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 "Mains Armées". Un film de Pierre Jolivet avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti, Marc Lavoine, Nicolas Bridet, Nina Meurisse, Eric Bougnon, Adrien Jolivet, Cyril Guei, Simon-Pierre Boireau, Nicolas Marié. Sortie le 11 juillet 2012. Crédits photographiques : Mars Distribution.
INTERVIEW DE ROSCHDY ZEM POUR  ”Ma relation avec Pierre (Jolivet) est belle et ancienne. Elle a commencé il y a seize ans, j’ai tourné cinq films avec lui, et mes rôles, de « Fred » à « Ma très très grande entreprise » ont suivi mon évolution personnelle…et la progression de mon âge aussi ! Cela a donc commencé avec « Fred », je jouais un jeune flic un peu fragile, un peu naïf, même, et quand tous les deux ou trois ans, Pierre me proposait des retrouvailles, effectivement, dans ma vie d’homme j’avais changé, et les rôles aussi avaient changé, s’adaptant à ces changements. C’est un cas unique dans mon parcours professionnel, et bien entendu, ce rapport privilégié, cette relation exceptionnelle, j’y suis très attaché. C’est vrai que j’ai commencé avec Pierre par un rôle de flic, et que les flics sont revenus plusieurs fois dans ma carrière, pas si souvent que ça, finalement. Le flic, personnage récurrent au cinéma fait fantasmer, le flic ou le bandit d’ailleurs, le gendarme ou le voleur…Mais le flic, notamment chez Pierre Jolivet est un prétexte pour parler d’autre chose que de sa fonction. Je n’ai jamais eu à jouer dans le style « Dirty Harry », un magnum à la main, parce que j’ai été flic chez Jolivet, ou chez Xavier Beauvois, ou chez Philippe Lefevbre. Ce ne sont pas à proprement parler des réalisateurs de films policiers, ce sont des hommes qui veulent raconter les fléaux et les souffrances de ce monde, et qui se servent du film de genre pour les raconter. On en revient au prétexte : en l’occurrence dans « Mains armées », c’est l’histoire d’un père et de sa fille qui intéresse Pierre Jolivet. Et moi aussi. C’est très fort d’inscrire cette histoire si intime, si sensible au coeur le plus chaud d’une enquête. Mon entrée dans le projet a été des plus simples : j’ai lu le scénario ! Et j’y ai reconnu beaucoup de choses que Pierre et moi nous étions racontées auparavant. Mais pour moi le scénario est un point de départ, un point d’appui, il faut ensuite que je prenne possession de mon personnage. Cela a été assez compliqué dans un premier temps, parce que je me suis soudain rendu compte qu’entre ma période « jeune premier » (entre guillemets !) et ce moment où j’allais devenir le père de Leïla Bekhti, il s’était passé très peu de temps, et que ce temps très court avait passé très vite ! Avoir été le petit jeune du plateau et être aujourd’hui quasiment le vétéran, ça a été un choc qui à travers ce film s’est concrétisé. Et que j’ai assumé ! C’est assez intéressant de vieillir au cinéma encore en bon état. J’y travaille en tout cas. Lucas est d’abord présenté comme une figure de l’autorité. Mais peu à peu on voit cette force s’effriter, il a une faille, et non des moindres, sa paternité. Etant moi-même père d’une fille, je vois très bien à quel point on se sent vulnérable lorsqu’il s’agit de sa propre enfant. La vulnérabilité cinéma est pour moi le sentiment - en ce moment, en tout cas -, le plus intéressant à transmettre. J’aborde toujours un rôle avec la peur, non pas le trac, la peur. J’ai peur. Une peur qui est mon moteur, dont je n’ai pas envie qu’elle disparaisse, elle me guide, me rend vigilant. J’ai tourné « Mains armées » pendant une période assez difficile de ma vie, un peu noire, et je m’en suis beaucoup servi. Sentant en face de moi un oeil bienveillant, rassurant, celui de Pierre qui accompagnait à la fois Lucas Skali et Roschdy Zem. Sur le plateau, il y a entre Pierre et moi des échanges assez extraordinaires. Il ne faut pas oublier qu’il est aussi acteur, donc, je lui demande assez souvent de jouer la scène que je dois interpréter avant moi, à ma place. Et le fait d’avoir en face de moi ce miroir totalement fiable me permet de saisir des propositions, d’en reproduire certaines, d’en abandonner d’autres. C’est un jeu très enrichissant, une preuve chaque fois renouvelée de confiance mutuelle. « Mains armées » m’a apporté évidemment autre chose, de l’ordre du passage de témoin, de la filiation encore ! Leïla Bekhti était ma petite soeur dans « Mauvaise foi », le film que j’ai réalisé. Et là, elle est ma fille. C’est très touchant de la voir devenue cette femme-là, cette actrice-là, élargissant la palette de son talent, aussi à l’aise dans la comédie que dans ce genre de film, un film de genre. J’avais vu des centaines de jeunes filles pour « Mauvaise foi », et la magie que j’avais perçue à travers sa courte vidéo du casting, je l’ai retrouvé en direct. J’étais comme un chercheur d’or qui a trouvé une pépite. La pépite, aujourd’hui est un trésor. J’ai d’ailleurs été frappé par mes autres partenaires de « Mains armées », cette pléiade de jeunes comédiens qui m’entoure, Nicolas Bridet, Nina Meurisse, Eric Bougnon, tous avec un jeu des plus naturels, moderne. Et Marc Lavoine ! Je l’ai souvent vu au cinéma, jamais comme ça! A la lecture du scénario, je n’étais pas totalement convaincu par l’idée de lui confier le rôle de « ripou ». Au résultat, je ne suis pas seulement convaincu, je suis presque jaloux de son interprétation! Pour dire les choses simplement, je trouve que Pierre a réussi son film, un film qui ne semble pas celui d’un homme mûr, mais plutôt celui d’un gamin de 25 ans fou de cinéma. Et fou des acteurs. ” LA CRITIQUE DU FILM |