10 décembre 2018
Focus

The Intruder de Roger Corman

THE INTRUDER DE ROGER CORMAN

AVEC WILLIAM SHATNER

Le 15 août au cinéma

(Distribué par Carlotta Films)


Caxton, petite ville du sud des États-Unis, dans les années 1950. Un homme en complet blanc descend d'un car, valise à la main, et se rend à l'hôtel le plus proche. Il se nomme Adam Cramer et travaille pour une organisation « à vocation sociale ». Ce n'est pas un hasard s'il se trouve à Caxton, la ville ayant récemment voté une loi en faveur de la déségrégation, autorisant un quota d'élèves noirs à intégrer un lycée fréquenté par des Blancs. Adam Cramer souhaite enquêter auprès des habitants pour savoir ce qu'ils pensent de cette réforme. Cet homme charismatique et beau parleur va rapidement semer le trouble dans la ville...


Réalisateur connu pour ses nombreux films de genre, parmi lesquels les célèbres adaptations d'Edgar Allan Poe avec l'acteur Vincent Price, Roger Corman est également l'auteur d'un chef-d'œuvre du film noir, "The Intruder", tourné en 1962. L'écrivain et scénariste de télévision Charles Beaumont adapte ici son propre roman, écrit deux ans auparavant. C'est l'acteur William Shatner, futur capitaine Kirk dans "Star Trek", qui incarne Adam Cramer : sous ses airs de gendre idéal se cache un prêcheur redoutable et un fauteur de troubles hautement dangereux.

Roger Corman le filme sous tous les angles, avec une prédilection pour la contre-plongée lors des scènes où il harangue la foule, illustrant l'autorité et le pouvoir que détient ce personnage. Car Cramer est un manipulateur-né qui dit à la foule ce qu'elle veut entendre, attisant les pulsions les plus malsaines de tout un chacun, qui déborderont inexorablement vers la violence.


Le tournage du film s'est déroulé en décors naturels, Corman et son équipe se rendant dans différent es villes du Missouri, recrutant les gens du coin pour faire de la figuration. Peu d'entre eux goûtaient à l'ironie du propos et prenaient les discours d'Adam Cramer au sérieux, acclamant le personnage lors de ses violentes diatribes. Lorsque les habitants se rendaient compte de la supercherie, l'équipe devait partir au plus vite, escortée par la police locale.

Véritable brûlot politique, "The Intruder" rappelle les grandes heures du néoréalisme italien à travers ce témoignage d'un temps où la haine, la peur de l'autre et l'intolérance étaient encore la norme d'une certaine Amérique. Malgré un accueil critique dithyrambique, "The Intruder" ne bénéficiera pas du même succès public ce qui poussera Corman à ne plus tourner que des films de divertissement par la suite.

Le cinéaste tentera toutefois de le ressortir sous deux autres titres, "I Hate Your Guts" et "Shame", qu'il estimait plus accrocheurs et provocants. Ironiquement, "The Intruder" est aujourd'hui considéré comme son meilleur film. Cinquante ans plus tard, force est de constater que cette œuvre n'a pas pris une seule ride : sa description de la montée du populisme et de la manipulation des foules reste d'une troublante actualité. 

(Sources : Carlotta Films)