16 décembre 2018
DVD / Blu-ray

Test Dvd – GOLEM, le tueur de Londres


GOLEM, le tueur de Londres de Juan Carlos Medina. 
Avec Olivia Cooke, Bill Nighy, Douglas Booth.
(Une édition Megalys / Condor).
Sortie prévue le 23 Janvier 2018

Jack l'éventreur à la sauce féministe

par Alexa Bouhelier - Ruelle


Londres, 1880. Une série de meurtres secouent le quartier malfamé de Limehouse. Selon la rumeur, ces crimes ne peuvent avoir été perpétrés que par le Golem, une créature des légendes hébraïques d'Europe centrale. Scotland Yard envoie Kildare, l'un de ses meilleurs détectives, pour tenter de résoudre l'affaire. Un conte gothique, d'après le best-seller de Peter Ackroyd.

A priori, "Golem" est un film policier d'époque Victorienne, possédant une larme de suspense Sherlockien. Toutefois, si vous creusez un peu plus en profondeur, à travers l'épais brouillard Londonien, vous trouverez, bien dissimulé, un film féministe où les femmes se vengent de la brutalité masculine, gardent enfoui de sombres secrets et prouvent qu'elles peuvent se sauver elles-mêmes.

En effet, à la fin du XIXème siècle, la société Victorienne était obnubilée par les meurtres sanglants touchant leur ville. Personne n'est indifférent au fait divers même dans notre société moderne (pourquoi Paris Match serait-il le magazine le plus vendu en France ?). Que cela plaise ou non, notre société s'intéresse à toutes ces choses horribles qu'un être humain peut infliger à un autre. Ainsi, dans "Golem", toute la ville devient une gigantesque scène dans cette adaptation du livre publié, en 1994, et écrit par Peter Ackroyd.            

Possédant un visage reconnaissable entre mille au sein de notre cinéma moderne, Bill Nighy peut donner un détour comique aux films les plus sombres. Olivia Cooke survole brillamment cette production en étant tout à fait à la hauteur du rôle de Lizzie : l'histoire d'une femme, partie de rien, et se retrouvant dans un monde à l'opposé de ce qu'elle aurait pu espérer. Qu'elle soit en train de chanter sur scène ou acceptant son destin stoïquement, Médina nous propose un personnage plein de nuances, à l'image du film, passant du thriller à une esthétique grand-guignolesque. Olivia Cooke réaffirme ainsi son talent depuis ses débuts dans la série "Bates Motel" ou bien dans "This is not a love story" (2015). "Golem" confirme qu'elle est plus que capable de mener un film de son propre chef ; cela s'annonce de bon augure pour son prochain rôle dans "Ready Player One", mis en scène par Steven Spielberg, et dont la sortie est prévue pour mars 2018.

Cependant, de façon étonnante, Bill Nighy minimise ses tics excentriques qui sont sa signature. Dans ce monde où toutes les frontières sont floues, entre performance et réalité, passé et présent ou masculin et féminin. L'on peut voir que Lizzie charme son public pour la première fois en tant qu'homme sur scène, alors que son mentor, Dan Leno, joue des femmes sur cette même scène.




Après tout, la première règle d'un bon thriller est celle selon laquelle le suspect principal n'en est plus un lorsque que ce dernier devient une cible trop évidente. C'est le « whodunnit » de la théorie des fictions. Cette approche est malheureusement mal employée ici, car le tueur peut être facilement identifié et ceci très tôt dans l'histoire. "Golem" est le genre de film dans lequel le tueur arrache les yeux de ses victimes au cas où son image soit imprimée dans ces derniers.

Le directeur de la cinématographie, Simon Dennis, contraste le film entre couleurs chaudes, scène froide et pleine de brouillard des rues Londonienne. Cette atmosphère créée par Medina reste familière dans ce genre de film, rien ne sonne vraiment faux, mais rien ne ce distingue vraiment d'autres oeuvresdu genre. Le scénario, écrit par Jane Goldman ("Stardust, le mystère de l'étoile" et "Kingman : Le Cercle d'Or") se révèle être l'arme secrète de "Golem", cela rythme l'ensemble de scène en scène avec un certain sens de l'urgence et un message féministe sous-jacent. En effet, "Golem" peut être vu et lu comme un film de revanche au féminin. Alors que presque tous les hommes, indifféremment de leur rang ou classe sociale, agissent brutalement d'une façon ou d'une autre envers une femme tout au long du film. De plus, ils possèdent tous, sans aucune exception, un cadavre bien caché dans leur placard : pédophiles, violeurs et tueurs.  

Enfin, je pense réellement que "Golem" pouvait être beaucoup mieux mis en valeur sous la forme d'une mini-série diffusée le dimanche soir ou sur un site de streaming quelconque. Le spectateur à besoin de comprendre les machinations derrière de si terribles crimes. Comment une être humain, si similaire à notre propre personne, peut-il commettre des actes aussi violents ? "Golem" offre une solution imparfaite à cette question, tout en mettant en lumière la cause des femmes dans ce monde d'homme.


"Golem" n'est donc pas essentiel au genre. Ce film est alimentaire, bon pour une après-midi pluvieuse si vous n'avez ABSOLUMENT rien d'autre à regarder.