10 décembre 2018
Festivals

22ème Festival de Gérardmer / Acte final

Dernier regard sur une riche édition




Les dernières séances à Gérardmer… l'instant nostalgique où l'on songe déjà que le lendemain on quitte les hauteurs enneigées pour retrouver le quotidien qui peut être du cinéma, où l'on savoure à l'avance l'idée d'une possible apothéose. Le climax du festival n'aura certainement pas été HONEYMOON de Leigh Janiak, tant cette grossière parabole de l'appréhension de la maternité, de l'angoisse du quotidien post-nuptial manque d'originalité malgré son cadre forestier prometteur.

On se consolera avec REALITE, dans lequel Alain Chabat tente de trouver le gémissement de douleur parfait pour un film d'horreur. Quentin Dupieux est parfaitement à l'aise dans l'exercice d'emboitement d'un non-récit façon nouveau roman, les poupées gigognes narratives sont autant de séquences loufoques, jubilatoires, mais finalement trop lèges, on est loin des audaces de RUBBER.

La Hammer était de la partie cette année puisque représentée hors-compétition par LES AMES SILENCIEUSES (THE QUIET ONES), de John Pogue, qui abuse des effets de « jumpscare » au point de noyer l'intérêt de ce qui aurait pu être un film d'épouvante classique des mieux ficelés. Efficace mais en deçà de ce que l'étiquette Hammer convoque dans l'esprit du spectateur. Malgré une atmosphère gothique intéressante et une Olivia Cooke convaincante, l'impression de s'être fait avoir par des effets faciles persiste.


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Le festival se clôt sur une note plus positive avec une œuvre de pur divertissement, certes, mais très intelligente dans sa mise en scène et sa construction. THE MIRROR (OCCULUS) de Mike Flanagan qui raconte la croisade de Kaylie (Karen Gillan, la jolie Amy Pond de Doctor Who) et son frère Tim (Brenton Thwaites déjà vu dans THE SIGNAL) contre un miroir maléfique à l'origine de la mort de leurs parents. Le postulat est simple, mais les ruses du miroir sont difficiles à déjouer et le spectateur se retrouve en constante position de doute quant à ce qu'il voit. Honnête et attrayant, THE MIRROR nous donne à voir cette petite étincelle d'épouvante classique et sincère qui fait tant défaut au genre aujourd'hui.





Qui dit clôture dit palmarès et aucune surprise de nous étreint à l'annonce du grand prix : IT FOLLOWS, le méta-slasher post-moderne suscite l'engouement général (aussi bien du public que du jury critique qui lui décerne aussi un prix) même si on regrettera sa froideur et son anémie émotionnelle, reste à voir l'accueil que lui réservera le public pour sa sortie nationale mercredi 4 février.

Le jury accorde ex-aequo son vote à THE VOICES, farce psychotique de Marjane Satrapi, tout comme le public, et à l'oubliable EX-MACHINA. La surprise vient du jury jeune et du jury Sy-Fy qui ont de concert accordé leurs votes au stupéfiant et traumatisant GOODNIGHT MOMMY.

2015 aura somme toute été un bon cru, et nous voilà déjà impatients d'entendre parler de l'édition 2016. D'ici là, nous aurons tout le loisir de reparler des belles surprises de ce 22ème Fantastic'Art à l'occasion de leurs sorties en salles et/ou en DVD.

Gabriel Carton