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VODKA LEMMON

Un film de Hiner Saleem avec Romik Avinian, Lala  Sarkissian, Ivan Franek, Rouzanne Hesropian et Zahal  Karielachvili. 

Sortie le 31 mars 2004.

 

 

Crédits photographiques : Memento Films.

Sept dollars par mois de retraite, une armoire, un vieux téléviseur soviétique et un costume militaire pour tout capital, Hamo, bel homme de soixante ans, vit dans un village kurde d'Arménie avec l'un de ses fils et sa petite fille. Une lettre de son deuxième fils arrive de France. Une rumeur se propage selon laquelle l'enveloppe serait pleine de dollars...

1°)AVIS

Vodka Lemon parle d’un pays où les gens sont pauvres mais pas miséreux, où les gens sont oubliés de tous mais sans jamais se déparer d’une noblesse naturelle et où l’Histoire violente et massacrante n’a jamais écorné la dignité de tout un peuple, le peuple Kurde.

Hiner Saleem est originaire de la partie irakienne du Kurdistan, un pays fantôme qui n’a jamais existé ailleurs que dans les chimères. Pour des raisons évidentes, il lui était impossible de retourner sur les lieux qu’il a connu enfant, il a donc choisit de situer son histoire dans un village Kurde d’Arménie. Mais à vrai dire tout cela n’a pas d’importance. Comme n’a pas d’importance la nationalité des personnages de cette fable. Jamais le réalisateur n’est vindicatif et jamais il ne se pose en porte parole d’un peuple bafoué. Ses personnages ne sont pas plus Kurdes qu’Arméniens, simplement, ils sont là. Et c’est déjà beaucoup. 

Cette valeur de témoignage fortuit est suffisamment fort pour que Hiner Saleem se passe d’une intrigue forte ou plutôt la ramène à l’essentiel, comme le vie de ce village est réduite à l’essentiel : on y parle de l’âpreté de de l’existence ( comment se débrouiller avec sept dollars par mois ), de la vie et de la mort ( les scènes au cimetières où les vivants viennent tenir compagnie à leurs défunts ), mais aussi de l’espoir et de l’amour toujours recommencé ( Hamo, le retraité toujours séduisant et Nina, la veuve, se sentent attirés l’un par l’autre )… Qu’une lettre soit expédiée de France et elle prend les dimensions d’un trésor ; qu’un mariage soit célébré et c’est l’occasion pour faire la fête avec le village tout entier ; la fortune y est une donnée aussi abstraite que la pauvreté, dans ce village où la vie se passe au ralenti, il n’y a ni pauvre ni riche, mais que gens qui se contentent du peu qu’ils ont à leur à disposition. Et quand le désespoir tente une apparition furtive, l’humour salvateur n’est jamais loin.

La finesse du film est de présenter les joies et les peines de ces modestes personnages sans fioritures ni lourd discours. Sa force est d’apparaître comme universel et intemporel alors que l’on ne s’éloigne jamais de ce petit village d’Arménie. Et parfois, ici ou là, l’absurde pointe son nez, et puisque cela nous donne des moments de grâce, il ne faut surtout pas tenter de l’expliquer. 

Pierre Lucas

2°)AVIS

Après s’être penché dans son premier film sur la communauté kurde en exil en France, Hiner Saleem s’attache à la vie des Kurdes restés au « pays ».

Loin de Paris, il a posé sa caméra dans un village du fond de l’Arménie, perdu au milieu d’une vaste plaine n’offrant pour horizon que d’infinies chaînes de montagnes éternellement enneigées. Un territoire qui - même occupé par quelques irréductibles retenus par la veille d’un défunt, le manque d’argent ou un indéfectible lien à la terre natale - a tout du no man’s land. Un lieu de transit d’où cherchent à s’échapper les plus jeunes pour des destinées espérées plus heureuses, mais aussi un monde en transition coincé entre le monde des morts et celui des vivants. Entre un passé communiste idéalisé et un avenir incertain où tout se vend en dollar. Entre un Occident fantasmé qui s’avère décevant et une Russie neuve mais guère plus réjouissante. Une société, enfin, partagé entre chants traditionnels kurdes et bluette d’Adamo (de circonstance, il est vrai).

A partir de cette toile de fond - et délesté de toute intrigue superflue, le cinéaste offre à voir de manière réaliste, parfois franchement dure, le quotidien des derniers habitants de cette communauté. En ne cachant rien de leurs difficultés matérielles, de leurs cahutes décrépites et des déconvenues qui manquent parfois de les conduire au drame. Ni de leurs efforts désespérés mais jamais vains pour rester dignes, quitte à (se) mentir. Ni, surtout, des valeurs de solidarité qui les animent encore et plus que jamais.

Cocasse comme la présence incongrue d’un lit dans la neige, pudique comme un voile délicat tiré sur les amours de deux solitudes réunies, Vodka Lemon est un cousin lointain de L’homme sans passé. Empreint d’un humanisme discret, le regard que le réalisateur kurde pose sur ses personnages est proche de celui de Kaurismaki avec lequel Hineer Saleen semble partager la même foi dans les facultés de partage de l’Homme ainsi que le curieux talent de faire de la chanson la plus kitsch un sublime moment de poésie. Il nous livre ainsi un film peut-être moins secoué que son titre ne le laisse supposer mais à la charge calorifique au moins égale à celle d’une rasade d’alcool slave.

Jean-François Paré

 

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