24 janvier 2019
Critiques

Solo: A Star Wars Story : Han Service

Une saga artisanale

C'est potentiellement la franchise la plus puissante du monde. En plus d'être extrêmement rentable. Œuvre d'un modeste artisan nommé George Lucas (originaire de la petite ville de Modesto justement), la saga "Starwars" naquit dans la douleur avec la sortie de "",La Guerre des Etoiles en 1977. Conçu dans l'indifférence la plus totale et doté d'un budget minuscule, cet Episode IV (comme il fut rebaptisé un an après) fut ce qu'Hollywood appelle aujourd'hui un « sleeper hit » ; un succès-surprise. Le formidable écho qu'il eut auprès du public, révéla une chose : George Lucas toucha du doigt quelque chose de son époque. Conçus en quasi-totale indépendance les Episodes V et VI finirent de construire ce qu'on appellera le « mythe Starwars ». Un mythe toujours vivace malgré l'absence de films entre 1983 et 1999.

Devenu prisonnier de son œuvre, George Lucas, dans un geste ressemblant à un infanticide, saborda son œuvre avec la prélogie qui suscita critiques et rages des fans. Les fans justement. Les premiers à applaudir le rachat de LucasFilm par Disney en 2012.


Une machine à imprimer des billets

Ne sachant plus trop quoi faire de son œuvre encombrante, Lucas revend à Disney son empire pour la somme de 4 milliards de billets verts. Il s'agit maintenant d'exploiter au mieux la marque « Starwars » en sortant un film par an et de faire marcher à fond le « fan service ». Sur le modèle Marvel, Mickey souhaite « feuiletonner » la saga en ajoutant aux films canoniques des « spin-off » ; à savoir des films autonomes (ou presque) qui exploitent les aventures non évoquées par les films originaux. Pour boucher les trous en quelque sorte.


Après ROGUE ONE, voici SOLO.


Un film inutile

Personnage emblématique des premiers épisodes, Han Solo disposait d'un arc narratif bouleversant. Chasseur de prime égoïste, il fait la rencontre de véritables amis et, surtout, de la femme de sa vie. Une rencontre qui fera entrer la lumière dans son âme rabougrie et lui fera embrasser une cause plus grande que lui. Chef d'œuvre d'écriture, l'Episode IV faisait déjà apparaitre en creux le passé de ce personnage fascinant. En effet, au détour de quelques répliques bien senties et à la faveur du jeu impeccable d'Harrison Ford, le passé d'Han Solo était déjà là. D'où l'inutilité de cette préquelle foireuse qui n'a d'autre motivation que la pérennisation du cours de bourse d'un empire des médias.

En contradiction totale avec le personnage d'origine ce Han Solo jeune n'a aucune aspérité ni subtilité. Enfoiré de première sous les traits d'Harrison Ford, il est ici un post-ado capricieux et amoureux transi d'une femme qui ne l'aime pas. Rien dans le jeu de l'acteur, dont j'ai oublié le nom, n'évoque le personnage de Han Solo comme il a été conçu à l'origine. Sans aucun intérêt, l'histoire nous conte un banal braquage. Du côté des personnages, les seuls suscitant l'intérêt disparaissent trop vite. Le film préfère agiter les vieux hochets du passé en nous resservant les motifs des anciens films rehaussés des effets spéciaux d'aujourd'hui.

Ainsi, ce métrage paresseux nous rejoue la scène de la cantina, fait entrer dans le champs un sosie de R2D2 et prend des allures de publicité pour le Faucon Millenium. D'autant plus qu'ici il est flambant neuf ! Quant aux scènes avec Lando Calrissian, elles ne sont que les versions filmées de dialogues de "L'Empire contre-attaque". Rien de nouveau donc.


Un film malade

Ron Howard fait ce qu'il peut pour sauver le film qui nous réserve tout de même une jolie scène sur un train lancé à pleine vitesse. Arrivé en catastrophe sur le projet (suite au renvoi des deux précédents réalisateurs), le cinéaste de "Backdraft" et de "Rush" a fait le pompier de service en retournant en quatrième vitesse la quasi-totalité du film. Solide faiseur, Ron Howard a déployé son pragmatisme et son efficacité pour rendre sa copie dans les délais. Il est sans doute là l'exploit de ce film. A défaut d'être bon, il témoigne du professionnalisme hors normes d'un cinéaste qui aurait dû être à la barre d'entrée de jeu.

Le studio Disney a si peu confiance en cet univers qu'il se contente de revisiter le passé en nous concoctant des préquelles faisandées qui l'enferment au lieu de l'étendre. Quand verront nous film se situant sur d'autres planètes ? Avec de nouveaux personnages ; complètement déconnectés de ceux que nous connaissons ? Le risque et l'innovation ne semblent apparemment pas être à l'ordre du jour des réunions des exécutives. Mais plutôt comment maximiser le cours de bourse afin de s'acheter une énième piscine, une énième villa ou financer un énième divorce ?

Vain et paresseux ce "Solo" ne laisse rien présager de bon quant aux futurs spin-off qui sont annoncés : un film sur Bobba fett et un autre sur Obiwan Kenobi. A quand un film sur les poils de Chewbacca ou le fameux lait bleu ? Que contient-il exactement ? Est-il riche en calcium ? Pourquoi est-il bleu ? Existe-t-il en pack de 1 litre ?
Auteur :Fouad Boudar
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