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Copie Conforme d'Abbas Kiarostami avec Juliette Binoche, William Shimell, Jean-Claude Carrière. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Fadette Drouard   
19-05-2010

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Sortie le 19 mai 2010.

Crédits photographiques : MK2 Diffusion.

C'est une histoire banale de rencontre. Un écrivain anglo-saxon est en Italie pour présenter son livre. Brillant, la cinquantaine séduisante, drôle et fin, il charme les spectateurs. Y compris une jolie galeriste qui s'arrange pour lui laisser son numéro. Il la rencontre dans son magasin, et tous deux partent pour un petit village de Toscane, Gimigniano. Là, les conversations vont bon train, et on sent bien que chaque mot est pesé. Entre la séduction, la folie douce et les convictions, la douceur de la Toscane ne parvient pas tout à fait à faire la lumière sur le drôle de jeu que ces deux-là mènent.

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1°)AVIS

Il ne faut jamais se fier aux apparences. Une rencontre peut en cacher une autre... Un festival peut aussi cacher une sortie nationale. La preuve avec "Copie conforme". Un excellent moment de cinéma.

C'est la première fois qu'Abbas Kiarostami tourne en Italie, et ça lui va bien. Son film, qui sort alors même qu'il est en compétition pour le festival de Cannes, semble s'être emparé de la lumière de cette région pour mieux conter l'histoire de deux personnes qui partagent plus qu'il ne semble. Et le soleil de Toscane nous éblouit et laisse à la caméra tout le temps de nous manipuler. Entre faux-semblants, non-dits et sous-texte, le film déroule des clichés sur le couple, en les remaniant juste assez pour les rendre subtils et neufs. Sur le thème de la copie conforme, qui s'avère parfois meilleure que l'original, Kiarostami déroule un film fin et efficace, qui parle, sans en avoir l'air, de bien plus qu'une simple histoire d'Art. Il parle du couple, bien sûr, de l'Histoire, du changement et de notre perception des choses. Tout cela avec des dehors de légèreté absolue. On rit, d'abord. Parce que les dialogues sont excellents, d'une finesse à toute épreuve. Et parce que le jeu des acteurs transmet tout cela avec une intelligence rare. La galeriste ? Qui d'autre que Juliette Binoche. En fantasque amoureuse, elle illumine le film, passe de l'italien à l'anglais et au français, d'une idée à l'autre et d'une émotion à l'autre avec une aisance surprenante. Face à elle, un chanteur d'opéra qui fait ici sa première apparition à l'écran. Et quelle apparition ! En finesse et en émotion à fleur de peau, William Shimell s'accapare une partition loin d'être évidente. Les deux forment un couple touchant, crédible, dont les joutes verbales sont savoureuses.

Ils sont soutenus bien sûr par la maestria de Kiarostami qui aligne les plans-séquences comme d'autres les mauvais films, avec une sûreté et une efficacité qui en feraient rêver plus d'un. Mouvements fluides, caméra qui se fait oublier, comme pour souligner l'antagonisme et le jeu de masques des deux interprètes qui ne voient que ce qui les arrange, jusqu'à ce qu'un miroir nous renvoie leur vérité. Car le spectateur n'est jamais laissé en marge de ce film virtuose, invité à participer à la mascarade, à déchiffrer petit à petit ce qui est laissé dans l'ombre de ce soleil toscanien. D'un plan à une réplique, à même un petit bégaiement, rien n'est laissé au hasard dans ce jeu de pistes, à la recherche de la copie conforme de l'amour.

Fadette Drouard

 

2°)AVIS

Le film de Kiarostami commence une scène étrange, mais qui en même temps, en dit long sur le spectacle qui va suivre. Un écrivain qui arrive en retard, censé offrir une conférence sur son livre intitulé Copie Conforme. Une femme française qui arrive elle aussi en retard, qui s’installe et commence à écouter l’intervention, tout en murmurant quelque chose à son voisin, laissant un numéro de téléphone à ce dernier pour qu’il le transmette à ce fameux écrivain. Puis elle quitte la salle avec son fils. La scène est assez parlante: dans les textes, l’écrivain pose les bases philosophiques de ce qui va suivre, alors que la scène est lente, mais minutieusement tournée.

Juliette Binoche incarne cette femme, qui vit seul avec son enfant en Italie depuis cinq ans. William Shimmel est cet écrivain, qui semble tout aussi solitaire, qui essaye de garder un côté ténébreux censé séduire. Les deux sont faits pour se rencontrer, ce que provoque la femme. Les voici parti sur les routes de Toscane pour offrir au spectateur un paysage fantastique tout en commençant à placer le but de la conversation. Lentement mais sûrement, le réalisateur met en situation ces deux acteurs qui commencent à se découvrir peu à peu à travers une discussion où même le spectateur est invité.

Arrivé dans un bar quelconque d’une petite ville pittoresque de Toscane, la serveuse prend ces deux personnes pour un couple. Et voici que les deux vont jouer le jeu jusqu’à la fin du film. Le but: se découvrir, mais en même temps, cibler l’autre dans son histoire et ses sentiments. Ainsi, le spectateur peut réfléchir sur les enfants, l’amour, mais aussi l’art. Les deux réunis sont la « copie conforme » d’un couple, et discute de l’original, du vrai et du beau. A travers l’art par exemple, l’imitation a-t-elle sa place ? Qu’Est-ce qu’un original pour une œuvre ?

Les critiques s’amusent à mettre en avant la performance de Juliette Binoche qui a tourné pour les plus grands, que ce soit Haneke, Assayas, Gitaï. Ce n’est pas une première avec Kiarostami puisqu’on pouvait la voir dans "Shirin", autre œuvre majeure du réalisateur iranien. Sauf que dans "Copie conforme", sa prestation n’est plus satisfaisante que d’autres. On y préfère presque William Shimmel le parfait inconnu. Mais si les idées et la discussion semblent intéressantes, le couple n’est guère plus convaincant et enfonce le film dans un ennui profond, si le spectateur n’a pas été largué avant.

Pour une première sortie d’une compétition officielle du Festival de Cannes 2010, "Copie conforme" n’a pas placé la barre très haute. Pas de surprise ni d’émotion, des bonnes idées et une réalisation esthétique, c’est l’ennui qui prime ici. Dommage.

Christopher Ramoné

Dernière mise à jour : ( 25-05-2010 )
 
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