18 décembre 2018
Critiques

Voyez comme on danse : La valse des pantins

Et un film choral de plus ! Un genre cinématographique si prisé dans notre beau pays. Certes, cela peut donner des résultats plus que réjouissants. Toutefois, dans le cas présent, c'est un ennui mortel qui vous gagne ce qui, pour un film ne durant que 88 minutes, est un comble quand même ! Certes, on pourra arguer que Karin Viard fait la preuve d'un abattage conséquent dans son rôle de mère de famille au bord de la crise de nerfs, que Michel Blanc s'est préoccupé, comme il l'a confirmé lors d'une interview récente, de la rapidité du film dans son montage afin d'éviter tout sentiment d'inutilité voire de lourdeur, que la jeune génération incarnée par le sympathique William Lebghil apporte une respiration bienvenue dans le casting, etc. Cependant, rien n'y fait qui puisse sauver la nouvelle réalisation de Michel Blanc d'un bien triste désastre.

Un joyeux bazar entre des personnages si différents de par leurs origines sociales et leurs situations familiales et sentimentales plus que chaotiques, c'est ce que découvre le spectateur. Néanmoins, et c'est un point crucial ici, nonobstant quelques trop rares scène, l'ensemble manque de tonus, d'énergie. On s'y ennuie ferme ! Ce qui est quand même assez étonnant de la part du cinéaste de "Marche à l'ombre". Panne d'inspiration peut-être ?

Les parcours des différents protagonistes s'entremêlent jusqu'à un climax final se déroulant dans le bar que gère Jean-Paul Rouve… Apothéose inévitable et attendue du film qui n'en est finalement pas une tant ce moment si attendu justement débouche sur une séquence finale d'une mollesse rare. Quelle déception !

Toutes les situations se voudraient être cocasses, elles en ont le potentiel, c'est évident; le texte se veut drôle (on connaît le talent de Michel Blanc en tant que dialoguiste); les comédiens font ce qu'ils peuvent, exception faite de Jacques Dutronc qui laisse quand même l'impression navrante d'une interprétation à minima. Tous les ingrédients étaient donc a priori réunis pour que la sauce prenne. Mais non !

Plus grave encore ! La mise en scène ! Dans le cas présent, et à regret il faut le dire, elle est inexistante ou presque. L'ensemble ressemble parfois à du théâtre filmé. Pour une oeuvre chorale, c'est le pire qui pouvait se produire. Pour tout film en fait. C'est là un constat inquiétant et qui est aussi révélateur du mal profond qui affecte trop des productions françaises d'aujourd'hui. Où est le cinéma là-dedans ? Souvenons-nous de "Mauvaise Passe", par exemple, pour mesurer le manque d'ambition de "Voyez comme on danse"...

A ce sujet, prenons en comparaison "Première Année" de Thomas Lilti, dont William Lebghil est le point commun, et avec un sujet simple en apparence : la première année de deux étudiants en médecine. Lilti ose mettre en images leur parcours du combattant avec brio parfois. Nous sommes dans le registre de la comédie dramatique, certes, mais l'ensemble relève d'un véritable travail de metteur en scène avec des audaces visuelles réjouissantes.

Tel n'est pas le cas avec Michel Blanc et son "Voyez comme on danse". On le déplore. Tout cela sent le réchauffé. Le plaisir de retrouver une belle distribution artistique, dont on sent qu'elle est maîtrisée dans la direction d'acteurs, ne fait pas un bon film s'il n'y pas l'essentiel : le rythme insufflé par une véritable mise en scène ! On est si loin de "Embrassez qui vous voudrez" et de son caractère à la fois novateur et mordant... C'était en 2002...

Tels des pantins qui s'agitent dans tous les sens, essayant de tirer le maximum de dialogues pas suffisamment drôles pour maintenir le spectateur éveillé, tout ce petit monde se perd dans un film sans âme ni ambition. Voilà qui est plus que regrettable !
Auteur :Christophe Dordain
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