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 "Du vent dans mes mollets". Un film de Carine Tardieu avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Isabella Rossellini, Judith Magre, Elsa Lepoivre, Juliette Gombert, Anna Lemarchand. Sortie le 22 août 2012. Crédits photographiques : Gaumont Distribution.
INTERVIEW DE DENIS PODALYDES POUR  Comment avez-vous rencontré Carine Tardieu ? Je n’aurais pas dû tourner son film : je préparais ADIEU BERTHE, celui de mon frère Bruno, avec lequel j’ai d’ailleurs enchaîné un jour après avoir terminé DU VENT DANS MES MOLLETS. Mais Elsa Lepoivre, qui est une amie et qui est également sociétaire à la Comédie Française, m’avait parlé du projet avec enthousiasme. Et, entre Carine et moi, le contact a été immédiat : on s’est tout de suite trouvé une communauté de goût et d’esprit. Aviez-vous vu son premier long métrage ? Non, je ne l’ai découvert que plus tard. C’est vraiment son scénario qui m’a décidé. Et sa personnalité. Mais pour en revenir à DANS LA TETE DE MAMAN, j’y retrouve la matière de DU VENT DANS MES MOLLETS : il y a cette même interrogation autour de l’amour et de ce qu’il en reste. C’est d’ailleurs ce qui cimente le couple que vous formez avec Agnès Jaoui. Oui, c’est grâce à leur amour que le personnage d’Agnès et le mien réussissent à faire face au malheur. Dans le film, votre personnage ne cesse d’évoquer la Shoah. Au point d’en devenir presque risible. Parce que ce sont mille petites phrases rebattues et remâchées qu’il ne dit plus que du bout des lèvres et qui apparemment ne portent jamais. J’aime beaucoup cette espèce de banalisation de la mémoire juive, balayée par la vie quotidienne. Comme j’aime ce personnage de père conformiste. J’adore par exemple, la scène de l’anniversaire, lorsqu’Agnès offre ce cadeau ridicule à Rachel - le parrainage d’un enfant du Sahel. Il est dans son fauteuil, occupé à lire son journal, mais n’en perd pas une miette. On le sent un peu ironique mais il se tait : c’est un type cerné de toutes parts. Il y a beaucoup d’humour dans le film : cette manie que vous avez de vous exprimer en franglais pour aborder des sujets que Rachel ne doit pas entendre… Il y a une scène comme ça dans LIBERTE-OLERON. C’est sans doute un truc qu’avaient les parents dans les années soixante-dix. Les miens utilisaient aussi ce stratagème lorsqu’ils voulaient nous mettre, mon frère et moi, à l’écart d’une discussion. Bien entendu, nous comprenions tout. Votre personnage exerce un métier moins noble que celui de sa femme. Etre constructeur de cuisine n’était sans doute pas sa vocation. Il s’est laissé balloter par la vie. Jusqu’à ce que cette jeune mère divorcée entre dans le champ, que Rachel sa fille, s’émancipe, et que sa femme manifeste son désarroi. S’il reprend un peu la barre, c’est grâce aux autres. La scène où il raconte à la jeune femme qu’il est tombé amoureux de sa femme parce qu’elle lui avait cuisiné des boulettes est absolument bouleversante. C’est une façon pour lui de ne pas trahir son épouse et de saluer son courage : en se donnant le mal de lui cuisiner un plat alors qu’enfant, sa mère la nourrissait exclusivement des boites de conserves, Colette fait preuve d’une volonté de vivre extraordinaire. Mais c’est aussi une manière de faire passer un message à Catherine. A travers ce récit, il lui dit : « Je ne suis pas fait pour l’adultère, j’aimerais bien, je ne demanderais pas mieux, mais… » Ce type est né conformiste et en est pleinement conscient. J’ai eu du mal avec cette scène : j’étais comme un enfant qu’on oblige à entrer dans un bain glacé. Il a fallu toute la douceur et la tendresse d’Isabelle et de Carine pour m’y emmener. Vous êtes un acteur pudique ? Très. J’ai rencontré le même problème sur un plan où je devais embrasser Agnès. Et Agnès m’a prodigué la même aide. Vous n’aviez jamais travaillé, ni avec Isabelle Carré, ni avec Agnes Jaoui ? Isabelle et moi nous étions croisés en 1998 sur LA MORT DU CHINOIS, de Jean-Louis Benoit, et côtoyés des dizaines de fois au théâtre. Il n’y avait pas besoin de rompre la glace. Paradoxalement, s’instaure un rapport d’étrangeté dans ce type de relation : on se connaît mais on n’a pas joué ensemble. C’est le plaisir de la découverte. Il s’est produit la même chose avec Agnès. Isabelle, Agnès et Carine ont toutes les trois une force et une énergie incroyable, ce sont des travailleuses infatigables. C’est sans doute la chose qui m’impressionne le plus chez quelqu’un. Comment préparez-vous vos rôles ? Je m’en remets aveuglément au réalisateur. Je ne vérifie pas les scènes au combo-sauf, bien sûr, lorsqu’il s’agit d’un rôle de composition. J’essaie de me mettre dans un état de disponibilité totale. Ce n’est pas simple pour quelqu’un comme moi, qui suis perpétuellement dans l’auto surveillance. On dit que lorsque vous êtes sur un plateau, vous faites des exercices de mémorisation. C’est vrai, j’ai tendance à m’absenter sur un tournage ; tout le contraire d’Isabelle Carré, très présente, extraordinairement lumineuse. Sur un plateau, elle rend l’atmosphère joyeuse et légère. En même temps, elle prend énormément d’informations. Dans quel état d’esprit sont les enfants ? Quel est le décor dans lequel on va tourner ? Au moment de tourner, elle est absolument prête. Vous parlez des enfants. Comment était-ce avec les deux petites filles ? J’adore travailler avec des enfants. Il faut être bon quand ils sont bons, savoir lâcher prise tout en restant très concentré : être juste. Si vous devez faire rire un enfant dans une scène, il faut vraiment le faire rire, il faut qu’il vous croie. C’est lorsqu’il faut recommencer plusieurs fois une prise que les choses peuvent se compliquer. Un enfant ne comprend pas qu’un tournage n’est pas qu’un jeu, il arrive qu’il n’ait plus envie : ce qui était sympathique peut alors se transformer en véritable scène de torture. Vous avez tourné quatre films cette année, après DU VENT DANS MES MOLLETS et ADIEU BERTHE de votre frère Bruno, vous avez enchaîné avec VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU d’Alain Resnais, et CAMILLE REDOUBLE, de Noémie Lvovsky, mis deux spectacles en scène LE BOURGEOIS GENTILHOMME et DON PASQUALE, tout en continuant de jouer au Français. Comment tient-on un tel rythme ? L’alternance fait partie de mon plaisir d’acteur. C’est miraculeux de pouvoir jouer Shakespeare un jour et une pièce contemporaine le lendemain. Etre une chose et son contraire procure une disponibilité, une fraîcheur et un plaisir inouïs. J’ai beau jouer tout le temps, j’ai toujours la même envie chevillée au corps. Si j’avais été moins boulimique, je n’aurais pas tourné DU VENT DANS MES MOLLETS. Or, le film de Carine m’a rendu si heureux que je suis arrivé frais comme un gardon sur le tournage d’ADIEU BERTHE -j’étais dans un état de disponibilité totale. Si je n’avais pas été si boulimique, je n’aurais pas rencontré Judith Magre. Or, il se trouve qu’il nous manquait une actrice sur ADIEU BERTHE. Et Judith est arrivée.
LA CRITIQUE DU FILM |