24 janvier 2019
Critiques

Solo: A Star Wars Story : L’essentiel est là : le fan service

Présenté hors-compétition au festival de Cannes 2018, "Solo : A Star Wars Story" s'est fait descendre par la presse qui a assisté à la projection. La Croisette et les blockbusters ne sont pas forcément compatibles. "Indiana Jones 4" en avait déjà fait les frais il y a quelques années. Ce nouveau spin-off de "Star Wars" est-il la catastrophe annoncée ? Réponse

Pour un fan de "Star Wars", ce nouveau film sur la jeunesse de Han Solo présente un dilemme. D'un coté, c'est un film de sa saga préférée, un de plus. Désormais, c'est le petit plaisir annuel là où il fallait, par le passé, attendre plusieurs années entre chaque long-métrage. D'un autre coté, ce rythme de production amène une dilution du matériel "Star Wars" suscitant à chaque fois la crainte de voir un film qui ne respecte pas l'essence d'origine. Il est important de rappeler le contexte de production avant de faire pencher la balance.

Cette dernière a été, selon le propre mot du distributeur, catastrophique ! Les réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, ont quitté le navire en plein milieu du tournage pour, officiellement, "divergences créatives". Des divergences qui ont concerné leur propre interprétation du scénario. Ce dernier a été écrit par Lawrence Kasdan et son fils Jonathan. Le premier nommé a été choisi par George Lucas et Kathleen Kenedy pour sa connaissance de l'univers "Star Wars" et sa compréhension de l'essence du personnage de Solo. Le scénariste avait déjà signé les scripts de "L'Empire contre-attaque", "Le Retour du Jedi" et "Le Réveil de la Force".  Autant dire que son influence est indiscutable dans la production. Les deux réalisateurs de départ ont donc été remplacés par Ron Howard qui aurait retourné plus de 80% du film en six mois !

Le cinéaste britannique a déjà une belle filmographie, il est surtout une valeur sure. Le mot le plus souvent utilisé dans la presse pour qualifier sa réalisation sur "Solo", c'est « classique ». Dans les conditions qui furent les siennes, il faut lui reconnaître qu'il parvient à éviter la catastrophe en choisissant un parti-pris : filmer à l'ancienne, sans trop d'effets spéciaux et d'explosions comme les films à l'origine du mythe. Un semblant de retour au source confirmé par un tournage qui s'est déroulé en majeure partie dans les studios britanniques de Pinewood. Même si cela donne un film qui a peu de scènes en extérieur.

Sans être exceptionnelle, la réalisation fait donc le job. Ce n'est donc pas cet élément qui cristallise les nombreux avis divergents. Ce sont les choix du récit et le respect de l'œuvre "Star Wars" qui font débat. Plus précisément le traitement des personnages, pour ne pas dire du personnage principal, puis l'utilisation des références à la saga.

Retour sur Lawrence Kasdan, qui a donc choisi de présenter un Han Solo comme un voyou sur une obscure planète. Un jeune homme qui veut partir avec la jeune femme dont il est amoureux. Plan qui ne se passe pas comme prévu, il est obligé de partir seul et se promet de revenir libérer son amie. Voilà comment est introduit le fameux contrebandier incarné par Harrison Ford. En d'autres termes, un bon gars. Et cela va se confirmer tout au long du film. Venant d'un scénariste qui dit connaître parfaitement Han Solo, l'interrogation s'installe face à une telle figure de la saga présentée à l'origine comme égoïste et franc tireur. La satisfaction d'en savoir plus sur ce personnage emblématique, d'assister à la naissance de sa complicité avec Chewie est pourtant bien présente. Impossible pour autant de ne pas se demander si ce Han Solo là est vraiment fidèle à son aîné.

Et lorsqu'il s'agit d'évoquer les personnages, ils ne font que souligner le manque d'ampleur du scénario. Solo est tout de même le film qui se veut être l'introduction non seulement de Han Solo, mais aussi de Chewbacca, de Lando Calrisian et du mythique Faucon Millenium. D'importants marqueurs de la saga "Star Wars", certes honorés sans grossières erreurs, mais sans que ce soit à leur hauteur. Il faut espérer que, si une suite voit le jour, ils auront droit à plus d'ambition.

Le respect des aînés et des références, c'est une des qualités de spin-off. Car, oui, c'est un spin-off, un récit secondaire qui s'inscrit dans une franchise. Les références à celle ci sont donc nombreuses. Du fan service. De quoi les rassurer, les installer dans leur univers chéri. Cependant, l'excès n'est pas loin. Trop de fan service. Car la multiplications des références masque aussi un grand manque d'originalité. Aux apparitions discrètes, il faut ajouter certaines scènes qui sont des échos modernisés à celles de la saga.

Le dilemme de "Solo" est d'être un film fait pour les fans, avec suffisamment de qualités pour leur offrir un bon divertissement. Merci à Ron Howard et au casting du film d'avoir juste fait ce qu'il fallait. Par son récit, le film est en même temps le plus banal de la saga, loin de l'extraordinaire héros qui est à l'honneur...
Auteur :François Bour
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