15 décembre 2018
Festivals

Arras Film Festival 2017 Jour 7

ARRAS FILM FESTIVAL DAY 7




Le clap de fin se rapproche et les paupières deviennent Lourdes à Arras. Traditionnelle dernière ligne droite du festival, la compétition européenne a débuté la journée précédente et heureusement se poursuit de façon plus stimulante qu'elle n'a débuté pour votre serviteur...


Et de fait, la journée a merveilleusement bien démarré avec "Handle With Care", film norvégien d'Arild Andresen sur un père de famille incapable de jouer son rôle de père après la mort de sa femme, et qui entreprend de ramener leur fils adoptif en Colombie…

Avec sa petite histoire qui ne paie pas de mine, "Handle With Care" pourrait très bien n'être qu'un soap opéra du dimanche après-midi qui brasse les émotions pour n'en retenir que la gamme la plus larmoyante. Or, la justesse du résultat tient justement à cette exemplaire sobriété avec laquelle le réalisateur parvient à toucher systématiquement au milieu de la cible.

Dans une veine qui rappelle parfois le "Tel Père, Tel Fils", de Hirokazu Kore-Eda, le film parvenant à rendre attachant et identifiable un personnage d'autant plus difficile à aimer que le cinéaste ne cherche aucune excuse à l'acte qu'il s'apprête à commettre. "Handle With Care" fait partie de ces récits qui réanime la grandeur simple du classicisme à l'aune de la puissance de moyens d'expressions employés avec parcimonie. Ici l'émotion naît d'une gestion exemplaire des temps dans les champ-contre-champ, l'évidence peut jaillir d'un échange de regard bien choisi, et l'humanisme découle d'une résolution impossible à défendre. Un très beau film qui ne criera peut-être pas assez fort sa sophistication pour remporter un prix, mais qui mériterait au moins d'être récompensé pour son scénario.


Moins réussit bien que plus expansif, "I'm a serial killer" narre l'histoire vraie de la traque d'un serial-killer dans la Pologne des années 70 par un inspecteur arriviste prêt à tout pour faire boucler son suspect. Charge contre les rouages bureaucratiques aliénants d'un pays sous dictature communiste et portrait d'un salopard cynique qui va se révéler plus détestable que les types qu'il essaie d'arrêter (intéressant renversement des perspectives, notamment au cours d'un massacre familial assez impactant), "I'm a serial killer" ne convainc pourtant qu'à moitié. En dépit de sa direction artistique soignée et de sa lumière particulièrement riche en nuances, le film échoue à attacher le spectateur au personnage principal.

Contrairement au film précédent, le réalisateur cherche sans cesse à ménager la chèvre et le chou à l'égard de son héros parvenu et arrogant, échouant de fait à générer de la tension dans les va et viens de ses dilemmes moraux. De fait, même la parabole sur un pays corrompu par la raison d'état et la confiscation de son pouvoir par l'oligarchie ne prend qu'à moitié faute de pleinement s'imbriquer dans un personnage émotionnellement identifiable. Dommage, même si l'ensemble se suit sans trop de déplaisir.


On ne peut en dire autant de Marvin, "La Belle Education" d'Anne Fontaine, inspiré du roman Eddy Bellegueule d'Edouard Louis et projeté en avant-première ici. Le film raconte la trajectoire d'un jeune homosexuel persécuté par son entourage, qui parvient à s'extirper de son village paumé pour monter à Paris et faire sa place dans le milieu théâtral.

Drame pesant et d'autant plus pataud que la dichotomie entre une mise en scène qui se voudrait frontale et un dispositif arty qui donne l'impression de regarder ses personnages depuis le dehors d'une cage de zoo (une pour les culs terreux arriérés, une autre pour le bobo homosexuel théâtreux…) tient constamment le spectateur à distance.

Marvin donne l'impression de rejouer le spectacle du personnage deux heures durant, ce qui ne serait une mauvaise nouvelle en soit si le tout traduisait une volonté de partager la subjectivité du personnage. Mais son avalanche d'outils ostentatoires (montage non-linéaire, poses maniérées de la narration) jamais justifiés et l'écriture pataude achèvent le cas de ce Marvin pas aidé par son interprète principal, aussi empathique qu'un yaourt à 0%.

Pas d'interview ni de bonus aujourd'hui. Comment ça vous êtes pas contents ? Vous avez qu'à les écrire vous-même les comptes-rendus d'abord ! 


Guillaume Méral