14 novembre 2018
Critiques

Under The Silver Lake : La pop-culture en « grand sommeil »

quoi sert la pop-culture ? Pourquoi pratiquons un culte pour des objets et des images issus de l'imaginaire, quitte à tomber dans le fétichisme ? Ces questions, qu'avait survolées superficiellement un auteur comme Steven Spielberg en Mars dernier, se retrouvent mieux traitées par David Robert Mitchell dans "Under The Silver Lake", résurrection du néo-noir absolu dans un cauchemar sans fin. "Under The Silver Lake" sonne comme un requiem de l'art cinématographique. Tout le film traite de la mort d'un cinéma qu'on tente désespérément de reprendre en vain. Ce genre : c'est le film-noir.

Sam, nerd trentenaire joué par Andrew Garfield, enquête sur la disparition mystérieuse d'une voisine qu'il connaît à peine. Errant entre les tombes de Welles et Hitchcock, ce personnage paumé va se perdre dans une enquête cauchemardesque et dérisoire, persuadé que chaque information dissimulée dans notre pop-culture révèle un secret pouvant conclure son enquête.

Traité de manière mentale, le film capte cette hystérie mentale donc comme un véritable film-noir le ferait. La musique, composée symphoniquement par Disasterpiece, se conjugue sublimement avec le regard d'Andrew Garfield, personnage obsessionnel (faisant parfois penser à celui du stalker dans le "Paranoïa" de Steven Soderbergh, autre grand film de l'année sur l'image imaginaire) où la pop-culture devient une névrose comme celle de son male-gaze fétichisant.

On jubile devant le désespoir provoqué par "Under The Silver Lake", fonctionnant comme un remède imparable contre la toxicité sordide laissée par Spielberg dans "Ready Player One". Ce "Silver Lake" est un film qui fait intimement mal ; dépeignant son personnage obsessionnel comme odieux et fou, se prenant en pleine figure que notre rapport à cette culture aura beau être précieuse pour les cinéphiles, les passionnés de musiques et de peintures, elle restera inutile à terme (signalons à ce sujet le formidable passage musical mixant amèrement des morceaux comme ceux de Nirvana et des Pixies).

On s'embourbe dans cette enquête enflammée, parabole à la passion qu'enclenche cette culture de la pop, pour, au final, n'obtenir qu'un rien. Andrew Garfield se prend pour James Stewart dans "Vertigo" voire Craig Wasson dans "Body Double", deux grands films sur le fétichisme de l'image. Ainsi "Under The Silver Lake" est frustrant mais terriblement prodigieux dans sa démarche.

Insolant comme une oeuvre de Richard Kelly et aussi cauchemardesque qu'une mise en scène signée David Lynch où l'on nagerait dans les piscines de David Hockney, "Under The Silver Lake" est un puits sans fond dans les recoins de la pop-culture, particulièrement acerbe sur ce qui la compose et ce à quoi elle peut servir. Serez vous prêts à plonger dedans ?

Auteur :Victor Van de Kadsye
Tous nos contenus sur "Under The Silver Lake" Toutes les critiques de "Victor Van de Kadsye"