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{mosimage} Sortie le 15 mars 2006. Crédits photographiques : Bac Films.
Sous la poussée de forces invisibles, la banquise se brise. Les boeufs musqués courbent l'échine sous le blizzard. Les caribous galopent par milliers dans la toundra. Les ours blancs se défient. Les baleines boréales défoncent la banquise. Le narval dresse hors de l'eau son incroyable dent torsadée. Du coeur de l'hiver au retour triomphal du soleil, un grand opéra sauvage sur le toit du monde, dans une nature immense et vierge où l'homme n'a pas sa place... La planète blanche ! Théâtre de luttes sans merci pour survivre. {mosimage}
Prière de ne pas déranger.
N’avez-vous jamais rêvé d’assister à la naissance d’un ourson polaire ? N’avez-vous jamais rêvé de danser avec un loup en pleine chasse ? N’avez-vous jamais rêvé d’observer la tétée d’un bébé phoque ? N’avez-vous jamais rêvé d’être invité au ballet des bélougas ? N’avez-vous jamais rêvé de participer à la grande migration des caribous ? N’avez-vous jamais rêvé de valser avec une méduse ? N’avez-vous jamais rêvé de voir surgir devant vous le mythique narval, licorne des mers ? N’avez-vous jamais rêvé de prendre sur le fait un moustique en train de narguer un pauvre caribou ? N’avez-vous jamais rêvé de voir des traînées de filaments dans la nuit de l’océan ? N’avez-vous jamais rêvé d’être un explorateur privilégié à qui la Nature confierait ses trésors les plus merveilleux et les plus secrets ?... Alors si votre cœur dit oui, laissez-vous tenter par la beauté glacée de « La Planète Blanche », entrez sur la pointe des pieds dans l’inaccessible monde des extrêmes, où le paradis et l’enfer ont le même visage blanc...
Alors que « La Marche De L’Empereur » a été excessivement encensée par un certain tapage médiatique, « La Planète Blanche » sort injustement dans une trop grande discrétion. Là où premier était pollué par les voix-off des manchots dont le ton tendance humoristique dénaturait le propos, le second laisse les images parler d’elles-mêmes. Le narrateur ne se perd pas en bavardages inutiles, il s’efface, ne distillant au spectateur que quelques informations précieuses. À la place, c’est une composition musicale somptueuse signée Bruno Coulais (qui avait déjà composé la musique de « Microcosmos, le peuple de l’herbe ») qui fait parler les images. Pianotant sur toute la gamme des émotions et des ressentis, s’appuyant sur des instruments très divers pour exprimer l’amour maternel, le défi, la menace ou l’isolement, la musique semble en effet émaner des images elles-mêmes. Qui plus est, des « bruitages instrumentaux » fort justement dosés viennent ponctuer la bande musicale et suffisent à prêter aux animaux des attitudes et des comportements humanisés.
Le réalisateur a compris que pour pénétrer dans ce monde de mystère, pour se fondre avec les éléments, pour communier et ne faire qu’un avec la Nature, il faut prendre le temps car les trésors de ce monde sauvage ne s’offre qu’aux yeux de ceux qui savent la contempler en silence et avec respect. Pas de mise en scène donc, pas d’artifices, juste un regard, mais pas n’importe lequel : un regard qui dit, mieux que n’importe quel discours, la valeur de la vie. Le réalisateur n’entend pas nous asséner une grande leçon de morale. Nul besoin en fait, car la réflexion naît inconsciemment de la contemplation. Même à distance, l’homme parvient à menacer l’équilibre fragile de la vie sur des terres encore vierges et immaculées : il saigne à blanc un territoire qu’il n’a même pas encore foulé...
Ce film est une véritable bouffée d’oxygène (pur) dans une société qui a détourné les lois de la Nature pour son seul profit. Un documentaire à voir de toute urgence ! Mais attention, entrez dans ce sanctuaire blanc en silence afin de ne pas troubler l’osmose naturelle qui y règne, et surtout sur la pointe des pieds pour ne pas laisser une empreinte indélébile dénaturer les lieux !
Nathalie Debavelaere |