19 novembre 2018
Critiques

Yves Saint Laurent : Classe !

Avant le "Saint Laurent" de Bertrand Bonello qui sortira dans quelques mois sur les écrans français, voici donc "Yves Saint Laurent" (la guerre des titres fait rage…) de Jalil Lespert. Biopic retraçant la vie du célèbre couturier français, et plus particulièrement la période se déroulant entre 1957 et 1976, le film de Lespert s'intéresse donc au parcours chaotique d'un génie de la mode partagé entre ses obsessions maladives, à son amour pour Pierre Bergé, qui deviendra son partenaire sur le plan intime et professionnel, et à ce talent incroyable pour la création (même si ce dernier aspect semble quelque peu mis de côté).

Les films adaptés de la vie de « grands » hommes brillent souvent par leur choix d'acteurs et "Yves Saint Laurent" ne déroge pas à la règle. Pierre Niney s'abandonne totalement dans le rôle du grand couturier névrosé aux côtés d'un Guillaume Gallienne qui confirme après "Les Garçons et Guillaume, à table !" qu'il est l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération. C'est simple, l'illusion est totale tant la performance des deux acteurs est époustouflante dans une alchimie composant les deux piliers d'un film qui n'évite pourtant pas les écueils inhérents au genre. A savoir un schéma narratif vu maintes et maintes fois consistant à nous présenter la montée en flèche d'un jeune prodige puis sa descente aux enfers. De ce côté-là, le nouveau film de Jalil Lespert ne révolutionnera pas un genre définitivement trop académique si l'on s'en tient à la réalité et aux faits (chose qu'on remarquablement réussi à éviter les frères Coen avec leur film sur la vie du chanteur Dave Van Ronk, "Inside Llewyn Davis").

Côté mise en scène, l'élégance est de mise. S'adaptant parfaitement à l'univers qu'elle décrit, la réalisation, sur laquelle il n'y a vraiment rien à redire, s'avère magnifique et d'une classe à toute épreuve (les séquences de défilé nous emmène sur un petit nuage en s'attardant plus sur la beauté des poses que sur les paillettes), s'adaptant merveilleusement bien à l'évolution de ses deux personnages principaux à travers les époques. Le tout, passionnant et divertissant, surprend son public en l'invitant pleinement dans un monde pourtant quasi-fermé mais rendu accessible par sa faculté à faire de ses personnages des êtres touchés par le drame du quotidien en épurant le plus possible le côté artistique et hautain du milieu de la mode. Enfin, la bande originale s'avère être l'une des plus grandes surprises de ce film de début d'année, mélangeant avec talent le classique, le jazz et le rock dansant.

Au final, on accroche rapidement à cette histoire qui, si elle manque d'originalité, fait un sans faute dans la forme. L'ensemble est de toute beauté et la composition du duo Niney/Gallienne est tout simplement magistrale. "Yves Saint Laurent" se paye donc la part du lion en attendant un "Saint Laurent" qui aura fort à faire avec Gaspard Ulliel et Jérémie Rénier dans les rôles principaux.

Auteur :Cyprien Pleuvret
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