18 décembre 2018
Focus

Volontaire : interview de Lambert Wilson

Interview de Lambert Wilson

L'acteur à l'affiche de 


Volontaire

Un film de Hélène Fillières

Avec Lambert Wilson, Diane Rouxel, Corentin Fila



Qu'avez-vous aimé dans ce personnage du commandant Rivière qui vous a fait accepter ce rôle ? 

C'est une histoire d'amour très originale qui se noue entre Laure (Diane Rouxel), et Rivière. J'ai souvent eu, dans ma carrière, à jouer le silence, l'absence, le manque, l'impossibilité à communiquer… C'était passionnant que cet aspect-là de mon jeu devienne un objet de fantasme. Car Rivière est le héros en creux de Volontaire, son fantasme à elle, Laure. Et au-delà de mon personnage, je trouve que c'est un très beau film. J'aime sa pureté, son côté presque littéraire. Sophistiqué et émouvant… 

Qu'arrive-t-il exactement entre votre personnage et celui de Laure ? 

«  Trouble  » est le mot qu'employait tout le temps Hélène Fillières. Il s'est d'ailleurs passé quelque chose de l'ordre du trouble entre Diane Rouxel et moi ! Ce travail sur l'impossibilité du rapprochement a exacerbé notre jeu. Je ne peux pas dire que je suis tombé amoureux d'elle, mais elle m'a vraiment fasciné. C'est une jeune femme merveilleuse. Professionnelle, courageuse, moderne… Et capable de jouer des situations très subtiles, comme celles que nous avions à interpréter. 

Était-ce un avantage d'être dirigé par une actrice ? 

Hélène est fantastiquement directive. Elle a tellement pensé à ses personnages... Elle injectait un fort érotisme dans son rapport au jeu des acteurs, et à ce monde de marins. Ce fut un plaisir d'être dirigé par une femme, qui plus est une actrice. Car elle sait quelle sorte d'animal on est, nos souffrances et nos paresses. Peu de metteurs en scène ont le don de «  tenir  » les acteurs pour les empêcher de tomber dans la facilité. Puisque l'acteur, par inquiétude, veut toujours faire du charme. Je pense que mon père m'aurait adoré dans ce film, lui qui me disait toujours d'épurer… Dans ce rôle du Commandant Rivière, je pense être touchant, pas charmant. 



Hélène Fillières dit de vous que vous êtes un acteur indéchiffrable… 

Mon maître à penser dans le jeu d'acteur, c'est Dirk Bogarde. Ou Anthony Hopkins. Et Bogarde disait que la caméra filme la pensée. Les acteurs qui me fascinent sont ceux qui pensent. C'est aussi dans ma nature de me planquer, d'échapper aux autres, au groupe. Tout en ayant besoin de me sentir aimé… Hélène a compris tout cela. 

Vous êtes très crédible en commandant de marine. Avez-vous été tenté par l'armée ? 

Au contraire, c'est une phobie depuis l'enfance  ! J'avais l'impression, dès mon plus jeune âge, que si j'allais à l'armée y effectuer mon service militaire, j'y perdrais mon identité. Je voyais cela comme quelque chose d'implacable. J'ai d'ailleurs fini par me faire réformer. Sauf que là, jouer un marin, c'était différent.  J'ai eu l'impression que c'était un peu comme le football et le rugby ; les marins pratiquent le rugby, les autres armées jouent au foot. 

Qu'y-a-t-il de Lambert Wilson dans le personnage du commandant Rivière ? 

Il n'est pas moi, bien sûr, mais j'ai pu distiller beaucoup de ma solitude et de ma mélancolie dans ce rôle. Cette impossibilité absolue d'exprimer l'amour. L'idée de deux personnages faits l'un pour l'autre, mais qui se ratent, cela me bouleverse. Je suis très fl eur bleue pour ça. Je crois qu'on a quelques grandes amours dans son existence, sauf qu'on ne peut pas forcément les vivre si le timing n'est pas parfait. 


Quel est votre rapport avec Hélène Fillières ? 

Je lui fais entièrement confi ance quant à son goût du cinéma. On aime les mêmes choses. Et les mêmes thèmes. Le trouble, l'impossibilité, les non-dits. Hélène a choisi un univers très beau, cette sorte de western intime avec un graphisme des corps en groupe… Ce qu'elle assume de très européen, c'est le rythme assez lent de son fi lm, ce côté littéraire où il ne se passe pas énormément de choses, mais on tourne quand même les pages avec impatience ! 

Votre scène-clé ? 

La dernière scène du fi lm. On était très angoissés, car cette scène devait sous-tendre l'histoire dans son entier. Tout aurait pu s'écrouler comme un château de cartes si cette séquence n'avait pas été aussi puissante. Heureusement, on l'a tournée chronologiquement, à la fi n du fi lm. C'était bouleversant, on n'a pas même eu besoin de «  jouer  », avec Diane, pour ressentir autant d'émotion.

(Source : Dossier de presse du film / Gaumont Distribution)

- Au cinéma le 6 Juin 2018 -