|

Sortie le 19 janvier 2005. Crédits photographiques : Columbia Tri Star Pictures.
Larry, médecin, aime Anna, photographe, qui le trompe avec Dan. Alice, stripteaseuse, aime Dan, écrivain et manipulateur, mais le trompe quand même avec Larry. A un niveau extrême, deux hommes et deux femmes vont jouer le jeu pervers de la séduction et du désir. Alternant manipulations et trahisons, ils entament un diabolique chassé-croisé amoureux dont personne ne sortira indemne.
1°)AVIS
Mensonges, trahisons et amour si affinités...
Une vraie partie de plaisir, très serrée. Et s'il peut voir cela, Laclos doit se délecter dans sa tombe car « Closer » présente certaines similitudes dans la malignité et la perversité jouissives avec « Les liaisons dangereuses ». Avec adresse et subtilité Mike Nichols nous emmène au cœur de ce trouble jeu où les 4 joueurs ont en main les mêmes cartes du mensonge subversif, de la manipulation amoureuse, de la séduction mensongère et du désir fluctuant, cartes qu'ils abaissent au gré de leurs envies ou pour contrer leurs adversaires dès qu'ils prennent un semblant d'ascendant sur eux. Et les dessous de table de ce jeu dangereux, dans lequel il vaut mieux ne pas baisser sa garde, recèlent une abominable cruauté sentimentale...
Certains objecteront que ce constat sur le couple n'a rien de franchement novateur, ce que je ne contredirai pas, et j'irai même jusqu'à leur concéder que, par les temps qui courent, nombre de réalisateurs ont une fâcheuse tendance à légitimer un certain quota d'infidélités au sein de toute relation et à véhiculer une conception du couple qu'ils érigent en norme : vie quotidienne dans un appartement immense, froid et aseptisé, amour versatile pris à la légère, absence de respect mutuel, tromperies comme monnaie courante. J'en veux pour preuve le récent « l'un reste, l'autre part » de Claude Berri qui donne une image pitoyable du couple d'aujourd'hui. Et « Closer » vient quelque peu s'inscrire dans cette tendance à la mode qui consiste à faire passer une histoire, un cas particulier pour une conception universelle. A la différence près que, l'approche très british, avec ses gloses décapantes et ses joutes verbales où l'humour n'est pas policé, fait qu'on boit le film comme du petit lait.
Avec la maestria d'un chef d'orchestre, Mike Nichols explore les arcanes du désir et rend compte de son caractère alambiqué à travers une mise en scène dont la structure fragmentée chronologiquement déplace continuellement la séduction mensongère et la manipulation sentimentale entre passé, présent et futur et crée un fascinant va-et-vient en circuit fermé entre les 4 personnages. Mais plus encore, le réalisateur joue sur une alternance élongation - compression du temps afin de se consacrer uniquement aux rencontres (début de toute relation) et aux ruptures (fin de toute histoire), comme s'il était vital pour ces 4 personnages de réussir leur "entrée en scène" et de tirer leur révérence en quittant la scène auréolés d'un triomphe, la substance même de la relation n'étant alors qu'accessoire.
Il y a Dan, l'écrivain raté aux sentiments lunatiques qui réclame la vérité sans même être capable de l'assumer ; Alice, l'ex strip-teaseuse qui, pour pouvoir s'assumer préfère ne pas s'embarrasser de la vérité ; Larry, le dermato qui assume sa personnalité d'obsédé aux instincts bassement primaires et à la sexualité bestiale, et Anna, la photographe réputée qui, comme un papillon hésitant, va là où son cœur la porte mais n'assume pas cette personnalité. Et tous maquillent de bien des mots les vérités et mensonges de leur vie, n'hésitant pas à changer de partenaire dans cette valse du désir qui fluctue, et où l'amour ne semble plus avoir cours...
Toutefois, le film n'atteindrait pas un tel degré dans la subversion et dans la manipulation sans son quatuor d'acteurs – Jude Law, Clive Owen, Julia Roberts et Natalie Portman, tous excellents même si à l'écran, le masculin l'emporte nettement sur le féminin – qui fonctionne à merveille dans ce jeu où la transgression est règle : tous prennent un malin plaisir à nous faire croire que tous ces mensonges partent d'un bon sentiment. Le scénario est également soutenu par des dialogues ciselés sous forme d'un ping-pong verbal où le revers lifté des mots pousse l'adversaire à répondre du tac au tac. La sexualité y est abordée de manière si frontale et si crue que les mots résonnent comme une libération libidinale consommée et se passent d'images...
Donc si vous comptez aller voir le film, tout émoustillés par la traduction vendeuse et prometteuse du titre français « entre adultes consentants », vous resterez sur votre faim... « Closer » nous offre une vision aussi pernicieuse et pessimiste que bluffante du couple : le désir y est un miroir où scintillent vérités et mensonges, où les sentiments sont frelatés et où l'Amour ne sait plus où donner de la tête.
Nathalie Debavelaere
2°)AVIS
Entre amour et haine, il n'y a pas énormément de différence. Du moins c'est ce qu'a l'air de croire Mike Nichols. Pour plonger dans les affres de la passion, nous suivrons deux couples que le destin a bien voulu entremêler. D'un côté, Dan, petit rédacteur sans ambition à la rubrique nécrophilique d'un journal qui tombe dans la rue sur Alice, ex-strip teaseuse rescapée de New York. De l'autre, Anna, photographe de la souffrance des gens découvre en Larry le compagnon idéal. Une rencontre que provoquera Jude Law, au travers d'une cynique histoire de dialogue sur Internet. Donc, une simple et banale histoire d'amour que le réalisateur décide cependant de raconter par le biais de différents épisodes bien spécifiques de la vie des couples, avec le personnage de Jude Law en fil rouge.
"Si on y réflechit, on se souvient généralement très bien du début et de la fin de nos relations amoureuses, mais on a tendance à oublier ce qu'il y a eu entre les deux, explique le réalisateur Mike Nichols. "Entre adultes consentants" aborde aussi cela. Comment nous souvenons-nous réellement des choses et comment la vie nous apparaît-elle vraiment ?". Résultat : avance rapide, retour arrière incessants dans la vie des personnages. La narration atteind une vitesse spectaculaire vers la fin du film, ou ruptures et émotions se succèdent à un rythme effroyable, sans s'attarder sur les moments de bonheur dans la vie des couples. Ici, il s'agit plutot de mettre à découvert les stratagèmes dont usent et abusent nos comparses. De mensonge en mensonge, de rendez-vous secrets en escapades nocturnes, ces drogués de la souffrance amoureuse ne peuvent pas s'asseoir dans la même pièce plus de deux minutes; ce qui a le mérite de nous tenir en haleine.
Au rayon des interprètes, on ne retiendra que Julia Roberts, Julia Roberts et Julia Roberts. Elle écrase les autres de sa présence et absorbe l'écran à chacune de ses scènes. Un des plus beaux rôles qu'elle ait tenue depuis Erin Brockovich. Nichols fait virevolter une jolie palette d'acteurs autour d'elle, notamment Natalie Portman et Jude Law, dont la rencontre satinée est une subtile lecon de cinéma de la part du metteur en scène.
Là où le bas blesse, c'est dans le "beau parler" amoureux. Toutes les dix secondes ou presque, on a le droit à un beau juron de la langue anglaise qui commence par la lettre F. Ainsi, Clive Owen lache les reines sur Julia Roberts pour se répandre à travers des propos salaces et crus. Nichols accepte donc très volontiers la part de vulgarité sentimentale qui nous habite, mais, malheureusement, il en arrive à abuser de cette prise de conscience. Un deuxième abus de ce curieux film est justement le fait qu'on en fasse un peu trop. Un peu trop de coupures, un peu trop de "mais bien sur que je t'aime", qui ne manquent pas de souligner le caractère convenu et l'aspect "cliché" de toute l'affaire. Eh oui ! Toute cette histoire a une morale bien suffisante : Dan doit réaliser, avec ce parcours initiatique, qu'il ne suffit pas simplement d'aimer en amour - une morale qui, en définitive, aurait très bien pu se substituer a une autre.
Une curieuse affaire en somme. Mike Nichols a donc trouvé la recette du drame romantique à tiroirs.
Houmann Reissi |