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Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu avec Jean-Paul Rouve, Sophie Quinton, Guillaume Gouix. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par François Bour   
11-01-2011

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Sortie le 12 janvier 2011.

Crédits photographiques : Diaphana Films.

Il est parisien et l’auteur de polars à succès. Elle est l’effigie blonde du fromage « Belle de Jura », la star de toute la Franche-Comté, persuadée qu’elle était, dans une autre vie, Marilyn Monroe... Quand ils vont se rencontrer à Mouthe, la ville la plus froide de France, lui est en panne totale d’inspiration et elle déjà morte. « Suicide probable aux somnifères » conclut la gendarmerie. David Rousseau n’y croit pas. En enquêtant sur le passé de Candice Lecoeur, il est sûr de tenir l’inspiration pour un nouveau roman...

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1°)AVIS

D’un côté, une égérie régionale, devenue miss météo détonante (incarnée par Sophie Quinton), retrouvée morte sous dix centimètres de neige dans un no man’s land. De l’autre, un auteur de polar au kilomètre (joué par Jean Paul Rouve) qui se prend pour James Ellroy. Candice Lecoeur croyait être la réincarnation de Marilyn Monroe et elle aussi, est morte d’un suicide probable aux somnifères. David Rousseau est un écrivain à succès en manque d’inspiration qui croit là tenir le sujet de son prochain polar, mais son exil en province va lui apporter bien plus que le sujet d’un livre.

"Poupoupidou" offre une rencontre intemporelle entre deux êtres en mal de reconnaissance. Un voyage, agrémenté de flashback, balançant entre thriller et comédie au beau milieu d’un paysage digne des grands Nord-Américains. Le titre ainsi que l’affiche du film montrent d’ailleurs un lien évident avec une égérie de la bannière étoilée mondialement connue. Poupoupidou est pourtant loin d'être un film sur Marilyn Monroe. L’image de l'actrice est, certes, bien présente et le réalisateur, Gerald Hustache-Mathieu, reconnait s’être fortement inspiré de l'aura de la star, l’incarnation du « rêve américain, et au-delà, du rêve tout court. » Il ajoute : « C’était très excitant de transférer la mystérieuse émotion que suscite Marilyn, qui déborde autant l’histoire du cinéma que celle de l’Amérique, vers Candice, petite starlette locale de Mouthe, dans le Jura. » Le deuxième long métrage de Gérald Hustache-Mathieu arpente les chemins de la comédie et présente certains aspects romanesques.

Après "Avril" (2006), le réalisateur propose un mélange des genres, un exercice audacieux qu’il arrive à maitriser avec justesse. Une performance rendue possible notamment grâce à un duo au plaisir visible du duo d’acteur à l’affiche du film. Sophie Quinton, joue une réincarnation de Marilyn à la fois séduisante et empreinte de mélancolie. Le réalisateur a immédiatement pensé à elle pour incarner Candice, « je connaissais suffisamment Sophie pour avoir la quasi-certitude qu’avec elle, on ne tomberait jamais dans l’imitation, ou une espèce de parodie factice. J’ai une confiance assez aveugle dans son talent, sa justesse d’interprétation » explique Hustache-Mathieu qui a travaillé avec Sophie Quinton sur son premier film. Pour incarner à la fois le côté comique et le côté sombre de David Rousseau, le réalisateur choisit l'acteur Jean-Paul Rouve. Dans la peau de cet anti héros, l’acteur fait preuve d’une retenue, d’une pudeur et malgré la distance qu’il impose, il parvient à atteindre le spectateur.

Au bout de presque deux heures d’un hommage revendiqué au film noir, Poupoupidou se place clairement comme une belle surprise. Ce petit voyage à Mouthe confirme que le cinéma français a encore de beaux jours devant lui, en 2011.

François Bour

 

2°)AVIS

Auteur de courts réputés, passé au long en 2006 avec le puissant mais discret "Avril", Gérald Hustache-Mathieu revient enfin, et c'est une excellente nouvelle. D'autant que le réalisateur retrouve à cette occasion Sophie Quinton, actrice précieuse mais hélas trop rare, mais véritable muse pour ce cinéaste original et délicat. Faisant référence à James Ellroy pour la manière dont le héros s'implique corps et âme dans son enquête, "Poupoupidou" ressemble davantage à un polar de Donald Westlake, rigolard par endroits avant de vous bouleverser par surprise. Hustache-Mathieu livre un film singulier, différent de ses oeuvres précédente, mais tout à fait cohérent en regard de sa filmographie passée : tout y est, de son application d'orfèvre à son penchant pour les gentils marginaux. Y compris son amour débordant pour Sophie Quinton.

L'actrice s'empare à merveille d'un rôle évidemment taillé pour elle, celui d'une starlette régionale (météo, inaugurations, publicité pour un fromage local) dont la vie et la mort semblent calqués en tous points sur la destinée de Marilyn Monroe. Dates, amours, traits de caractères : Candice Lecoeur a tout d'un double fantasmé ou réel de Marilyn, et cette curieuse analogie est évidemment au coeur de l'investigation menée par David Rousseau, romancier en perte de vitesse, qui profite d'un passage dans la ville la plus froide de France pour tenter de se relancer. La beauté de Poupoupidou, c'est que ses deux personnages principaux ne s'y rencontrent jamais, Candice étant morte avant l'arrivée de Rousseau dans le village. Pourtant, ces deux âmes perdues ne vont cesser de se répondre, et le funeste destin de la demoiselle hantera toujours un peu plus l'esprit de l'écrivain, torturé jusqu'à la moelle par cette femme qu'il n'a pas connue mais qu'il connaît par coeur. Candice est le Dahlia Noir de Rousseau. C'est beau. Et c'est aussi l'occasion pour le réalisateur de dresser un hommage modeste et amusé aux romans et aux films américains qui l'ont sans doute bercé. Recréer Hollywood à Mouthe, dans le Jura, est une idée suffisamment décalée pour séduire.

Bien aidé par une pléiade de seconds rôles dont on ne connaît pas forcément les noms, Hustache-Mathieu déroule un récit doublement intrigant : non seulement par l'atmosphère polardeuse de son intrigue, mais parce qu'il ne rate jamais l'occasion de croquer avec tendresse les situations pittoresques qui se présentent à lui. Comme David Rousseau (Jean-Paul Rouve dans son meilleur rôle), on prend rapidement ses quartiers à Mouthe, et l'envie de s'y installer, bien qu'incompréhensible, finit par se faire sentir. Dommage que le scénario, un brin emberlificoté, finisse par s'emmêler les pinceaux et ne retombe jamais sur ses pattes : on sort de "Poupoupidou" séduit par l'univers mais pas mal frustré par la vision d'ensemble d'un film qui ne va nulle part mais y va cependant très bien. Et si même s'il manque un vrai quelque chose au film pour être tout à fait réussi, il confirme le talent exceptionnel de Gérald Hustache-Mathieu, qu'on ne lâchera pas de sitôt.

Thomas Messias

 

3°)AVIS

C'est une histoire entre le Jura et les États-Unis, entre les fantômes et les fantasmes, entre une pub pour un fromage local et Marilyn que nous propose "Poupoupidou". Un drôle de mélange, mais un mélange convaincant !

Si on nous demande, on répondra que l'année cinéma de l'Hexagone ne commence pas mal du tout. Jolie preuve en image avec cette histoire de fantômes et de fantasmes, Poupoupidou. Il y a six ans très exactement, Gérald Hustache-Mathieu nous avait étonnés. Avec une histoire de novice qui sort du couvent et découvre la vie, l'amour, le pardon. Avril avait un goût de sel et de sable, une luminosité que lui prêtaient les plages de Camargue et le joli minois de Sophie Quinton. La jeune actrice y prouvait tout en finesse qu'un regard vaut souvent mille mots. Et c'est tout en regards qu'elle revient encore devant la caméra du même Gérald Hustache-Mathieu.

C'est en effet « son » histoire que le film déroule. Celle d'une starlette des campagnes, coincée dans la ville la plus froide de France entre ses rêves et sa réalité. C'est quand elle est retrouvée morte dans le no man's land, entre la frontière française et la frontière suisse qu'elle éveille l'intérêt d'un romancier. David Rousseau écrit des policiers « invraisemblables ». Des histoires à dormir debout entre sordide et absurde. C'est en panne, de voiture et d'inspiration qu'il se retrouve coincé à Mouthe. Et y trouve donc son sujet. Puisque personne ne semble s'y intéresser, lui va tenter de dissiper les zones d'ombre qui planent autour du corps de la jeune femme. Sous couvert de la recherche de matériau, il va partir à la rencontre de Candice Lecoeur, réincarnation jurassienne de Marilyn Monroe. Poupoupidou !

Résumons. Comme le dit le réalisateur, « c'est l'histoire d'un mec déprimé qui arrive à Mouthe dans la neige et trouve la femme de sa vie. Sauf qu'elle est morte. » Dit comme ça, on ne voit pas plus déprimant. Ça ne va pas arranger l'état de David Rousseau. Si ce n'est que Gérald Hustache-Mathieu ne fait pas de ce film un drame. Ni un thriller d'ailleurs. Et encore moins une comédie. Qu'est-ce donc alors ? Un joli mélange et un film inclassable, un « policier d'amour », une enquête qui tire incontestablement vers le romantisme dans le sens le plus noble du terme...

Le tout mis en scène avec un bonheur de cinéaste tout particulier, qui aime les grands espaces et joue à transformer le Jura en Amérique. On pense à Fargo, à Hopper, on est à la fois avec des Désaxés et quelque part vers la nature folle du Niagara ... Des références blondes peroxydées, bien sûr. Parce que, si le scénario est diablement habile, il n'est pas le seul à convoquer le fantôme de Marilyn. Sophie Quinton y est pour beaucoup. L'actrice n'imite pas. Elle incarne cette jeune femme qui n'a rien trouvé de mieux, pour s'évader, que de se croire réincarnation de Marilyn. Elle est convaincante, juste et magique. Face à elle, Jean-Paul Rouve en écrivain désenchanté n'a pas de mal à jouer la fascination, muni d'un humour salvateur. Un duo qui fait le sel d'un film qui aurait pu glacer, mais se contente de dessiner en finesse, en demi-teinte, une histoire assez invraisemblable pour qu'elle soit crédible.

Fadette Drouard

 

4°)AVIS

"Poupoupidou" n’est pas un film policier, ni une bluette, encore moins un biopic. Poupoupidou est un film de Gérald Hustache-Mathieu, tout simplement. Si bien que ni un pitch ni une bande-annonce ne peuvent refléter ce qui en fait l’essence : un patchwork d’impressions, une poésie du prétexte et du chemin détourné, un regard empreint de tendresse et de délicatesse qui nous fait dire que décidément, après un Avril sincère et touchant, nous sommes ici en présence d’un réalisateur à suivre.

Le film aurait pu s’appeler "Retour à Mouthe", puisque après avoir tourné son premier court métrage, Peau de Vache, dans la ville la plus froide de France, Gérald Hustache-Mathieu y revient, en plein hiver, pour y situer l’action de son deuxième long. David Rousseau, auteur de romans policiers en panne d’inspiration, débarque dans ce charmant village enneigé pour des histoires de succession. Intrigué par l’annonce télévisée du décès de Candice Lecoeur, il voit dans le destin de cette starlette locale aimée de tous, retrouvée morte dans la neige et vraisemblablement suicidée, le sujet de son prochain polar. Il décide alors de mener sa propre enquête, un peu « à la James Ellroy ».

Évidemment, David Rousseau se révèlera être un enquêteur du dimanche plus qu’un limier hors pair. Et c’est l’une des premières surprises que nous réserve le film : parvenir à mixer des ingrédients tels que indices, témoignages ou encore relevés d’empreintes aboutissant, tout de même, à la résolution de l’énigme, sans que "Poupoupidou" ne ressemble à un film policier. Les hommages à "Twin Peaks" dès le début du film (le panneau d’entrée de la ville au bord de la route de montagne et surtout la ressemblance troublante entre le visage défunt de Laura Palmer et celui de Candice) auraient pourtant dû nous mettre sur la piste : du point de vue du récit, ce n’est pas tant l’originalité de l’intrigue que le déroulement décalé de l’enquête qui importe.

Loin de lasser ou de nous perdre en route, toutes ces petites scènes qui semblent ne pas faire avancer le récit d’un iota (l’essai au tir à l’arc ou la publicité pour le fromage Belle du Jura, notamment, purs moment absurdes, ou encore le running gag de l’employée de l’hôtel qui s’obstine à faire du gringue au héros) portent en elles une fantaisie réjouissante et forment un canevas d’impressions qui brouillent gentiment les cartes du récit. C’est d’ailleurs là la grande différence avec Avril, qui était parfaitement linéaire. Si l’on retrouve ici la sincérité et la candeur qui faisaient tout le charme de ce premier long métrage, l’histoire de Poupoupidou est nettement plus dense et sa construction plus riche.

Car pour découvrir la vérité sur la mort de Candice, David Rousseau devra se pencher sur sa vie, qui elle était, qui elle aimait. Retrouvée morte dès le début du film, elle aurait pu n’être qu’un souvenir, une image. Ce qu’elle est, bien sûr, à travers les témoignages des personnes l’ayant connue ou croisée, tandis qu’elle s’appelait encore Martine et qu’elle travaillait dans une station-service, ou quelques années plus tard, devenue blonde et ayant revêtu le costume de la parfaite miss météo. Mais elle s’avère être bien plus présente qu’un personnage dont on ne fait que se souvenir. En voix off, elle nous livre en effet ses impressions, son ressenti par rapport à sa disparition et au fait qu’un homme bien s’intéresse enfin à elle, comme si tout cela était parfaitement naturel. En regard de l’image que les autres gardent d’elle, la lecture de son journal intime révèle une à une les facettes de la jeune femme qu’elle a vraiment été. Alors, certes, Sophie Quinton n’est pas aussi pulpeuse que Marilyn, mais elle n’en incarne pas moins une héroïne irrésistible et torturée, sans oublier qu’il s’agit là encore d’un prétexte et que les similitudes avec la vie et la mort de Norma Jean ne sont au bout du compte qu’une fausse piste de plus.

La vérité est ailleurs, dans ce lien indicible qui unit une actrice à son réalisateur fétiche, dans cette alchimie qui confère aux films de Gérald Hustache-Mathieu toute leur âme, et qui rend Sophie Quinton si attachante, si rayonnante, si… « Just you, nobody else but you. »

Audrey Jeamart

 

INTERVIEW DE L'EQUIPE DU FILM




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Dernière mise à jour : ( 11-05-2011 )
 
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