|
 "Dans la tourmente". Un film de Christophe Ruggia avec Clovis Cornillac, Mathilde Seigner, Yvan Attal, Céline Sallette, Marc Brunet, Abel Jafri, Jean-Philippe Meyer, Nelly Antignac, Gilles Masson, Azouz Begag. Sortie le 11 janvier 2012. Crédits photographiques : Wild Bunch Distribution.
INTERVIEW DE CLOVIS CORNILLAC POUR  Vous avez été impliqué dans ce projet très en amont. Oui, puisque j'ai lu la première mouture du scénario il y a quatre ans : dès cette première lecture, j'ai été emballé. Puis, il y a eu des remaniements et plusieurs versions successives dont Christophe Ruggia m'a tenu au courant régulièrement. Ce projet m'a touché et me tenait vraiment à coeur, d'autant plus que j'apprécie Christophe en tant qu’homme et que j'ai trouvé ses deux premiers films formidables. C'est un cinéaste qui compte déjà et qui marquera encore davantage dans les années à venir. Ce qui m'a intéressé avec Dans la tourmente, c'est qu'il met en scène la noblesse des gens modestes. Comment êtes-vous entré dans la peau du personnage ? Il faut avant tout essayer de comprendre la logique et la psychologie du personnage, sans simplification hâtive car l'âme humaine est complexe et parfois chaotique. Les actes violents que l'on peut avoir et qui nous dépassent, comme les chocs émotionnels qui surviennent dans certaines situations, ne sont jamais aussi simples qu'on veut nous le faire croire. Il existe souvent un décalage entre ce que l'on ressent et nos actes. Je me suis beaucoup raccroché au scénario, j'ai échangé avec le réalisateur et, par exemple, j'ai tenté de comprendre le sentiment de pure terreur qui s'empare de Franck après le casse. Je voulais que mon ressenti transparaisse. Mon personnage est quelqu'un de solide et qui assume. Il est droit et a un ancrage très fort. Il se retrouve confronté à quelque chose qui dépasse son imagination. C'est d'une telle violence qu'il se sent propulsé dans le vide. On sent que votre personnage a longtemps cru au collectif et aux luttes syndicales, mais qu'il rejoint le camp des désabusés, à l'image de Max, son ami. Oui, et cela peut arriver à n'importe qui, quel que soit son milieu. La dureté de la société et la logique socioéconomique sont absolument implacables et touchent chacun d'entre nous. Max, le personnage d'Yvan, est en totale perdition : il se rend compte que toutes les luttes aux côtés des autres travailleurs sont vaines. Par exemple, l'occupation de l'usine, qui est un acte fort, est devenue inutile puisque l'entreprise va être délocalisée en douce. Dans la tourmente est à mi-chemin du polar et du film social… On est dans un genre inspiré du cinéma de Sidney Lumet, qui aborde de nombreuses questions sociales tout en restant palpitant. Pour moi, c'est la vocation des films de genre d'interpeler le public, sans jamais l'ennuyer. J'aime beaucoup le thriller au cinéma – tout comme en littérature – car il permet de cibler les problématiques propres à telle ou telle époque : on identifie bien les risques et les dangers qui sont susceptibles de faire basculer un homme. Comment vous êtes-vous approprié le rôle ? Pour jouer un personnage, il faut d'abord y croire. Il est donc primordial de commencer par l'imaginer et il ne faut surtout pas être dans le paraître. Je n'aime pas qu'on perçoive les effets : il faut qu'on sente que le comédien campe naturellement son personnage et qu'il est dans la justesse sans faire d'efforts. Le problème, c'est qu'on a souvent envie d'être reconnu et félicité pour son travail, et qu'on est alors tenté de surjouer et de forcer certains effets. Mais le plus important, c'est de jouer avec naturel pour que le public ait une impression de fluidité et de simplicité. Comment Christophe Ruggia vous a-t-il dirigé ? C'est un bonheur de travailler avec lui. Il est d'une grande finesse et d'une gentillesse à toute épreuve. Il ne lâche rien, et tant qu'il n'a pas obtenu ce qu'il veut, il s'efforce de l'obtenir. Il est pointilleux sur le cadre, la lumière, le jeu, etc. J'apprécie son exigence et sa rigueur. Je lui ai donné toute ma confiance, je voulais vraiment participer à ce projet. C’est pour ça que j’ai baissé mon cachet et surtout coproduit le film. Vous aviez déjà tourné avec Yvan Attal, mais jamais avec Mathilde Seigner. Yvan et moi sommes amis depuis très longtemps. Nous avions déjà tourné ensemble dans Le Serpent et c'était une grande joie de se retrouver. Quant à Mathilde, c'est une vraie découverte. On se connaissait très peu et on n'avait jamais travaillé ensemble. On s'était juste croisés quelquefois dans des émissions de télé. Mathilde a une force de dignité qui correspond à son personnage : elle a ce côté populaire que je partage avec elle. Je trouve que le couple que nous formons est absolument crédible. Dans ce métier, on a la chance de faire la connaissance de beaucoup de monde, et avec Mathilde c'était une belle rencontre ! LA CRITIQUE DU FILM |