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Sortie le 26 mars 2000. Crédits photographiques : Columbia Tri Star Films.
La trentaine fringante, Erin Brockovich, deux fois divorcée, élève seule ses trois enfants. Lorsqu'elle est victime d'un accident de la route qui la contraint à porter une minerve, elle se tourne vers l'avocat Ed Masry pour assurer sa défense. Après l'avoir assurée que l'affaire sera facilement gagnée, ce dernier perd lamentablement le procès au grand dam d'Erin qui se retrouve désargentée et sans emploi. Malheureuse dans sa recherche d'un nouveau job qui lui permettrait de faire vivre sa petite famille et de rembourser ses dettes, la jeune femme débrouillarde et culottée, exige de Masry qu'il l'embauche dans son cabinet juridique en dédommagement de son incompétence. Jonglant avec les emplois du temps pour continuer à pouvoir s'occuper de ses enfants, elle découvre un jour un dossier compromettant sur la PGE, une grosse entreprise industrielle de Californie. Prenant l'affaire très à coeur, elle se lance dans des investigations effrénées et va mettre au jour un scandale d'envergure... 
1°)AVIS Depuis les années 1970, il est constant de remarquer une tendance du cinéma américain à réinventer la démocratie et à mettre en scène des personnalités dont le maître mot est "intégrité". S'inspirant de scandales tel celui du Watergate, Alan J. Pakula a ouvert la voie avec "Les Hommes du Président" en 1974, s'appuyant sur un couple demeuré célèbre : Robert Redford/Dustin Hoffman. De nombreuses productions ont depuis relayé cette démarche, parmi lesquelles on peut citer "Le Syndrome Chinois" de James Bridges qui traitait du problème des centrales nucléaires, un an après l'accident de Three Miles Island, en 1978, avec Jane Fonda et Michael Douglas dans les rôles principaux. Vous ajoutez à cela une autre tendance récurrente de la cinématographie made in USA : la fascination pour la justice, les procès et les plaidoiries. Avec "Erin Brockovich", le nouveau film de Steven Soderbergh, on retrouve ces différents aspects, mais présentés d'une façon amusante et peu conventionnelle. Nous sommes bien loin de "Préjudice" de Steven Zaillan avec John Travolta. "Erin Brockovich" entre donc dans la catégorie des films justiciers avec une jeune femme travaillant pour un cabinet d'avocats, sans pour autant avoir les qualifications nécessaires, elle est tout au plus une secrétaire et encore. Voilà que cette dernière va découvrir un dossier auquel nul ne semble s'intéresser. Elle va donc mener sa propre enquête pour établir la responsabilité d'une société de distribution des eaux dans l'empoisonnement de quelques centaines de citoyens en Californie. L'affaire a fait grand bruit aux Etats-Unis à l'époque puisque le film de Sodernergh s'inspire de faits réels, la société PG&E ayant du verser 323 millions de dollars aux plaignants. Donc, encore un film à procès me direz-vous ? Pas vraiment car Soderbergh parvient à éviter ce que l'on voit trop fréquemment dans les séries télévisées ou certains films : l'affrontement entre l'avocat et le procureur se concluant par un happy-end magistral. Il choisit plutôt de focaliser l'intérêt du spectateur sur Erin Brockovich. Sa présentation de cette personnalité haute en couleur est d'une grande justesse : un femme au bord de la crise de nerfs dont la vie professionnelle est à la mesure des sacrifices qu'elle consent pour élever ses trois enfants, mais qui, grâce à son courage de battante, parvient à remettre sa vie sur les bons rails et qui trouve dans ce dossier qu'elle défend avec acharnement, la voie de l'épanouissement au sein de la société. Julia Robert incarne Erin Brockovich avec punch et talent ainsi qu'une solide dose d'humour. C'est là un autre trait caractéristique du film de Soderbergh qui parvient à marier divertissement et réflexion. Nous n'oublierons pas la prestation d'Albert Finney dans le rôle de l'avocat Ed Masry. Celui qui fut le porte-drapeau du cinéma anglais dans les années 1960, notamment dans les films de Tony Richardson, que les amateurs du fantastique connaissent bien pour sa participation à "Wolfen" de Michael Wadsleigh, en 1980, impose un personnage d'avocat bougon, peu enclin à tout risquer dans une affaire périlleuse, contrepoint judicieux à une Julia Robert électrique. "Erin Brockovich" est donc une production brillante, au ton vif et alerte. Il est une nouvelle et efficace démonstration de la bonne santé scénaristique d'un cinéma américain trop souvent critiqué pour ses poncifs. Ne manquez ce film sous aucun prétexte ! Christophe Dordain 2°)AVIS Après avoir pas mal tâté du polar, du thriller et des ambiances troubles, Soderbergh, récompensé à Cannes pour Sexe, mensonge et vidéo s'intéresse donc à une histoire vraie et offre par la même occasion à Julia Roberts, la comédienne la mieux payée du monde, un de ses tous meilleurs rôles. Mais Soderbergh comme Erin Brockovich cachent bien leur jeu et ce n'est qu'avec le temps que l'on découvre véritablement toute la profondeur du film et du personnage. Tout débute comme une petite comédie sociale avec une Julia Roberts un peu hystérique et exubérante, puis, au fur et à mesure que se dévoile la vie d'Erin et ses découvertes, on plonge dans un tout autre film. Le parcours de ce personnage haut en couleurs et fort en gueule, qui se bat pour une reconnaissance méritée, c'est un peu une version moderne du rêve américain. Julia Roberts s'en donne à coeur joie passant du rire aux larmes et de la colère au doute en passant par toute une palette d'émotions. Son sourire illumine l'écran, ses larmes émeuvent les spectateurs, sa hargne et sa colère sont communicatives, la comédienne tout feu, tout flamme justifie pour une fois son exorbitant salaire. A côté de cette tornade féminine, Albert Finney campe un patron formidable et fait plus que bonne figure devant la grande Julia. Mais tout ce déballage de talents ne serait peut-être rien s'il n'y avait pour le soutenir un sujet et un réalisateur intelligents. Pour évoquer ce scandale, Soderbergh s'abrite derrière son héroïne, soulevant petit à petit le voile au fur et à mesure des progrès de l'enquête de miss Brockovich. Comme dans Révélations, on apprend que les plus riches, dès qu'il s'agit de profit et de rentabilités se moquent éperdument de la santé de leurs concitoyens. Ici, pas de grandes scènes de procès mais un parcours humain exceptionnel et attachant soutenu par une troupe d'acteurs impressionnante et un réalisateur habile qui nous plonge au coeur de cette aventure pas comme les autres avec un talent rare. Un film qui redonne confiance en la nature humaine. Guillaume Branquart |