21 novembre 2018
Critiques

The Florida Project : The Grand Disneyland Motel

Après "Tangerine", en 2015, le réalisateur Sean S. Baker est de retour pour un sixième long-métrage et pas des moindres : à la croisée des mondes de "Little Miss Sunshine" et de "Springbreakers", "The Florida Project" fait le portrait d'une Amérique pauvre mais haute en couleurs. Aux portes du parc d'attraction Disney Floride, la petite Moonee vit avec sa mère à peine sortie de l'adolescence, Halley. Elles occupent la chambre d'un motel où la misère se cache sous une épaisse couche de peinture violette, le Magic Castle Motel.

Entre petits boulots illégaux et une éducation plutôt inexistante, Halley essaie tant bien que mal de payer chaque semaine sa chambre et de nourrir sa fille. C'est le portrait d'une mauvaise mère, d'une “white-trash” et en même-temps on ne peut s'empêcher de ressentir une certaine admiration devant cette jeune-femme résolument rebelle et impertinente. Les gamins qui errent dans le motel, toujours à l'affût d'une bêtise, sont complètement mal élevés, mais on ne peut que se réjouir de les voir emmerder le monde.

"The Florida Project" poursuit la tendance néon is the new technicolor de ces dernières années, avec un mélange de premier degré et d'ironie. On ne peut s'empêcher de voir dans le Magic Castle Motel une réinterprétation Walmart du "Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson. Parsemé çà et là de références au "Magicien d'Oz", le film montre l'ambivalence d'un monde qui peut sembler féerique à hauteur d'enfant, avec ses couleurs friandises et ses mille bêtises à faire, mais où les adultes voient la pauvreté, les prédateurs qui rôdent, la prostitution. 

Les Etats-Unis sont le pays où le moindre parking miteux peut devenir un objet culturel pop et un grand moment de cinéma, où les gens de tous les jours sont des personnages cultes, mention spéciale à Sandy Kane (Peaches does Herself, comédie musicale expérimentale), interprète de la géniale Gloria qui bronze topless à la piscine du motel.

La bande des sales gosses menée par Moonee, suivie de ses acolytes Scooty et Jancey, est féroce, attachante et hilarante. Ces enfants un peu livrés à eux-mêmes jouent à se faire peur, avec insouciance. Déjà ils ont intégré certains codes du monde des adultes, dont le premier est qu'on a toujours besoin d'argent. Ils veulent tout casser, pénétrer dans tous les endroits interdits, se gaver de gaufres au sirop d'érable, “tabasser” le leprechaun qui se trouve au pied de l'arc-en-ciel. Au pays des enfants stars, ceux-là font figure d'exception, c'est comme s'ils faisaient déjà leur crise post Disney (coucou Britney Spears et Lindsay Lohan) avant d'avoir atteint l'âge de dix ans.

Enfin, bravo à Willem Dafoe pour son rôle de garde-fou en homme à tout faire du motel, qui veille sur ses pensionnaires avec bonté. Il ne profite pas de la misère, lui-même surnageant à peine au-dessus de la précarité et fait ce qu'il peut pour rendre ce monde plus juste. En toute discrétion, il est un rempart contre le danger et pose un regard profondément humain sur ces gens que nous rangerions aisément dans la catégorie “cas sociaux”.

"The Florida Project", c'est un peu un "Marie-Antoinette" de Sofia Coppola désenchanté, avec la superbe Halley dans le rôle de la blonde éthérée et une pizza pepperoni dans le rôle des macarons. C'est un très beau premier rôle au cinéma pour l'actrice Bria Vinaite, découverte sur instagram et que la rumeur pressentirait désormais pour une nomination aux Oscars …

Foncez voir ce petit bijou irrévérencieux et terrible, tellement américain et tellement universel.
Auteur :Yvanna Trambouze
Tous nos contenus sur "The Florida Project" Toutes les critiques de "Yvanna Trambouze"