Membre de ClickFR, Reseau francophone Paie-Par-Click
DOSSIERS ET INTERVIEWS - PORTRAITS - ARCHIVES - SERIES TELEVISEES - JEUX - SORTIES EN DVD - EDITORIAL - DERNIERES CRITIQUES
VIPERE AU POING

Un film de Philippe de Broca avec Catherine Frot, Jules  Sitruk, Jacques Villeret, Cherie Lunghi et Hannah Taylor Gordon.  

Sortie le 06 octobre 2004.

 

 

 

Crédits photographiques : Rézo Films.

En 1922, après le décès de leur grand-mère paternelle qui en avait la charge, le jeune garçon et son frère Ferdinand retrouvent leurs parents revenus d'Indochine. Mais les relations avec la mère, vite surnommée "Folcoche", association de "folle" et de "cochonne", vont prendre une tournure cauchemardesque. Celle-ci n'hésitera pas à tondre les deux enfants, à mal les nourrir et à leur planter sa fourchette dans leurs mains.

Conte cruel, à l’amour, à la haine.

Adapter sur grand écran sans pour autant traduire le livre à l’image près n’est jamais chose facile, surtout quand il s’agit de l’un des plus célèbres romans de la littérature française. Pourtant, Philippe De Broca a su extraire du chef d’œuvre d’Hervé Bazin l’essence-même de la haine passionnelle liant à la mort à la vie la mère Rezeau, à son fils Jean, pour nous livrer un drame familial qui, de part sa construction en flash-back et sa dimension humoristique, est auréolé d’une promesse de vie bouleversante dans ce qu’elle comporte de souffrance.

Elevés dans l’amour par leur grand-mère dans la vaste demeure familiale, Jean Rezeau et son grand frère, qui appartiennent à une ex-grande famille bourgeoise, vivent heureux, dans l’insouciance de l’enfance. A la mort de leur grand-mère, alors qu’ils se font une joie de retrouver leurs parents rentrés d’Indochine pour s’occuper d’eux, ils vont vite déchanter et faire une croix sur leur enfance. Dès son arrivée, Madame Rezeau en mère castratrice impose une discipline de fer, établit des horaires draconiens, sévit à coups de privations, de représailles physiques et d’humiliations, tandis que leur père, dont la lâcheté recouvre d’un linceul l’amour qu’il porte à ses enfants, a trouvé dans l’étude des mouches une formidable échappatoire qui lui évite de s’interposer. Dépassant celle qui la provoque, et désarmant tout d’abord ceux qui la subissent, le foyer de la haine s’allume, faisant feu de tout bois. La haine attisant la haine, les enfants, face à tant de parcimonie affective et de cruauté gratuite, scellent entre eux, en catimini, une union sacrée contre celle qu’ils surnomment « Folcoche ». Epris d’une soif de vengeance éperdue, Jean offre de la résistance et la demeure familiale prend vite l’allure d’une guerre civile entre les enfants et leur mère, d’un jeu de « provocations-représailles » où paradoxalement, le cocasse habite le tragique, provoquant le rire du spectateur face à ce drame qui se joue sous ses yeux.

Sous l’apparence d’un quotidien anecdotique, Philippe De Broca réussit à mettre en lumière avec beaucoup de justesse et de finesse la haine dans toute sa complexité, montrant sa dimension paroxysmique sans jamais chercher à expliquer le pourquoi susceptible d’excuser la haine de Folcoche. Catherine Frot excelle dans son rôle de marâtre dépourvue d’instinct maternel : son talent lui permet d’exprimer la jouissance que la haine procure à son personnage, dont l’intensité dépasse celle que la mère Rezeau ne sait pas puiser de l’amour. Cette haine foncière se traduit par des actes mûris (comme cacher son portefeuille dans la chambre de Jean pour l’accuser et l’envoyer en maison de redressement) qui en intensifient encore la malignité et qui dépassent l’entendement, conférant par là-même à ce sentiment d’extrême inimitié son caractère énigmatique.

Face à elle, Jules Sitruck, gamin déjà épatant dans « Moi, César, 10 ans et demi, 1m39 … » incarne Jean, l’enfant rebelle qui attaque sa mère sur son propre terrain, avec un mélange impressionnant de spontanéité enfantine et de maturité précoce. L’enfant se construit à travers la figure de sa mère, se nourrissant de la haine qu’il reçoit. Mais toxique, la haine rend dépendant celui qui s’en repaît… Animé d’espoirs follement meurtriers et d’une soif irrépressible de vengeance, le petit Jean tombe dans le piège sournois de la haine : il se retrouve enlacé trop étroitement à son adversaire (son frère lui signalera que dès lors qu’elle n’est plus là, il est en manque de sa haine). C’est dans le regard d’une profondeur poignante du jeune acteur, qui hurle silencieusement de douleur : « parce que tu es incapable d’aimer, je te hais de tout mon cœur… », qu’on lit tout le drame de ce hold-up sur le cœur commis par sa mère. Entre les deux, Jacques Villeret, avec sa bonhomie et sa générosité habituelles, incarne un paternel à l’amour complètement intériorisé, lâche mais bon bougre attendrissant, pris pour un bouffon dès lorsqu’il tente de donner de la voix.

Mais dans ce drame, la dimension comique prend, contre toute attente, un véritable sens. Tout le récit étant raconté à la 1ère personne et du point de vue de l’enfant, l’humour naît du décalage entre l’aspect tragique et l’aspect jeu guerrier opposant 2 clans, entre les paroles de Jean et le drame inhérent aux situations : les prières et les promesses que l’enfant fait à Dieu, comme s’il adressait des demandes incongrues au Père Noël, sont d’une saveur exquise ! Et elles montrent qu’au plus profond de la souffrance, l’âme d’enfant demeure intacte.

Jean finira par émettre l’envie de s’éloigner du foyer de la haine : il choisit d’apprendre à se soustraire à cette vile puissance et de refuser de subir l’héritage familial qui lui barre tout accès à la construction de son propre soi. Un merveilleux appel à ne jamais renoncer à soi-même, même lorsque l’amour originel, affecté par de graves défaillances, se meut en haine.

Nathalie Debavelaere

Le Quotidien du Cinéma est également producteur d'un magazine radio consacré au cinéma. Retrouvez chaque samedi à partir de 14h "Les aventuriers des salles obscures" sur Radio Campus, 106.6 FM ou sur internet grâce au site : campuslille.com. Qu'on se le dise...

 

Les plus grands cycles consacrés au 7è art.

Le samedi de 14h à 15h en direct sur Radio Campus, 106.6 FM à Lille et sur internet avec radiocinema.

   
Le Magazine des Séries - Cinéphoto

Le site - L'équipe - Contact - Partenaires - Mentions légales

COPYRIGHT - WWW.LEQUOTIDIENDUCINEMA.COM - 2003/2006 - HEBERGEUR : OVH