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Sortie le 06 juin 2012. Crédits photographiques : Ad Vitam.
Les Bonzini tiennent le restaurant ‘la Pataterie’ dans une zone commerciale. Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe. Son frère, Jean Pierre, est vendeur dans un magasin de literie. Quand Jean Pierre est licencié, les deux frères se retrouvent. Le Grand Soir c’est l’histoire d’une famille qui décide de faire la révolution … à sa manière. 
1°)AVIS No Future. Le cri de guerre punk magnifié par les Sex Pistols lors du mouvement punk de la fin des années 60 résonne encore plus de 50 ans après. Dans un autre genre, avec des outils différents et une manière de l’illustrer plus populaire, le duo Kervern – Delépine sont les gourous moderne de ce cri libertaire qui satisfait si rarement nos oreilles dans les salles obscures. Ils aiment bousculer nos habitudes, s’amusent à casser les codes en jouant d’une manière très savoureuse avec, dirigent leurs acteurs avec un brio rare qui fait plaisir à voir, et surtout leur cinéma reste profondément identifiable et continue d’attirer le regard et le public dans les salles. En somme, c’est un peu de tout ça qu’on retrouve dans le cinquième long métrage de ce duo d’enfants terribles du petit écran. Depuis "Aaltra" en 2004, les deux n’ont eu de cesse de jouer avec l’humour, les chroniques sociales, leurs personnages atypiques qu’on voit si peu au cinéma, dans une esthétique sans glamour ni paillettes. On s’y est habitué, non sans plaisir, et force est de reconnaître que l’ensemble fonctionne toujours ici bien, si ce n’est mieux que par le passé. Après "Mammuth", délicieuse petite chronique sociale engagée où Depardieu jouait un jeune retraité à la recherche de ses points sur fond de quête initiatique, le duo de réalisateurs-scénaristes pose ses valises à Bègles et invite Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel à jouer les marioles punks le temps d’un long métrage. Pas vraiment d’histoire dans "Le Grand Soir", juste un brin de de scénario suffisant (une histoire fraternelle où le mot famille est tourné dans tous les sens) pour un beau mélange des thématiques chères aux réalisateurs. Un brin de critique sociale avec dans le viseur la traditionnelle lutte des classes dans une société aveuglée par le consumérisme, une redéfinition du mot crise – notamment lors d’un passage savoureux ou Not, personnage joué par Poelvoorde, critique les clients qui se disent en difficulté mais viennent vider leurs comptes en banque dans des enseignes qui fabriquent leurs produits à l’étranger – agrémentent cette jubilatoire quête de liberté. Si le film démarre trop lentement, sans réel humour ni propos captivants, c’est pour mieux se libérer ensuite et servir près d’une heure de comédie sauce Kervern-Delépine. Des moments savoureux, des acteurs communicatifs et une sensation de proximité grandissante avec l’histoire, "Le Grand Soir" devient vite ce que l’on attendait du tandem : une comédie empreinte de bonne volonté, rafraîchissante et loin d’être stéréotypée. On en vient même à se prendre d’affection pour le côté pote du film – et c’est souvent un défaut malheureux – lorsque ce dernier convie au festin et à plusieurs reprises Didier Wampas et sa musique punk libérée. Comme un symbole. Les ingrédients du bon moment sont là, que demander de plus lorsque l’époque est morne ou ennuyeuse… Christopher Ramoné 2°)AVIS Not et Dead sont dans une galère, Dead perd son boulot et c’est la société qui tombe à l’eau. Les pères spirituels de l’humour grolandais, Gustave Kervern et Benoit Delépine en sont déjà à leur cinquième réalisation. Le cinéma trash des débuts (genre « Louise Michel ») s’est, mine de rien, petit à petit assagit au point que le film précédent « Mammouth » est sorti de la marginalité pour atteindre le grand public. Avec sa distribution top niveau (le duo Poelvoorde/Dupontel), le but visé est sans conteste ici un succès au box -office. Oui mais voilà pour toucher les masses, il faut rogner ses griffes. Ne vous fiez pas à cet habillage néo punk ou ce propos radical (la société est pourrie), nous sommes finalement dans le classicisme absolu. Tout ce qui a fait la comédie à la française depuis des décennies est présent : le clown blanc et l’Auguste, les rencontres marginales, prétexte à numéro d’acteurs (Bouli Lanners formidable, Gérard Depardieu étonnant en devin qui lit l’avenir dans le…saké), et au bout du compte une empathie dirigée. On rit parfois, on attend en vain l’étincelle (au propre comme au figuré) et on finit comme les héros seuls et abandonnés. Cà le goût de la provoc, l’odeur de la provoc mais c’est finalement bien sage. C’est le personnage de Dupontel qui résume finalement le mieux le propos à travers une de ses répliques : « c’est un peu facile, non ? » Régis Dulas |