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Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert avec Ana Girardot, Jules Pelissier, Audrey Bastien. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Christopher Ramoné   
22-09-2010

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Sortie le 22 septembre 2010.

Crédits photographiques : Diaphana Films.

Mars 1992 dans une petite ville de la Région Parisienne. Lors d'une soirée bien arrosée, des adolescents découvrent dans la forêt un corps apparemment sans vie, enfoui dans les broussailles. Quinze jours plus tôt. Au lycée Léon Blum, un élève de Terminale C, Simon Werner manque à l'appel. Des traces de son sang sont retrouvées dans une salle de classe. Fugue, enlèvement, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont envisagées par ses camarades. Quelques jours plus tard, une élève de la même classe est notée absente sans que ses parents sachent où elle est. Une jeune fille apparemment sans histoire et sans lien direct avec Simon. Le lendemain, un troisième élève, toujours de la même classe, disparaît à son tour…

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1°)AVIS

Habitué aux séries documentaires, Fabrice Gobert signe son premier long métrage avec un thriller classique.

Alors que Simon Werner manque à l’appel dans une classe de terminale C de la région parisienne, la caméra de Fabrice Gobert va découper son film en quatre parties : quatre personnages centraux se feront leurs films, pour amener le spectateur à la vérité. On se laisse donc porter par l’histoire en rentrant gentiment dedans, émettant aussi nos propres hypothèses. L’histoire part d’une soirée bien arrosée où un groupe d’adolescents retrouvent un corps dans une forêt. On va donc faire quelques bonds en arrière pour comprendre ce qu’il sait passer, en se souvenant au bon souvenir du lycée et de ce que nous aurions fait si nous étions à leurs places. Quinze jours plus tôt, Simon Werner est donc absent, des traces de sang retrouvées dans un laboratoire de l’école, c’est le début du « psychotage » adolescent : meurtre, fugue, suicide ? toutes les hypothèses sont bonnes à prendre. 

Gobert nous emmène ensuite dans l’histoire du sportif du lycée, Jérémie (Jules Pelissier, croisé dans "Bus Palladium"), plutôt timide d’ailleurs. Ensuite, Alice la « bombe du lycée » (interprétée par Ana Girardot dont c’est le premier film), puis Jean Baptiste alias Rabier (Arthur Mazet, vu dans "Nos jours heureux"). On terminera par le film de Simon tout simplement. Par son apparence un peu basique qui laisse à penser que Simon Werner a disparu … était plutôt taillé pour être un téléfilm (probablement très efficace), le film de Fabrice Gobert cache un petit jeu. D’abord parce que le réalisateur s’amuse à voguer entre les genres, du teen movie à la française jusqu’au thriller dramatique en passant le film d’épouvante, sans jamais s’identifier clairement à un seul d’entre eux. Ensuite par sa réalisation et les procédés : quatre films, des points de vues différents que la caméra va aussi incarner, ce qui fait clairement penser au chef d’œuvre de Gus Van Sant, "Elephant".

"Simon Werner a disparu" est aussi un film pour nous, dans le sens où il parle d’inquiétude déjà vécu. Il y a le côté plutôt cool du lycée, qui va de la tranquillité (symbolisé par la musique des années 90 et l’utilisation de Sonic Youth en bande son) à la peur de s’assumer et de ne pas savoir où aller. L’image est un peu clichée, mais loin d’être fausse. Son apparence est bien trompeuse, "Simon Werner a disparu" est un film classique, mais il est surtout efficace et relativement intelligent.

Christopher Ramoné

 

2°)AVIS

Simon Werner a disparu, et d'ailleurs il n'est pas le seul. L'évaporation soudaine et mystérieuse de ce lycéen plutôt côté n'est que le premier événement troublant à se dérouler dans ce bahut plutôt petit bourgeois, situé non loin d'une zone pavillonnaire permettant à cette jeunesse endiablée d'organiser de chouettes teufs quand papa et maman sont partis pour la nuit. Après un premier plan donnant l'impression de revenir sur les lieux où, il y a 25 ans, Kyle MacLachlan trouvait une oreille coupée, on quitte rapidement un univers potentiellement lynchien pour regagner un domaine nettement plus balisé et hélas très habituel : le mauvais cinéma français, avec ses fausses bonnes idées et ses jeunes à mèche qui jouent mal. Car c'est la première caractéristique gênante du film de Fabrice Gobert : il est uniformément mal dirigé, à tel point que même un acteur incontournable comme Serge Riaboukine parvient à devenir fichtrement mauvais dès la première moitié de sa première réplique. Interchangeables et antipathiques, ces personnages n'ont rien d'attachant et peinent donc à susciter la moindre émotion lorsque leur arrive une tuile ou qu'un autre protagoniste vient à disparaître lui aussi. "Simon Werner a disparu..." est un film qui indiffère profondément, et qui indiffère même de plus en plus lorsque l'on comprend que Gobert sème tout un tas de pistes pour n'en exploiter absolument aucune ensuite.

Volontairement ou non, le film aurait pu tirer son épingle du jeu en se focalisant sur le pouvoir de la rumeur et du téléphone arabe dans la population adolescente, où la moindre petite nouvelle est immédiatement déformée et où certaines affabulations venues d'on ne sait où peuvent détruire à tout moment réputations et existences. Mais l'écriture est trop faible, trop lâche pour permettre qu'une telle étude sociologique soit réellement menée à bien. Non, la construction rashômonesque du film - des points de vue successifs sur les mêmes événements - n'est en fait là que pour créer un mystère trop rarement convaincant, qui ne cesse par la suite de s'auto-désamorcer. Et devoir supporter plusieurs fois les mêmes scènes pour apprendre au final que, ô surprise, Machin sortait avec Machine, est un effort franchement trop exigeant pour qui attendait davantage que ce scénario faussement alambiqué, gros soufflé qui peine à prendre forme et dégonfle aussitôt.

Alors bien sûr, question forme, Fabrice Gobert tente des choses, travaille sur la durée de certains plans, rend le ciel sombre et inquiétant. Mais il est loin, très loin d'arriver à la cheville d'un Gus van Sant, référence évidemment éhontée. Il ne suffit pas de filmer des adolescents de dos dans les couloirs désertés d'un lycée de province pour que le résultat ressemble à "Elephant". Il ne suffit pas non plus de convoquer Sonic Youth pour donner à son film un côté hype suffisant, surtout si la bande originale en question n'a rien de renversant. Et utiliser tous ces adolescents comme autant de McGuffin en puissance n'aurait un intérêt quelconque que si "Simon Werner a disparu..." avait un minimum de choses à dire que l'adolescence d'aujourd'hui, ou plutôt celle d'hier, puisque le film se déroule en 1992, à l'époque des Walkman et des Super Nintendo. Ce choix dans la date reste d'ailleurs une grande interrogation puisqu'il n'est jamais justifié : ces ados-là semblent intemporels, ni plus ni moins passionnants que s'ils étaient lycéens à notre époque, se traînant comme le film jusqu'à une conclusion miteuse, qu'aucun parti pris scénaristique assez fort ne peut justifier.

Simon Werner a disparu, certes, mais ce n'est pas la nouvelle de l'année.

Thomas Messias

 

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