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 "Du vent dans mes mollets". Un film de Carine Tardieu avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Isabella Rossellini, Judith Magre, Elsa Lepoivre, Juliette Gombert, Anna Lemarchand. Sortie le 22 août 2012. Crédits photographiques : Gaumont Distribution.
INTERVIEW DE ISABELLE CARRE POUR  On a le sentiment que Catherine, la jeune mère divorcée que vous interprétez dans le film, offre une seconde chance à la famille de Rachel. Carine Tardieu dit de mon personnage - et de celui de la petite Valérie - qu’elles sont un peu comme des victimes offertes à la reconstruction de cette famille. Grâce à elles, les liens se retissent et l’amour circule à nouveau. Elles leur redonnent la vie. Quoi qu’on décèle des fêlures en lui, votre personnage est particulièrement lumineux. C’est une mangeuse de vie, comme sa fille ; Une femme un peu bohème, un peu décalée, assez bordélique. Elle plane un peu Catherine ! Elle est dans sa bulle. C’est une intellectuelle qui n’est ni didactique ni prétentieuse. Dans sa tête, elle est presque dans une autre époque. Son statut de femme divorcée la met un peu en porte à faux. Oui, on voit bien qu’elle en souffre, d’où cette fêlure qu’on évoquait. Elle ne s’attendait sans doute pas à se retrouver dans cette situation, seule avec un enfant. Elle en est même un peu désespérée, au point d’être prête à entamer une relation compliquée avec le père de Rachel. Mais elle n’est jamais dans la plainte, elle va de l’avant, elle est très positive. Il y a toujours, dans chacun de vos films, un côté un peu rebelle. J’aime les gens qui ne sont pas dans le moule, qui ont leur chemin à eux. La méfiance des parents de Rachel à son égard lorsqu’elle fait leur connaissance est très révélateur de l’état d’esprit des années quatre-vingt vis-à-vis des femmes divorcées. Elles étaient encore un peu suspectes à cette époque. Carine donne beaucoup de clés sur cette période et elle le fait avec beaucoup de pudeur. Regardez la façon dont elle évoque le passé des Gladstein : on sent qu’ils ont souffert mais c’est dit avec tant de modestie - ce sont chaque fois des pirouettes -, et cela rend le film très émouvant. Et drôle aussi : la scène où Michel, le père, joué par Denis Podalydès, se rend chez elle et la découvre, pieds nus, avec une couleur de vernis différente sur chaque ongle- du bleu ciel, du bleu foncé, du vert- est carrément tordante. Ce sont ces drôles de couleurs qu’il lui voit aux pieds qui lui donne envie de rentrer et de se frotter au danger qu’elle représente pour lui et son couple. Catherine est quand même dans la séduction avec lui. L’attirance qu’ils éprouvent l’un pour l’autre débouche par une déclaration enflammée de Michel pour ... sa femme ! J’aime beaucoup cette scène, précisément parce qu’elle n’est pas attendue. D’abord, on n’imagine pas que Michel tombe sous le charme de mon personnage. Et encore moins à ce récit merveilleux qu’il fait à propos de sa femme. Les films qui traitent du trio amoureux dérapent presque toujours vers l’adultère et la jalousie. La situation que vivent Michel et Catherine est moins visitée. C’est un des passages que j’ai préféré dans le scénario. Catherine est une femme très généreuse. Le tête- à-tête avec Collette, que joue Agnès Jaoui, est également un grand moment. Elles se disent leurs quatre vérités mais ce sont deux rivales malgré tout bienveillantes. Et puis Catherine se rend bien compte que Colette ne trouve peut-être pas sa féminité tout à fait à la hauteur de cette femme plus libre qu’elle. Du coup, mon personnage la rassure. Elle lui dit qu’elle a de beaux seins. Et c’est très joli. Il y a une énorme tendresse qui circule entre tous les protagonistes. Oui, tous sont filmés avec beaucoup d’amour. DU VENT DANS MES MOLLETS me fait penser au cinéma de Jaco van Dormael dans ce qu’il a de plus poétique et de plus lyrique. C’est un film qui parle vraiment du bien qu’on peut se faire les uns aux autres. Regardez Madame Trebla, la psychanalyste. Prenez ces deux petites filles. Ce sont deux pauvres petites îles isolées dans la classe, elles peinent à trouver leur place et, en se liant d’amitié, elles s’éclatent. C’est finalement votre personnage qui sort le plus meurtri. J’ai hésité avant de m’engager sur ce tournage à cause de cette dernière scène. Je me disais : « Comment peut-on jouer la mort de son enfant ? Comment est-ce possible ? ». Mais le reste du scénario était si joyeux que c’était me priver d’un grand plaisir. Alors j’ai demandé à ce que cette scène terrible soit tournée au tout début pour être sûre d’être ensuite dans la légèreté du personnage. C’est une scène très pudique. Carine le voulait ainsi. Elle souhaitait que des enfants de dix ou douze ans puissent supporter de la voir. Lorsque j’ai vu le film, j’ai été très touchée parce qu’il y a vraiment la pudeur qu’elle m’avait promise et même au-delà. Vous aviez déjà tourné plusieurs films avec des enfants. MERCREDI FOLLE JOURNEE, de Pascal Thomas, L’AVION de Cédric Kahn, LES SENTIMENTS, de Noémie Lvovsky, MAMAN EST FOLLE, de Jean-Pierre Améris à la télévision…Je joue beaucoup les mamans ces temps-ci et cela me plaît beaucoup. Vivement les grands-mères ! Je détesterai jouer les vieilles petites filles toute ma vie. Comment avez-vous préparé le personnage ? Carine m’avait dit : « Catherine fume beaucoup, elle boit beaucoup, elle n’est pas très cadrée et part un peu dans tous les sens. » J’ai suivi ses indications. C’est pareil pour les vêtements qu’on me demande de porter, je laisse le metteur en scène me prendre comme une petite poupée : je ne me regarde pas dans le miroir lors des essayages, j’essaie plutôt de sentir ce que j’éprouve en entrant dedans. C’est important pour un acteur de ne pas être toujours dans le même uniforme. Pour en revenir au film, j’ai le souvenir d’un tournage idyllique que j’ai peiné à quitter. Carine a réussi à tisser des liens très forts entre nous. Elle était comme une amie, tellement bienveillante. Vous êtes magnifique dans le film. J’ai vraiment été très joliment filmée. Mais parfois c’est l’inverse et ça ne me gêne pas non plus. C’est bien d’être jolie et c’est bien aussi parfois de ne pas l’être. C’est cela qui fait qu’on est des personnages un peu différents. Je ne suis pas mannequin. Vous connaissiez un peu Denis Podalydès. On s’était croisés sur un film il y a treize ans mais nous avions peu de scènes ensembles et c’était vraiment chouette de travailler avec lui. Il est incroyable, Denis, il apprend des textes de théâtre dans sa loge entre les prises, il est en permanence dans le travail de la mémoire. Moi, j’avoue que j’ai besoin de plus de temps, il faut que je m’imprègne d’un personnage. On a pourtant le sentiment que vous n’arrêtez pas de tourner. Sans doute parce que ces dernières années j’ai enchaîné beaucoup de seconds rôles. Ce qui ne me gêne pas du tout : je préfère un joli second rôle qui va m’apprendre quelque chose et me faire rencontrer un bel univers, comme celui de Carine, qu’un premier rôle que je ne choisirai que pour sa taille. On vous sent très à l’aise dans ces années quatre-vingt qu’a recomposées Carine Tardieu. Je suis née en 1971. Tous ces objets, c’est vraiment mon enfance. Sur le tournage, quand j’arrivais dans ma maison, cela me touchait de les voir : les livres, les pots de confitures, les paquets de céréales de Kellogs, les meubles de cuisine. On a tous ressenti cette émotion. Sur le plateau, chaque jour, Denis suppliait le décorateur de le laisser embarquer des disques.
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