10 décembre 2018
Festivals

Premiers Plans d’Angers / Acte final



Puisque Premiers Plans est le festival des premiers films et fait, cette année, la part belle à Bertrand Blier, on s'est dit qu'on irait bien voir le  premier film de Bertrand Blier : « Hitler, connais pas » (1963), documentaire stylé sur la jeunesse  née à la fin de la Guerre et qui a 20 ans en 1963.

Le film s'inscrit contre toute exhaustivité et c'est tant mieux car, comme aujourd'hui, on sent bien qu'à cette époque, il était difficile de coller une étiquette précise à toute une génération. Il y a la fille-mère, délaissée par ses parents et qui vit en foyer, le dandy qui se lève à midi, la fêtarde qui sort tous les soirs « chez Régine » ou  un autre qui cherche un ami au Drugstore, le fils d'immigrée qui va au théâtre le dimanche, lit « Karl Max et Dotoïevski » (texto), l'ouvrier qui aimerait prendre des cours du soir, le fils d'un père entrepreneur, bientôt entrepreneur, qui aime l'ordre et la discipline, se fait amener son petit déjeuner au lit par sa mère et conseillerait bien aux ouvriers de prendre des cours du soir.




Hitler, connais pas de Bertrand Blier.



Tout y passe : l'enfance, les parents divorcés, le quotidien, les flirts, la sexualité, l'argent, le mariage…ou pas, les belles voitures, les attentes et les craintes pour l'avenir. Déjà amoureux de la parole libre, Bertrand Blier signe aussi un extraordinaire document sur le parler des années 60 (on maniait les « naturellement », « en somme » et les « si j'ose dire » à tour de bras). On aurait envie de faire un remake en 2015 pour créer une base de données des expressions de la vingtaine en vue de les montrer aux générations futures.

Pas avare d'images de son propre dispositif (le studio, les nombreuses caméras souvent dans le champ, les rails de traveling, la perche) le film repose sur un montage alterné tout en correspondances/oppositions qui maîtrise assez bien l'effet ‘Koulechov'. En effaçant les questions des interviwers pour ne laisser la parole qu'aux interviewés et en bougeant la caméra avec le cœur, « Hitler, connais pas » imposait déjà Bertrand Blier comme un réalisateur important.




The New Species.


Avant de revenir sur Terre et quitter l'orbite angevine, on a eu la bonne intuition d'aller voir un petit bout de la compétition des films animés car tous ces films, très honorables, sont bourrés de bonnes idées et parfois d'émotions inédites. Se dégage « The New Species », un portrait drôle et touchant de l'imaginaire enfantin comme remède à la morosité.

Enfin, l'événement inattendu tant attendu (cf acte VI) est une avalanche et sera finalement venu du dernier film de Ruben Östlund : « Snow Therapy », prix du jury à Un certain regard à Cannes en 2014. Il sort en France mercredi prochain, on en reparle donc très vite.




Snow Therapy.


Le festival touche à sa fin, la soirée de clôture a lieu ce soir, samedi 24 janvier ; le palmarès y sera dévoilé par le jury, présidé cette année par Laurent Cantet (réalisateur notamment de L'Emploi du Temps).

fredOs