15 décembre 2018
Dossiers

Master Class Pierre Richard Festival Cinécomédies Lille 2018

MASTERCLASS : PIERRE RICHARD



UN GENIE FRANÇAIS

Pierre Richard était l'invité d'honneur du 1er festival Cinécomédies qui s'est tenu à Lille du 27 au 30 septembre. Un honneur plus que mérité pour l'un de nos plus grands génies. Presqu'un trésor national.

En clôture de ce festival, son évènement : une Masterclass donnée par le maître au casino Barrière. Une occasion inestimable d'écouter Pierre Richard évoquer ses débuts et sa carrière.

Comme un écolier appelé au tableau, il arrive sur la scène, de sa démarche très caractéristique. Ses cheveux ont perdu leur blondeur pour une blancheur immaculée qui lui donne un air de sage, de grand père idéal. Ses yeux sont perçants, pleins de malice. Il s'assoit sur son siège et s'aperçoit aussitôt que celui-ci tourne. Une occasion pour lui de faire le pitre en tournant sur lui-même plusieurs fois, agitant ses jambes comme un compas. La salle rit.

Un sens du gag qui cache une grande timidité.

Danny Kaye.

L'IDOLE AMERICAINE

Il n'aime pas parler de lui, ce qui rend ses paroles d'autant plus précieuses car Pierre Richard s'exprime d'un ton doux, calme. Loin de nous sortir un discours tout fait, il cherche ses mots, plonge dans ses souvenirs.  Issu d'un milieu bourgeois, Pierre Richard s'y est toujours senti mal à l'aise. Cet environnement privilégié entrait contradiction avec son élan primordial, celui de faire rire, de faire le pitre, et de transcender sa souffrance d'avoir grandi sans père.

Séchant régulièrement les cours durant sa jeunesse, il découvre au cinéma l'acteur qui lui révèle sa vocation : Danny Kaye. La ressemblance physique entre les deux hommes est frappante.

Physicalité, sens du timing, jeu lunaire, l'acteur américain pose les bases du « personnage Pierre Richard ».


L'HOMME ORCHESTRE

Car l'acteur est avant tout un corps. « C'est avec mes jambes que j'appréhende le monde, que je sens les choses… » nous confesse-t-il. Cette agilité à gérer son corps donne à son jeu une musicalité qui n'a pas échappé à Vladimir Cosma. Durant un extrait d'interview diffusé pendant la Masterclass, le grand compositeur nous explique qu'il a composé les musiques des films interprétés par Pierre Richard en s'inspirant littéralement de son jeu. L'acteur imprimait un tel rythme à ses films que la musique devait être à son diapason. Extraordinaire.


LA RENCONTRE MANQUEE

Qui n'a pas rêvé de voir Pierre Richard jouer avec Louis De Funès ? Ce qui a failli se faire sur "L'Aile et La Cuisse".

« Après avoir lu le scénario j'appelle Claude (Zidi) pour lui dire que je n'aime pas mon rôle (celui qui sera finalement interprété par Coluche), que je ne me vois pas dans ce film. »

« Le lendemain je reçois un coup de fil de Louis :

-    Alors ? Tu fais le film ?

-    Non Monsieur De Funès, je le regrette mais je n'aime pas le scénario.

-    Ah bon ? Il est comment le scénario ? »

Rires dans la salle.

Pierre Richard continue :

« Louis ne lisait jamais les scénarios de ses films. Il était tellement bon qu'il savait qu'il s'en sortirait -  en allant au charbon -  comme il disait. »

On ne peut s'empêcher de ressentir une pointe de déception à l'idée d'avoir manqué ce qui aurait été l'une des plus belles affiches du cinéma français.

Comme le dit l'adage : « il y a deux choses qui ne se réalisent jamais ; les plus grandes craintes et les plus grands espoirs. »


L'ESSENTIEL

Dans des images d'archives de 1982, Pierre Richard confessait ne « pas encore avoir réalisé l'essentiel. » A la fin de la Masterclass une personne pose LA question qu'il fallait poser :

« Monsieur Richard, aujourd'hui, pensez-vous avoir réalisé l'essentiel dont vous parliez il y a plus de trente ans ?

-    (Ton mélancolique) Je ne pense pas, non. »

Le tonnerre d'applaudissements qui éclate dans la salle du casino barrière en clôture de ce rendez-vous, lui donne tort. On ne saura jamais ce qu'il entendait par « essentiel ». Mais aux yeux du public du monde entier, Pierre Richard EST essentiel. Car il contribue à faire de ce monde un endroit plus agréable à vivre.

Monsieur Richard, vous êtes IMMENSE.

Fouad Boudar