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"Jeune et Jolie". Un film de François Ozon avec Marine Vacth, Géraldine Pailhas, Frédéric Pierrot, Charlotte Rampling.

Sortie le 21 août 2013.

Crédits photographiques : Mars Distribution.

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Le Sortilège du Scorpion de Jade de et avec Woddy Allen Helen Hunt, Charlize Theron, Dan Aykroyd. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Guillaume Branquart   
08-04-2012

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Sortie le 05 décembre 2001.

Crédits photographiques : Bac Distribution.

En 1940, à New York, Betty Ann Fitzgerald a été engagée pour moderniser la compagnie d'assurances North Coast. Cette énergique et arriviste enquêtrice affiche d'emblée ses ambitions en déclarant la guerre aux méthodes de travail quelque peu obsolètes de C.W. Briggs, le meilleur détective de la boîte. Afin d'apaiser les tensions, Chris Magruder, le patron de la North Coast, les incite à participer à une fête organisée pour l'anniversaire d'un collaborateur de C.W. Briggs. Au cours de la soirée, le magicien Voltan hypnotise C.W. Briggs et Miss Fitzgerald à l'aide du scorpion de Jade. Le sortilège va entraîner les deux ennemis jurés dans de rocambolesques aventures.

 

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1°)AVIS

Et revoilà Woody Allen ! Le new-yorkais à lunettes et à l'humour dévastateur n'en finit pas de tourner et d'alterner entre les époques. Pour le cru 2001, il nous transporte dans l'Amérique de 1940. Vieil enquêteur aux méthodes jugées ringardes, C.W. Briggs a un vrai problème avec Betty Ann Fitzegald, la nouvelle assistante de la compagnie d'assurances qui l'emploie : il la trouve revêche, brutale et pleine d'idées farfelues sur la modernisation du service d'enquêtes et elle le considère raté, dépassé et incapable de mener une enquête à son terme. Chacune de leur rencontre tourne en une mémorable prise de bec. Au cours d'une soirée au restaurant pour fêter l'anniversaire d'un collègue, les deux adversaires sont mis à contribution par un hypnotiseur pour un numéro très spécial… qui va changer leur vie.  

Grand amateur de l'époque, Woody Allen reconstitue avec une délicieuse minutie l'ambiance et le charme du New York de 1940 pour y faire vivre une truculente galerie de personnages comme lui seul sait en imaginer. Grand architecte du verbe, le cinéaste se met en scène dans une variante de son éternel rôle de petit bonhomme brimé et maladroit. En face de lui, une Helen Hunt meilleure que jamais lui rend coup pour coup (mot pour mot ?) les piques qu'il ne cesse de lui envoyer. Les chamailleries des deux personnages à travers les dialogues extrêmement drôles de Woody Allen cachent un jeu de séduction houleux, dans la droite lignée des films que Howard Hawks pouvait réaliser à l'époque.  

Brillant hommage à peine voilé à ce cinéma haut en couleurs à la fois drôle et divertissant, Le sortilège du scorpion de Jade constitue une belle réussite. Visiblement à l'aise, les acteurs s'en donnent à coeur joie pour incarner les archétypes de l'époque : de la femme fatale au patron infidèle en passant par les collègues joueurs. Régal pour les yeux, le film l'est aussi pour les oreilles grâce à la sélection musicale toujours très jazzy de Woody Allen et aux irrésistibles dialogues.

Drôle, divertissant et toujours inventif, Woody Allen reste fidèle à lui-même et nul ne songerait à s'en plaindre.

Guillaume Branquart

 

2°)AVIS

New-York, 1940, le détective C.W. Briggs (Woody Allen) doit faire face à l’arrivée de Betty Ann Fitzgerald (Helen Hunt) qui a pour mission de rationaliser le fonctionnement du cabinet d’assurances dans lequel il travaille. Briggs le détective intuitif rencontre Fitzgerald la rationnelle organisatrice, le gringalet rencontre la pulpeuse, deux méthodes de travail, presque deux époques… En tous cas, un homme rencontre une femme, ce qui permet au film de prendre son élan à partir des étincelles produites par la friction de ces personnalités apparemment contraires et inconciliables.

La dernière jubilation filmée de Woody Allen se déroule dans la ville de New-York, rarement filmée, mais plutôt suggérée, et stylisée grâce au décalage historique de l’action (les années 40). L’ambiance créée, très intérieure, très chaude, très « ambrée » donne une légèreté, et un charme qui servent de toile de fond à tous les contrastes de l’histoire : entre Briggs et Fitzgerald, entre l’ombre et la lumière, le jour et la nuit, le vrai et le faux, l’intérieur et l’extérieur, le vol et la propriété, ce qui est apparent et ce qui est réel, le conscient et ce qui ne l’est pas… Le « Sortilège » va puiser cette atmosphère parfois presque enivrante dans la qualité de la bande sonore qui déroule les jazz choisis de Hines, d’Ellington, de Harry James ou de Glenn Miller. Ils rappellent les musiques de « Radio Days » ou de « Accords et Désaccords », dont les rythmes à la fois attendus et surprenants, donnent envie de sourire et de danser. Le cabinet d’assurances Magruder où se retrouvent Briggs et Fitzgerald, ressemble à un verre d’eau dans lequel on aurait jeté un cachet d’aspirine.

Dans cette effervescence, c’est la femme qui a les traits du prédateur et l’homme, ceux de la victime. Les défenses verbales de Briggs se soldent par des répliques qui le renvoient dans les cordes de son petit statut d’employé de la middle-class (qui est en train de perdre son job), tandis que qu’Betty Ann Fitzgerald incarne le pouvoir et montre qu’elle sait s’en servir. Et pourtant... Ces deux personnalités que tout oppose apparemment, se retrouvent sur une scène pour une séance publique d’hypnose menée par Voltan (David Ogden Stiers)… Sous les ordres de celui-ci, qui les soumet chacun grâce aux mots magiques (« Constantinople ! » pour Briggs et « Madagascar ! » pour Betty), ils se déclarent soudainement s’aimer et à la stupéfaction de leurs collègues dans le public. Grâce à l’hypnose et aux consignes qui conditionnent (« vous allez déclarer votre amour mutuel ») une inversion a eu lieu.Mais que s’est-il passé ? L’hypnose a-t-elle dénaturé ces deux êtres ou les a-t-elle révélé à leur nature profonde qui est de s’aimer ? En tous cas, l’hypnose fait passer derrière l’apparence, derrière le visible, pour donner à réfléchir.

Il s’agit d’un merveilleux outil pour l’écran que Woody Allen a notamment utilisé dans « Alice » avec la délicieuse et fragile Mia Farrow pour montrer ce que l’œil de lui-même, ne peut voir. Ce qui caractérise la puissance de l’hypnose, c’est apparemment, sa brièveté. L’histoire va montrer le contraire. Car, à la suite de cette séance publique, les deux personnages sont contactés chacun par téléphone par Voltan qui poursuit l’exercice de son pouvoir de manipulation en exigeant d’eux qu’ils volent ce qu’ils sont censés protéger dans leur métier (des bijoux ). Tout dans ce film fonctionne sur l’inversion, le basculement, des éléments opposés qui constituent les personnalités. D’où un effet de comique, alors que nous sommes dans la plus grande tension dramatique. Quand C.W. Briggs va remettre le fruit de son vol dans un casier de la gare de Grand Central, les yeux rivés vers la consigne et le bras tendu, il est le négatif du personnage de détective professionnel. Quel est le plus proche de sa nature profonde ? Le voleur ou le détective ? Le metteur en scène aussi est un magicien, un hypnotiseur peut-être. Il conditionne l’acteur qui y consent à dire un texte, à sentir telles émotions pour les faire ressentir ensuite au spectateur. Et que vient chercher l’acteur ? Le texte de sa vie ? La révélation de ce qu’il doit faire et être ? En tous cas, l’acteur est un être fragile, parce qu’il est dans l’attente (en souffrance), d’une influence…

Quoi qu’il en soit, le fait que l’hypnose fonctionne montre qu’il y a toujours quelque chose derrière ce que nous faisons et disons et pensons…Jusqu’où peut-on consentir à être un autre ? C’est justement cette question que très vite aborde le film. Au moment où Briggs et (un plus tard) Betty, s’aperçoivent de ce dédoublement de leur personnalité, de leur duplicité, ils se mettent en quête d’authenticité, de leur identité cachée en somme. En dehors du risque de la prison et du chômage,  tous les deviennent à leur façon détectives dans l’affaire la plus essentielle de leur vie : celle qui concerne l’ambiguïté et le sens de leurs actes. Dans cette situation où chacun des deux risque de devenir complice de Voltan aux yeux des autorités et de l’opinion, ils se découvrent une quête commune au-delà des apparences trompeuses.

C’est cette quête de soi qui est l’espoir du film, cette découverte que lorsqu’on commence à se regarder chacun dans notre propre duplicité, dans notre propre contradiction, l’autre nous apparaît comme un espoir plus qu’un concurrent dans une lutte à mort (la concurrence). Non pas que cette quête détruise toute possibilité de manipulation ultérieure, mais elle fait naître en chacun le désir de se connaître plus fort que celui de se faire reconnaître (dans les yeux des autres). Ce désir d’authenticité, c’est le prix de la réconciliation entre C.W. Briggs et Betty Ann Fitzgerald, de la vérité et de la justice (Voltan et sa complice sont arrêtés), le prix de leur amour aussi. Cette histoire a quelque chose de magique parce qu’elle permettait de découvrir que ce que l’hypnose fait basculer ce sont des personnalités qui ne sont qu’apparemment réalisées.

Et, à force d’approfondir nos conditionnements, ceux de nos actes ou de nos sentiments, Woody Allen est amené à poser la question : à qui profite l’ignorance dans laquelle nous sommes de ce qui nous fait réellement agir ? Car l’existence de nos conditionnements signifie que nous sommes soumis à des influences qui ne nous servent pas. On se croirait dans un dialogue de Platon, dans « l’Allégorie de la Caverne » par exemple qui traite exactement de ces ombres que nous croyons réelles et qui sont une mise en scène destinée à nous maintenir prisonniers de nous-mêmes (et des autres). Les personnages du film sont ainsi parasités par des conditionnements qui viennent toujours de loin.

C’est ainsi qu’ils sont manipulables, fragiles et intolérants, sans même s’en rendre compte, parce qu’ils l’ignorent. L’hypnose est dans « le Sortilège » la révélation de cette duplicité intérieure, non pas pour énoncer une vérité mais pour indiquer le chemin de la réflexion, qui est celui de la liberté (de soi) et de celle des autres par la même occasion. De l’amour quoi.

Philippe Chautard

Dernière mise à jour : ( 09-04-2012 )
 
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