité notoire de l’homme de
la contrôler sans tomber dans l’excès. D’où cette inquiétude de
laisser entre les mains d’un enfant un jouet qui requiert de la
sagesse. Andrew Niccol pousse tout
à l’extrême : le réalisateur, interprété par Al Pacino, n’arrive
plus à faire croire à l’imposture. Et le créateur se retrouve
piégé. Plus c’est gros, et plus ça marche. Et pourtant, on retrouve
dans Simone la même sobriété visuelle que dans le Truman Show.
Les couleurs pastel et uniformes des studios et le lieu secret
de création soulignent le vide, la superficialité, le faux, le
fabriqué, tout comme la simplicité avec laquelle on peut tromper
les gens.
Cet homme si crédule, qui
donne tant d’importance à l’image, si enclin à l’idolâtrie. Les
phénomènes de masse, la manipulation à petite et grande échelle,
la simulation, la tromperie, voilà des thèmes que Niccol traite
à merveille, avec toujours comme fil conducteur la création. Le
créateur et la créature. Tel Ed Harris dans The
Truman Show, tel Pacino dans Simone, Andrew Niccol est un Dieu
aux manettes d’un laboratoire humain géant, dans des studios où
tout peut être arrangé, truqué. Dans ses films, la mer et l’espace
sont omniprésents, l’infini guette, mais la réalité ne tient qu’à
un fil, toujours prête à basculer. Al Pacino, une fois plus
époustouflant, est ce grand acteur idéal pour un personnage qui
se joue du système. Désemparé, ingénu, machiavélique, grand joueur,
Pacino est impressionnant. Rachel Roberts, en icône
virtuelle, incarnant la star idéale pour son premier rôle, interprète
Simone avec certainement plus de mérite qu’il n’y paraît. Même
quand on sourit énormément, avec une bouche concurrençant celle
de son homonyme Julia.
Mais la vraie révélation
du film est certainement Pruitt Taylor Vince, qui interprète la
fille de Pacino, et qui pourrait devenir aux côtés de Leelee Sobieski
et Natalie Portman une des toutes meilleures actrices du futur.
Alessandro
Di Giuseppe

2°)AVIS
Andrew
Niccol semble s’être spécialisé dans la thématique de la mystification.
En 1997, il avait signé le scénario de TRUMAN SHOW dans lequel
Jim Carrey était leurré par l’environnement et les personnes qui
l’entourait. La même année, il avait réalisé son premier long
métrage intitulé BIENVENUE A GATTACA où Ethan Hawke prenait la
place de Jude Law et trompait un monde régi par la perfection
génétique.
Dans
S1M0NE (abréviation du logiciel Simulation One), Viktor Taransky,
un metteur en scène tombe en disgrâce lors du tournage de son
dernier film. Il trouve pourtant le salut grâce à un programmeur
informatique qui lui lègue son ultime création : une actrice
virtuelle (à l’écran, Rachel Roberts, non créditée au générique)
ayant la capacité de reproduire les mimiques et le jeu des plus
grandes actrices, d’Audrey Hepburn à Grace Kelly, en passant par
Marilyn Monroe, Sophia Loren et Lauren Bacall, pour ne citer qu’elles.
Le succès aidant, la notoriété de sa créature numérisée prend
de l’ampleur et notre réalisateur se retrouve bientôt dans la
position de l’arroseur arrosé. Aurait-il vendu son âme au
diable ?
Ainsi
Andrew Niccol propose non seulement une fable caustique sur l’usine
à rêves que représente Hollywood mais également une satire sur
la célébrité et ses travers. Par exemple, on y retrouve quelques
personnages à la limite de la caricature comme ces journalistes
avides de scoops ou cette actrice capricieuse à outrance (Winona
Ryder dans deux courtes apparitions convaincantes).
En
outre, le récit glisse une intéressante réflexion sur le pouvoir
manipulateur des images. Coutumier des registres du drame et du
polar, Al Pacino démontre qu’il peut s’illustrer dans la comédie
avec une parfaite aisance. Il faut le voir se démener comme un
beau diable et déployer des trésors d’ingéniosité (parfois farfelus)
afin de sauvegarder son secret ou tenir des monologues devant
sa comédienne digitale.
S1M0NE
est une œuvre à découvrir qui réunit avec une certaine habileté
la comédie et l’anticipation, adoptant en permanence un ton pour
la dérision tout en conservant son aspect visionnaire.
Fabien
Rousseau

3°)AVIS
Notre
capacité à fabriquer du faux dépasse notre capacité à le détecter".
Parti de cette phrase qu'il fait prononcer à son personnage, Andrew
Nicol (scénariste de The Truman Show de Peter Weir et réalisateur
de Bienvenue à Gattaca) lance une réflexion autour du pouvoir
de l'image, virtuelle ou non, et de son influence sur nos sociétés
modernes. Viktor Taransky, "deux fois nominé aux Oscars", en a
marre de passer ses journées à satisfaire les moindres caprices
de ses stars sur les plateaux de tournage. Une dispute avec l'actrice
vedette de son film le met à la rue, sans actrice, sans studio
et sans avenir. C'est alors qu'un étrange scientifique l'aborde
en prétendant avait trouvé un remède à ses déboires : une actrice
parfaitement virtuelle manipulable à souhait et toujours disponible.
D'abord incrédule, Viktor Karansky finit par jeter un oeil sur
cette invention miraculeuse. Simone naît peu après et devient
très vite une star d'envergure internationale.
Après le côté
glacial, presque figé, de Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol aborde
ouvertement le domaine de la comédie, quand bien même cette comédie
évoque des sujets sérieux. A travers le personnage parfaitement
fictif de Simone, Viktor espère bien trouver une reconnaissance
publique qui lui a toujours fait défaut. Simone lui volera son
succès, amalgame de célébrités, le personnage, constitué de seuls
pixels attire vite la sympathie des foules qui, même dans ses
excès les plus sordides, lui gardera son affection. La créature
échappe à son créateur, parabole moderne d'un monde régi par des
images plus factices les unes que les autres.
Enferré dans
le mensonge de sa machination et attiré par un argent qui coule
à flots, Taransky finira par tuer la poule aux oeufs d'or. Drôle,
le film l'est assurément, ne serait-ce que lorsqu'il montre un
Al Pacino mimant les gestes de sa création en prenant un air affecté
tout en s'envoyant des fleurs par Simone interposée. La réalisation,
parfaitement lisse, colle très bien à cet univers et jette derrière
l'immédiateté du rire un regard aussi cynique qu'effrayant sur
un monde dans lequel l'image règne en maîtresse absolue.
C'est là le
propre du cinéma d'Andrew Niccol, ce qui le rend si singulier
et si attachant : sa capacité à faire réfléchir tout en divertissant.
Bien avant l'heure, The Truman Show critiquait les dérives possibles
d'une télé-réalité poussée dans ses derniers retranchements; dans
Bienvenue à Gattaca, c'était aux dérives médicales d'être montrées
du doigt. Et si, à chaque fois, une certaine froideur semblait
prévaloir, le héros s'en sortait grâce à son côté humain, avec
ce qu'il implique de défauts et de qualités. Il en est de même
pour Simone qui, tout personnage parfait, qu'elle soit n'en reste
pas moins un pantin, dangereux lorsque l'on ne voit qu'avec ses
yeux…
Andrew Niccol
nous incite à regarder plus loin, y compris à propos de son propre
film, un geste courageux de la part d'un cinéaste venu d'outre-atlantique
quand on voit quel degré de superficialité règne sur la plupart
des films américains contemporains.
Guilaume Branquart
Le
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