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{mosimage} Sortie le 08 octobre 2008. Crédits photographques : La Fabrique de Films.
Jenny est maîtresse d'école. Son petit ami et elle quittent Londres pour passer un week-end romantique au bord d'un lac. La tranquillité du lieu est perturbée par une bande d'adolescents bruyants et agressifs qui s'installent avec leur Rottweiler juste à côté d'eux. A bout de nerfs, ces derniers leur demandent de baisser le son de leur radio. Grosse erreur ! {mosimage} 1°)AVIS Sous genre à part entière du cinéma d’horreur, le survival obéit à un cahier des charges précis : héros prisonnier d’un environnement hostile, ennemi redoutablement puissant ou en position de supériorité numérique, violence extrême… La recette est convenue et les exemples de réussites récents ("La Colline a des Yeux" version Alexandre Aja, "The Descent" de Neil Marshal) laissent croire qu’il en faut désormais beaucoup plus pour heurter les âmes aguerries. Sans aucunement bouleverser la routine du survival, "Eden Lake" parvient pourtant à chatouiller là où ça fait mal. En prenant racine dans une actualité dramatique (la multiplication des homicides des adolescents en Grande Bretagne par arme blanche, l’obsession de l’autodéfense), le premier long métrage de James Watkins possède ce petit plus d’ambiguïté propre à transcender un pitch de série B en œuvre réellement malaise sur la place qu’occupe la violence dans notre société. Et si nos enfants avaient en eux la folie destructrice qui guide (trop) souvent le monde des adultes ? Le sujet n’est pas nouveau : c’est même le thème central de « Sa majesté des mouches » où une communauté d’enfants livrés à eux-mêmes sombrait rapidement dans la sauvagerie. Epoque différent, lieu différent, "Eden Lake" s’inscrit dans un cadre contemporain (et donc rassurant) d’un pays développé où la technologie permet de ne quasiment jamais perdre contact avec le monde extérieur. Pourtant, c’est dans ce contexte que un couple de jeunes bobos un peu naïfs va se retrouver à la merci d’une bande de jeunes voyous particulièrement cruels. Intimidation, pouvoir du groupe sur l’individu, abandon de la jeunesse, responsabilité des parents, le script aborde pléthore de sujets mais toujours via une approche très frontale d’un cinéma d’horreur qui n’épargnera rien au spectateur (interdiction aux moins de 16 ans justifiée). La scène de torture infligée au pauvre Michael Fassbender aura ainsi de quoi faire quitter la salle à plus d’une âme sensible. Toutefois, sous ce traitement extrême se dessine progressivement une approche des « méchants » beaucoup moins manichéenne qu’il n’y parait de prime abord. Et c’est précisément là que "Eden Lake" appuie là où ça fait mal : en n’offrant pas de réponse simple à un problème complexe, en engageant les personnages sur une pente sans cesse plus glissante et dangereuse. La réalisation parvient souvent à traduire visuellement un malaise allant crescendo. Les plans aériens de la forêt en cinémascope suivis de plans de plus en plus serrés sur les héros semblent dire que le piège se referme inexorablement sur eux. Quant à la piste son, elle sert à merveille des pics de tension vraiment effrayants dans une dernière partie classique mais diablement efficace. Le premier long métrage de James Watkins laisse donc présager du meilleur pour la suite. Tant mieux puisqu’il a signé pour réaliser " The Descent : part 2"». Frédérick Lanoy {mosimage} 2°)AVIS Le survival est un genre ô combien difficile, qui demande notamment de l’endurance, du style et de la suite dans les idées. Comme il y a quelques mois, Eden lake s’impose un défi supplémentaire, ne proposant en tout et pour tout que deux héros potentiellement zigouillables. Un petit nombre qui peut faire craindre un film lent et ennuyeux, avec une intro de quarante-cinq minutes, une poignée de scènes à suspense et basta. Heureusement, James Watkins n’est pas un de ces petits futés qui promettent du frisson mais ne livrent que des miettes. Eden lake est un film plein, au suspense acéré, qui ne subit pour ainsi dire aucune baisse de rythme. Et c’est assez miraculeux. Sans prétendre être le film le plus original qui soit, Eden lake s’impose par la rapidité de sa mise en place et par sa propension à rebondir sans cesse, donnant régulièrement un nouveau relief à une intrigue relativement classique – un couple, des sales gosses, un drame qui en entraînera d’autres. La clairière servant de décor au film est parfaitement exploitée, tout comme les nombreux check points – cabane, préfabriqué, 4x4 – mis à disposition des personnages. Filmant avec une aisance déconcertante, Watkins livre une course-poursuite haletante, où l’horreur va crescendo. Car tant physiquement que moralement, Eden lake est un film horrifique et horrifiant, à déconseiller aux âmes sensibles. Dès le début, la tension est palpable, et même les séquences que l’on devine être des fausses pistes apportent leur lot de malaise. Puis la dégueulasserie prendra lentement le pas, avec quelques images tout bonnement ignobles, non par ce qu’elles montrent, mais par ce qu’elles suggèrent. Soit, par exemple, tout le contraire d’un Martyrs, riche en effets gore mais d’une platitude absolue. Même la fin, aussi laconique que terrifiante, est réussie. Bien aidé par deux interprètes à l’immense valeur intrinsèque (une Kelly Reilly abonnée jusque là aux rôles de belle rouquine aux dents bien blanches et un Michael Fassbender dont on reparlera dans quelques semaines), Watkins a réussi son survival, et on attend de ses nouvelles avec une hâte non dissimulée. Thomas Messias |