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"The Dictator". Un film de Larry Charles avec Sacha Baron Cohen, Sayed Badreya, Michele Berg, Rocky Citron, Liam Campora, Aasif Mandvi, Rizwan Manji, Rick Chambers, Elsayed Mohamed, Adeel Akhtar. Sortie le 20 juin 2012. Crédits photographiques : Paramount Pictures France.
PORTRAIT « Au début était l’esprit, et l’esprit s’est fait chair ». Sacha Baron Cohen est bien un enfant d’Israël, comme l’était son modèle Andy Kaufman, qu’avait si bien évoqué Jim Carrey dans le remarquable biopic de Milos Forman «Man of the moon ». Baron Cohen n’interprète pas un rôle comme le ferait n’importe quel comédien, il incarne un personnage. Incarner, personnifier, faire d’un archétype abstrait une réalité concrète. Et cela dépasse le cadre du plateau, du face caméra. En tournée de promotion, et bien après parfois, ce sont Ali G, Borat ou Bruno qui viennent face à la Presse, à la télévision ou ailleurs et non pas l’acteur ; manière toute particulière de protéger le mystère de la composition artistique. Au point que l’homme de la rue ne fait plus parfois la part des choses. Souvenons-nous de l’agression qu’il a subie en plein New-York quand une blague sur un passant à dégénérer, au point que son ami Hugh Laurie a dû intervenir afin de neutraliser ce mauvais coucheur. Car ses alter egos, littéralement autres moi, focalisent la haine en se parant de toutes les tares. Nous sommes ici en pleine tradition hébraïque : celle du bouc émissaire sur qui retombent tous les péchés de l’humanité. Mais revenons en arrière : comment le petit Sacha est devenu un des plus grands comiques du monde ?
Né au sein d’une famille juive orthodoxe londonienne, d’un père gallois et d’une mère iranienne, le jeune adolescent cultive très tôt sa différence. Etre minoritaire, face à la majorité silencieuse, tel sera son crédo. Mais au lieu de se fondre dans la foule, il cherche à s’opposer quitte à créer une altérité de composition. Ainsi un de ses personnages, le pseudo Gangsta Rap, Ali G nourri de cette pseudo culture de pacotille à base d’homophobie, de misogynie et de haine de la police, ne s’avère en fait qu’un petit bourgeois de la banlieue chic de la capitale anglaise. Rodé sur Channel Four, en Grande Bretagne, puis sur la chaîne câblée américaine HBO, l’avatar de Sacha acquiert une immense popularité en perfectionnant le principe inventé jadis par Pierre Desproges de la fausse interview décalée. Le magnat Donald Trump, le footballeur David Beckham ou Boutros Boutros Ghali, l’ancien patron de l’ONU tombèrent dans le piège.
Son passage sur grand écran n’est finalement qu’un prolongement de la méthode pour ne pas dire du style Baron Cohen. Longtemps homme de spectacle, bien plus que d’art dramatique, il ne rentre jamais vraiment dans la pure fiction. Si l’anti héros qui vampirise la scène est extrêmement composée, le film prend la forme du faux documentaire comme dans « Borat» mais tout au long du récit caméra cachée et interviews, celles-ci bien réelles, parsèment le récit. L’humour nait de la complicité entre le spectateur et le réalisateur. Le personnage sert à pousser la victime dans ses ultimes retranchements. Le faux reporter Kazakh, candide répugnant et bourré de préjugés est un miroir déformant projeté à la face du beauf ou du redneck américain. Mais comme la nationalité de Borat, il fut Albanais dans une ébauche précédente, l’origine du crétin piégé n’a pas d’importance : en fait c’est à la fois nous et l’autre.
Prolongeant ce rapport entre normalité et altérité, nous quittons le choc des civilisations Est-Ouest pour entrer dans le domaine sexuel. « Bruno », clone homo-aryen à tendance crypto nazi démultiplie le jeu. Entre les excités religieux et les papes du politiquement correct, la frappe est massive. Attention aux victimes collatérales ! Parallèlement à son propre cheminement créatif, il prête son talent aux maîtres du Septième Art. Martin Scorsese (Hugo Cabret) ou Tim Burton (Sweeney Todd) -pour ne citer que les plus grands- ont fait appel à son incroyable capacité à se fondre dans un rôle. Dans cette volonté constante de disparaitre derrière la composition, il prête sa voix à King Julien, roi des lémuriens dans « Madagascar ». Alors au moment où sort dans les salles le dernier opus du fantaisiste, « the Dictator», mixte entre «le dictateur » et «un roi à New-York », du modèle suprême Charlie Chaplin, gardons comme mot d’ordre le cri de guerre malgache : «I like move it». 
FILMOGRAPHIE
2000 - The Jolly Boys' Last Stand (Christopher Payne) 2002 - Ali G (Mark Mylod) 2004 - Madagascar (Eric Darnell) 2005 - Ricky Bobby : roi du circuit (Adam McKay) 2006 - Borat, leçons culturelles sur l'Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan (Larry Charles) 2007 - Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street (Tim Burton) 2008 - Madagascar 2 (Tom McGrath) 2009 - Brüno (Larry Charles) 2009 - Downsizing (Alexander Payne) 2011 - Hugo Cabret (Martin Scorsese) 2011 - Madagascar 3 Bons Baisers D'Europe (Eric Darnell) 2011 - The Dictator (Larry Charles) 2012 - Django Unchained (Quentin Tarantino) |