Sortie le 09 avril 2008. Crédits photographiques : Diaphana Films. A l'époque où les Rolling Stones chantaient "Lady Jane", Muriel, François et René, amis d'enfance, nés dans les ruelles populaires de Marseille distribuaient des fourrures volées à toutes les ouvrières de leur quartier. Ils cessèrent leurs cambriolages après avoir tué un bijoutier dans un parking et, pour se faire oublier, ne se virent plus jusqu'au jour où le fils de Muriel est enlevé... La bande se reforme alors pour réunir l'argent de la rançon.
Une femme (Ariane Ascaride, forcément) se réveille dans sa belle maison bourgeoise et appelle son fils Martin pour le petit déjeuner. Pas de réponse. Ensuite, elle va travailler dans son beau magasin de luxe, dans le quartier chic d'Aix-en-Provence. Dans la journée, un coup de fil lui annonce que Martin a été kidnappé. L'histoire démarre fort, très fort. Très forts aussi, les petits détails qui titillent : qui est vraiment cette grande bourgeoise qui porte un tatouage de taularde sur le bras ? Qui sont ces deux loulous pas de son milieu (Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, forcément) chez qui elle se précipite quand il s'agit de réunir l'argent de la rançon ? Ils semblent ne pas s'être vus depuis longtemps et pourtant on n'a aucun mal à imaginer qu'ils ont un long passé commun, ces trois-là ; on en a plein la mémoire, de leurs multiples passés communs...
Le dernier Guédiguian est un thriller, un film noir, très noir. De la veine qui a donné « La Ville est Tranquille » : encore à ce jour, à mon goût, son meilleur film. La première partie suit le fil de cette histoire de kidnapping. C'est la plus réussie : tout en complicités muettes, en non-dits, en rendez-vous clandestins et filatures silencieuses. Elle sert surtout à reformer le trio et à suggérer tous les liens qui les ont reliés.
La suite est un peu moins convaincante. Il y est question de vengeance qui appelle la vengeance, etc... air connu. Mais ici, ce n'est pas tant les conséquences des actes qui importent que leur source. Et pour retrouver la racine du mal, il faut parfois remonter assez loin : en l'occurrence, ici, dans les années 70. Et là, forcément, on est lancé sur une piste politique. Il y en a une trop explicite : un reportage télé en fond d'écran sur le conflit israélo-palestinien. C'est un peu court. Il y en a une autre beaucoup plus intéressante, mais pas assez élaborée : celle qui mène du côté des groupuscules clandestins d'extrême gauche de ces années-là, qui se prenaient pour des Robin-des-bois des villes. La plupart se sont rangés tranquillement. Le titre du film résume le paradoxe de son personnage principal : « Lady Jane », c'est une chanson des Rolling Stones. C'est aussi le surnom que s'était choisie notre désormais grande bourgeoise quand elle était jeune, et celui qu'elle a donné à sa boutique de luxe : elle a maintenant tout d'une « Lady », mais au fond elle est toujours une rebelle, une « Jane » en marge de la société.
Des copains anarchistes qui vont un peu trop loin, il a dû en connaître, Guédiguian : ce serait passionnant qu'il en fasse un film. Ou alors un thriller sur le retour du refoulé politique, sur sa mauvaise conscience de militant embourgeoisé. On sent que ça devait être ça, son intention, mais qu'il n'a pas trop su comment la mettre en fiction. Et, comme souvent, il ne sait pas trop non plus comment terminer son film. La fin est bavarde et n'apporte pas grand chose à se mettre sous la dent.
Il reste, bien sûr, le plaisir de voir des acteurs familiers et complices affiner encore un peu leurs partitions. Un film tout à fait honorable, en somme (largement dans la bonne moyenne de ceux de son auteur) mais qui passe tout de même un peu à côté de son sujet. Isabelle Tellier |