15 décembre 2018
Critiques

Un homme pressé : Bafouillant mais attachant

Perte de mémoire, prose sens dessus-dessous, personnel soignant et chemins de Compostelle, Hervé Mimran empreinte plusieurs sentiers avec "Un homme pressé".

Cette comédie, transposée d’une histoire vraie, suit le parcours d’Alain, grand PDG d’une entreprise automobile subitement frappé par un accident vasculaire cérébral. L’homme, surmené et odieux avec tout le monde, se retrouve bien malgré lui obligé de devoir composer avec ce corps qui le trahit. Il ne peut plus s’exprimer autrement qu’en verlan. Il est de même inapte à se rappeler certains segments de sa vie passée. Forcé à tout réapprendre, Alain va devoir accepter l’aide des gens qui l’entourent.

Certes, l’intrigue est absolument attendue, et à regarder au détail, les clichés portés par cette comédie sautent aux yeux. Tout y est : le parcours de rédemption d’un homme increvable et imbuvable, ne faisant que malmener ses employés (mais qui suscite par là même, et de façon assez inexplicable, une certaine forme d’admiration et d’attachement à leurs yeux), soudainement confronté à un revers de la vie qui le pousse à tout remettre en question, sa vie professionnelle comme familiale…

Oui, la leçon de vie se repère à trois kilomètres et sent plutôt le réchauffé. Cependant, le film d’Hervé Mimran est loin d’être une torture à visionner. Il est plutôt plaisant de suivre les aventures et les pérégrinations du personnage principal, ses déboires, ses refus, comme ses tentatives de reconquête du langage et de sa mémoire qui désormais lui échappent. Et malgré un abus notoire du verlan tout au long du film, ce serait mentir d’affirmer que le cinéaste échoue à provoquer le rire. Toutefois, que l’hilarité n’empêche pas une certaine réalité : c’est clairement sur les épaules son interprète principal que repose tout le comique du film. De ce fait, la comédie d’Hervé Mimran se cantonne à la case du divertissement sympathique, mais ne va pas plus loin.

En termes d’interprétation, Fabrice Luchini campe cet archétype du personnage mal aimable avec malice, et son jeu, débordant comme à son habitude, est extrêmement fluide. Sa maîtrise des mots chamboulés est particulièrement impressionnante, tant le résultat est convaincant. Il n’en est malheureusement pas de même avec le personnage de Leïla Bekhti. Le jeu de l’actrice n’est pas à remettre en question, seulement, à trop vouloir faire sortir Jeanne, l’orthophoniste, de sa case de personnage secondaire, le réalisateur peine à l’extirper d’une intrigue clairement attendue, et à la fois bien trop mineure pour susciter un réel intérêt.

De par son intrigue, "Un homme pressé" reste une comédie de divertissement modeste, dans la veine des précédents films de son réalisateur.


Auteur : Amandine Letourmy

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