16 décembre 2018
Focus

The Hammer Films Production

The Hammer Films Production : pareille au phénix…

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Hammer Films en 1968


Qu'évoque désormais le nom de ce grand studio pour les cinéphiles ? Si ce n'est l'idée d'une gloire perdue, d'un âge d'or du cinéma d'épouvante gothique qui a vu naître des stars comme Peter Cushing ou Christopher Lee ? Le charme suranné des décors de studio, des orchestrations tonitruantes, du technicolor flamboyant…

Le caractère anecdotique avec lequel on y fait parfois référence n'est-il pas résultant d'une ignorance tragique ? Car qu'aurait été le cinéma de Tim Burton s'il n'avait pas puisé son inspiration dans les œuvres du studio qui ont bercé son enfance ? Que serait Christopher Lee (disparu en 2015) si son CV ne lui avait pas permis un retour en force chez Peter Jackson, Georges Lucas et consorts lors des dernières années de sa carrière ? Qu'en serait-il du cinéma d'horreur, si ses grands monstres ne s'étaient pas vu offrir une résurrection magistrale, accompagnée d'un billet d'entrée pour l'air du temps ? Le retour dans les salles de la Hammer en 2012 avec "La Dame en Noir" ou "The Quiet Ones" et les multiples rééditions DVD nous avaient procuré l'occasion de porter un regard rétrospectif sur le studio qui a donné ses lettres de noblesse au cinéma d'horreur.

Fondée par William Hinds en 1934, la Hammer amorce son petit bout de chemin avec des productions mineures, souvent adaptées de feuilletons radiophoniques dont la renommé ne passera jamais les côtes britanniques. Si la reconnaissance véritable sur son territoire vient avec l'adaptation de la série "The Quatermass Experiment" par Val Guest en 1955, c'est avec l'entrée en scène d'un réalisateur qui par la suite sera le véritable fer de lance du studio que la Hammer commence à construire son mythe : Terence Fisher.

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Terence Fisher dirigeant Peter Cushing

Terence Fisher n'est alors pas véritablement reconnu, malgré une filmographie déjà impressionnante mais aux retombées plus que discrètes. En 1957, il réalise pour le studio la première pierre de l'édifice gothique qui ne s'annonce pas encore : "The Curse of Frankenstein". Peter Cushing tient le rôle du baron. Christopher Lee celui de la créature. Le film est un hit sans précédent dans le genre.

Le trio gagnant rempile pour une adaptation du Dracula de Stoker qui sort en 1958 et fait date dans l'histoire : Christopher Lee en cape et en canine offre au public l'image qu'il gardera de l'acteur pour toujours. Scénarisé par le regretté Jimmy Sangster, "Horror of Dracula" demeure un véritable chef-d'œuvre ainsi que le film emblématique du travail de la Hammer sur les grands classiques de la littérature anglaise. La machine est lancée et Terence Fisher ne se sépare pas de ses deux acteurs fétiches alors qu'il embraye avec "The Mummy" et "The Hound of the Baskervilles" (tout deux en 59).

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Le Chien des Baskerville en 1958 avec Peter Cushing

Fisher ne s'arrête pas en si bon chemin, le succès de Frankenstein et les nombreuses potentialités que recèlent le sujet imposent une suite (bon, Michael Carreras et Anthony Hinds l'y on certainement invité aussi). C'est ainsi "Revenge of Frankenstein" qui voit le jour, le baron (et non la créature comme chez Universal) devient le personnage central, et Peter Cushing reprend sa composition génialement odieuse.

Suivront "The Two Faces of Dr Jekyll", "The Brides of Dracula" (un magnifique conte vampirique sans Lee ni Dracula malgré le titre). Puis, "Curse of the Werewolf" (le premier grand rôle tragique d'Oliver Reed), "The Phantom of the Opera" (un bide incompréhensible, malgré les prestations splendides d'Herbert Lom et Michael Gough, future Alfred dans "Batman"), "The Gorgon", etc. En 1963, Terence Fisher est déjà l'auteur d'une dizaine de films pour le studio et ne s'arrêtera pas là. Toutefois, il ralentira quelque peu la cadence (il attendra 1966 pour donner une suite à Dracula comme à Frankenstein.

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Christopher Lee dans Dracula

Cependant, la production de la Hammer ne se résume pas au seul travail de Fisher. Des réalisateurs comme Don Sharp ("Kiss of the Vampire", 1963, "Rasputin the Mad Monk", 1966), John Gilling (“The Reptile”, 1966, “Plague of the Zombies”, 1966, “The Mummy's Shroud”, 1967), Freddie Francis (future directeur de la photographie pour David Lynch qui réalise "The Evil of Frankenstein", 1964, "Dracula has Risen from the Grave", 1968), Peter Sasdy (“Taste the Blood of Dracula”, 1969, “Countess Dracula”, 1970, “Hands of the Ripper”, 1972), ou Roy Ward Baker (“Scars of Dracula”, 1970, “The Vampire Lovers”, 1971, “Dr Jekyll & Sister Hyde”, 1972) tirent leur épingle du jeu et apportent leur formidable contribution au cinéma sans oublier John Hough avec "Les Sévices de Dracula". Il serait scandaleux de ne pas faire référence aux scores magnifiques composés par James Bernard, aux décors oniriques conçus par Bernard Robinson, aux maquillages de Roy Ashton ou aux éclairages incomparables de Jack Asher.

Si, Fisher reprend à temps la saga Frankenstein pour en faire son oeuvre la plus aboutie ("Frankenstein must be Destroyed", en 1968, et "Frankenstein and the Monster from Hell", en 1974, restent ses plus grandes réussites), il n'en va pas de même pour Dracula. Ce dernier passe littéralement entre toutes les mains. Si "Une Messe pour Dracula" ("Taste the blood of Dracula") semble offrir une conclusion digne de ce nom à la série, l'appât du gain est le plus fort.

De fait, "Scars of Dracula" sera le dernier Dracula se situant à l'époque victorienne, avant "Dracula A.D.72" (1972) et "Dracula vit toujours à Londres" (1973) qui projettent le vampire et sa Némésis (un descendant de Van Helsing toujours campé par Peter Cushing) dans le Londres des années 70. La patine du temps a fait son œuvre et les deux films d'Alan Gibson y ont gagné un certain cachet.

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Christopher Lee dans Dracula vit toujours à Londres

La vague gothique semble s'essouffler, malgré une volonté d'innovation. La Hammer voit ses recettes péricliter alors qu'une horreur nouvelle envahit les écrans : il est venu le temps des "Rosemary's baby", des "Exorcist" et autres "Texas Chainsaw Massacre". Après plusieurs tentatives infructueuses pour se mettre à la page et le remake d'un Hitchcock mineur ("Une femme disparaît", 1979), la Hammer Films Production semble s'éteindre…

En 2007 cependant, John de Mol, le patron d'Endemol annonce qu'il a acheté les droits des films du studio (tous !) et qu'il projette de remettre la Hammer sur les rails. Le projet semble sincère. Le pari est inattendu et risqué, mais follement séduisant. Les premières productions mises en chantier n'ont cependant rien d'extraordinaire. "The Resident" avec Hilary Swank, Jeffrey Dean Morgan et Christopher Lee est passée totalement inaperçu, le remake de "Morse, Let Me In", ne convainc pas…

Il en est autrement pour "La Dame en Noir", adapté du roman éponyme de Suzan Hill (qui en 1983 s'attachait à rendre hommage au roman gothique), qui aura annoncé en 2012 un retour aux sources du studio, et peut-être qui sait, de l'épouvante gothique au cinéma ?

Auteur : Gabriel Carton

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