19 novembre 2018
Critiques

The Disaster Artist : Un hommage de James Franco

Soyons clair, je mets les affaires médiatiques de côté, je ne jugerai pas l'homme mais l'artiste. James Franco est un excellent acteur, de la comédie pure ("This is the End") en passant par l'indépendant ("Spring Breakers"), mais également par la série culte ("Freaks and Geeks"). Il est indéniable de dire qu'il a du talent. Cependant ses réalisations passent un peu inaperçues, pour preuve, on ne peut pas citer un film de James Franco de tête. Est-ce que "The Disaster Artist" dérogera t-il à cette règle ?

"The Disaster Artist", d'après le roman éponyme de Greg Sestero, raconte l'histoire extravagante mais réelle de la création du film considéré comme le pire nanar au monde : "The Room". Le film de James Franco est presque calqué sur celui-ci, c'est un lien d'amitié fraternel qui relie Tommy Wiseau et Greg Sestero et qui les poussent à entreprendre "The Room" sans jamais lâcher l'affaire. C'est bien normal, alors que Tommy soit joué par James Franco et Greg par Dave Franco. On y retrouve aussi un casting composé d'amis proches des deux frères à l'instar de Seth Rogen, Judd Apathow, Alisson Brie, etc.

Pourtant ce qui choque au premier abord c'est la réalisation de James Franco qui laisse vraiment à désirer. Tous les cadres sont insipides, du coup les péripéties, aussi étonnantes soient-elles, deviennent plates. Ce qui est dommage puisque le film a une ambiance bien particulière ; même si la caméra portée offre un aspect plus documentaire, une introspection malheureusement bien trop évasive dans l'univers de Tommy. Combinaison entre portrait d'un artiste déchu, obsédé par son image et sa vision, ainsi que celui d'un making-of ou l'empathie prend au fur et à mesure le pas sur l'humour.

Le plus jouissif, dans "The Disaster Artist", c'est le mimétisme que James Franco arrive à retranscrire du point de vue acting, il incarne Tommy Wiseau à la perfection : de son accent, à sa posture, en passant par son rire, il offre un personnage touchant qui se tient droit dans ses principes. De plus, le réalisateur et acteur recrée certaines scènes du film d'origine, plan par plan et réplique par réplique, avec un timing millimétré ; c'est honorable mais c'est trop artificiel. Cependant, cela démontre une nouvelle fois le talent d'acteur et c'est principalement ce qui tient le film, sa prestation et non sa réalisation.

Pour conclure, "The Disaster Artist" n'est pas une œuvre d'exception, elle reflète ce qu'il y a de plus simple en nous, notre naïveté et notre persévérance. Pourtant la simplicité que délivre James Franco et la curiosité admirative qu'il porte à Tommy Wiseau est bien présente et assez touchante. Ce film témoigne plus d'une envie d'incarner que d'une envie de réaliser dans le sens où la réalisation est bien trop innocente. Tout comme "The Room", le film n'est vraiment pas marquant, c'est un plus un peu maladroit, mais intéressant.

Au final, on sent que James Franco n'est pas dans la même démarche que le film "Ed Wood" de Tim Burton, il n'a pas réellement d'empathie « amoureuse ». Il est plutôt dans un aveu de compassion comme si James Franco nous disait qu'il est passé par l'échec, et que tout artiste, un jour ou l'autre, doit y passer. Néanmoins, il ajoute que, par cet échec, le film Tommy Wiseau entre dans la légende du cinéma, pas pour les bonnes raisons, et restera à tout jamais le meilleur des désastres artistiques.
Auteur :Antoine Dubuis
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