17 février 2019
Critiques

The Jane Doe Identity : Symptômes de l’uniformisation d’un genre

"The Autopsy of Jane Doe" est le nouveau film du norvégien André Øvredal qui s'était précédemment illustré avec la sympathique série B "Troll Hunter" (2011). Sans être transcendant "Troll Hunter" proposait une atmosphère travaillée et un usage enthousiasmant du procédé « found footage », procédé impliquant une caméra ballottant constamment et un mode de narration empêchant le film d'être réellement apprécié en dehors du cercle des aficionados du sous-genre. Avec "Jane Doe", Øvredal rejoue la carte du concept intrigant (des chasseurs de Trolls caméra au poing dans "Troll Hunter", deux légistes devant le cadavre d'une inconnue dans "Jane Doe") tout en resserrant le lieu de l'intrigue (une morgue).

Suivant ses personnages dans un lieu unique et exigu, milimétrant leurs déplacements, Øvredal fait du cadavre de Jane Doe le pilier central de la pièce (on assumera le double sens renvoyant au théâtre) et le point de convergence des regards. C'est cette approche qui fait la réussite de la première moitié de "The Jane Doe Identity" (un retitrage français tout de paradoxe, et en anglais en plus). Le cadavre de la jeune femme anonyme est d'abord un élément anodin sur la table de travail de nos deux protagonistes, un père et son fils tous deux médecins légistes, mais se meut peu à peu en un personnage à part entière et l'emploi d'une actrice pour incarner le cadavre n'y est pas étranger. En faisant de Jane Doe un troisième personnage, le réalisateur fait naître un malaise insidieux. Le regard professionnel des deux hommes sur le corps nu de la jeune femme se fait dérangeant, l'autopsie se meut en une série de sévices corporels et puis…

Et puis rien. A l'instant où Øvredal tenait le véritable moteur d'une œuvre perturbante et audacieuse, il largue les amarres et se laisse aller à toutes les facilités qui font qu'au final "The Autopsy of Jane Doe" ne se différencie que trop légèrement des productions d'horreur mainstream dont sont gonflés les multiplexes.

Alors qu'il avait jusque-là travaillé la dichotomie des caractères de ces deux personnages masculins, le père bourru (Brian Cox) s'attachant aux faits pour déterminer les causes de la mort, et le fils (Emile Hirsch) plus sensible et enclin à romancer la vie des cadavres dont il s'occupe, laisse brutalement tomber ses ambitions premières reléguant le postulat de départ à un concept séduisant mais mal exploité. La fascination exercée par le corps de Jane Doe, d'abord sur le personnage d'Emile Hirsch, puis contaminant à travers son regard le spectateur, est brutalement évacuée dès lors que le film bascule dans un surnaturel des plus bateaux. Avec ses effets de trouille sonores aussi faciles que tonitruant, la seconde moitié du film ruine les efforts de la première.

Il s'avère difficile de passer outre un certain sentiment d'amertume tant les 45 premières minutes autorisaient à fonder les espoirs les plus fous pour la suite. En l'état, "The Jane Doe Identity" se révèle symptomatique de l'uniformisation d'un genre qui se pense en devoir de laisser le spectateur en sécurité dans sa zone de confort en adoptant une posture distanciée dès que le malaise pointe son nez (ici l'intrusion du fantastique pour couper court au geste voyeuriste voire évacuer un possible soupçon nécrophile). Il n'en demeure pourtant pas moins un exercice de style, comme on l'a dit précédemment, séduisant, dont la réputation (exagérée) se fonde plus sûrement sur les fulgurances de la première moitié que sur l'aboutissement global de l'affaire.
Auteur :Gabriel Carton
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