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Sortie le 16 septembre 2009. Crédits photographiques : MK2 Diffusion.
Mia, 15 ans, est une ado comme une autre de l'Essex, à l'Est de Londres. Sa vie, elle la partage entre sa famille, qu'elle méprise, et le hip-hop, qu'elle adore. Un jour, sa mère ramène à la maison un énième amant, Connor. Un « beau-père » de passage qui porte visiblement la promesse d'un nouveau bonheur familial. Si seulement Mia n'était pas si attirée par lui...
1°)AVIS A Cannes, il a décroché le prix du jury. « Fish Tank », d'Andrea Arnold, parle de la banlieue, d'une jeunesse désoeuvrée, et d'éveil adolescent. Le tout dans une ambiance claustrophobe d'aquarium. On l'aura compris, tout cela ne respire pas franchement la comédie. Et ce n'est pas par hasard si on a beaucoup parlé de Ken Loach à propos de ce film... D'abord parce que la mère de Mia est interprétée par Kierston Wareing, déjà repérée dans le dernier opus de Loach, It's a free world . Ensuite parce qu'Andrea Arnold a la même volonté de décrire des milieux sociaux pauvres où on s'arrange comme on peut avec la vie comme elle vient. Un film plus brutal que violent Avec quand même une nette différence : ici, l'espoir existe, et Mia peut parfois s'échapper. D'où de très belles scènes de danse, et quelques plans larges avec une jument qui donnent au film une luminosité à laquelle on ne croyait plus. Luminosité amenée également par les acteurs dont la jeune Katie Jarvis bien sûr, qui porte un personnage ambigu avec une facilité déconcertante, et Michael Fassbender, un Connor parfait, entre fascination totale et ordure sans nom... Autant d'éléments qui donnent un film fort, plus brutal que violent. Un film qui nous reste longtemps après la projection. Un coup de maître ! Fadette Drouard 2°)AVIS Trois ans après un très remarqué Red road, Andrea Arnold revenait à Cannes pour présenter "Fish tank", son deuxième long-métrage, raflant par la même occasion son deuxième prix du jury. Cette récompense commune est sans doute l'un des seuls points communs que partagent les deux films, qui diffèrent tant dans leur style que dans leur propos, mais montrent autant l'un que l'autre que leur réalisatrice est pétrie de talent. Filmé dans un format tombé en désuétude, donnant une image presque carrée au charme absolument fou, "Fish tank" démarre sur le papier de la même façon que certains Ken Loach ou d'autres films britanniques dits sociaux : une adolescente, un quartier moyennement sûr, une famille qui ne communique que par grossièretés et hurlements, et guère d'exutoire. Le traitement fait la différence : la photographie est belle, lumineuse, faisant la part belle à un ciel bleu et clair ; la mise en scène est libre, sans calcul, tournant autour de la jeune héroïne sans succomber aux sirènes d'une caméra à l'épaule trop remuante. Le fil conducteur du film est extrêmement mince, la jeune Mia ne trouvant un efuge dans la danse qu'à de trop rares occasions. C'est en cela que "Fish tank" n'a rien d'un film social, terme qui semble de plus en plus péjoratif dans la bouche de nombreux spectateurs et critiques : c'est d'abord une oeuvre sur le ressenti, le moment présent, qui cueille images et sensations en direct et privilégie l'histoire à la thèse. Après avoir pris le temps de faire connaissance avec Mia, Arnold organise un petit jeu de dupes dans lequel elle semble tomber amoureuse, plus ou moins consciemment, du nouveau petit ami de sa mère. Belle idée que d'avoir inversé les rôles par rapport aux schémas classiques : pour une fois, c'est le beau-père canon qui est au centre de tous les désirs, et pas la belle-mère court vêtue. Ce rapport un rien ambigu entre Mia et son nouveau beau-papa va évidemment évoluer, de façon un peu prévisible mais pas sans surprise. Il est question de désir, de confiance, pourquoi pas de revanche ou de nouveau départ ; rien de totalement neuf, contrairement au très original Red road, mais le traitement est intelligent, différent, pertinent. C'est face à des oeuvres comme "Fish tank" qu'on réalise à quel point Ken Loach et Mike Leigh ont pris un coup de vieux : l'un fait de la propagande, l'autre fait chialer, c'est souvent très efficace, mais ça n'a rien de cinématographiquement inoubliable. La relève est assurée par cette britannique qui n'est certes déjà plus toute jeune - elle a l'age de ma mère, quand même (pardon Maman...), mais devrait souffler un vrai vent de fraîcheur dans un cinéma avide de renouveau stylistique. Thomas Messias |