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 "Mains Armées". Un film de Pierre Jolivet avec Roschdy Zem, Leïla Bekhti, Marc Lavoine, Nicolas Bridet, Nina Meurisse, Eric Bougnon, Adrien Jolivet, Cyril Guei, Simon-Pierre Boireau, Nicolas Marié. Sortie le 11 juillet 2012. Crédits photographiques : Mars Distribution.
PORTRAIT
Pierre Jolivet, le fils de Calimero.
Le réalisateur de «mains armées » qui vient de sortir dans les salles n’est ni orphelin, ni issu du prolétariat. Pourquoi cette double négation pour débuter cette courte évocation de la carrière de Pierre Jolivet. ? Les thèmes de la paternité et l’ancrage quasi systématique de ces histoires dans les milieux populaires pourraient laisser entendre que l’artiste cherche à travers ses œuvres à répondre à des interrogations de l’ordre de l’intime. Il n’en est rien, tout du moins pas de façon aussi visible.
Si on devait qualifier notre homme, le terme le plus adéquat pourrait bien être enfant de la balle. Avoir comme mère la voix d’un petit canari jaune en lutte avec un gros chat, Titi, ou un autre volatile en revendication permanente envers les injustices de l’existence, Calimero, tient du rêve enfantin. Même si Arlette Thomas, sa maman, fut une belle actrice qui débuta dans le métier en donnant la réplique à Gérard Philipe, le vulgus pecus retiendra avant tout son apport aux dessins animés. Entendre l’auteure de ses jours, par l’intermédiaire d’un poussin noir, clamer « c’est vraiment trop injuste» donne-t-il la fibre révolutionnaire ? Toujours est-il qu’à quinze ans, avec son frère Marc, aujourd’hui le plus écologiste des humoristes, il montait sur des planches improvisées afin d’apporter la bonne parole aux ouvriers soixante-huitards. Mais la quête du Grand Soir ne faisant pas chauffer la marmite, la fratrie se résolut à jouer « les bronzés » pour de vrai dans un club du sieur Trigano. De retour dans l’hexagone, le grand public apprit à rire devant un tandem de clowns provocateurs dont le moindre des succès fleurait bon les Seventies, « le fils d’Hitler ». Mais il arriva l’âge de raison, celui de l’envol de l’aiglon hors du nid.
Les rencontres forgent les destins. Celle entre Pierre et un certain Luc Besson allait changer le cours de deux vies et l’histoire du cinéma français. Un OVNI, «le dernier combat» scénario de Jolivet et mise en scène de Luc avec un quasi débutant à l’écran, Jean Réno, mettait le pied à l’étrier à cette jeunesse impatiente de crever l’écran. Le temps de remettre ça avec l’ambitieux «Subway» et les complices se séparèrent. Pendant que le barbu plongeait dans « le grand bleu », notre sujet touchait enfin à la réalisation. Premier film, au titre emblématique, «strictement personnel » et déjà cette volonté de détourner les codes d’un genre, le polar, pour s’intéresser aux questionnements essentiels : la famille, l’héritage et la transmission des valeurs. Incroyable similitude avec « mains armés », presque trente ans auparavant, Pierre Arditi apparait comme le frère aîné de Leïla Bekhti. Marque des Grands sans doute cette façon de toujours raconter la même histoire. Si les deux opus suivants paraissent, avec le recul, mineurs (« le complexe du Kangourou» et « simple mortel »), « force majeure » dégage une maturité et une intelligence dans le propos hors norme. Sublime réflexion sur le choix et l’implication, il offrit à François Cluzet et Patrick Bruel l’occasion d’éclater aux yeux de tous et de prouver que les feux de la rampe brilleraient d’ores et n’avant pour eux.
Le second tournant dans la filmographie de notre héros fut la rencontre professionnelle avec Vincent Lindon. «Fred » fit sans aucun doute de son auteur un précurseur. Le chômage et la crise sociale (en 1997, déjà!) comme toile de fond d’un thriller subtil, et ce n’était pas banal à l’époque, dans le paysage cinématographique made in France. Là où nos voisins britanniques nourrissaient leurs scénarios d’une réalité puisée à la source même de la condition ouvrière, nos compatriotes se réchauffaient encore dans une boboïtude confortable. Le box-office ne répondra pas présent hélas mais le sillon était tracé. Après avoir rendu hommage à Autant Lara mais surtout à Georges Simenon, le médecin légiste de la civilisation occidentale, en réadaptant le «en cas de malheur» avec Gérard Lanvin et Virginie Ledoyen en lieu et place du couple venimeux Gabin/Bardot ; il trouva enfin la recette pour faire avaler l’amère pilule sociale au grand public : y ajouter une pincée d’humour. « Ma petite entreprise » fut le summum de sa carrière. Scénario jubilatoire, mise en scène efficiente, distribution millimétrée (Zem, Berléand, Zabou autour de l’alter ego du réalisateur, Vincent Lindon), le train Jolivet était enfin sur les rails de la réussite. Depuis bon an, mal an, la recette fonctionne toujours. Il ne vous reste plus chers amis qu’à venir goûter dans votre cinéma préféré, le cru de l’année. A vous de juger du gouleyant du millésime 2012. FILMOGRAPHIE 1984 - Strictement personnel 1986 - Le Complexe du Kangourou 1989 - Force majeure 1991 - Simple mortel 1992 - À l'heure où les grands fauves vont boire 1996 - Fred 1998 - En plein coeur 1999 - Ma petite entreprise 2001 - Le frère du guerrier 2002 - Filles Uniques 2004 - Zim and co. 2006 - Je crois que je l'aime |