| Le Premier Jour du Reste de ta Vie. Jacques Gamblin. Zabou Breitman |
| Écrit par Isabelle Tellier | |
| 28-06-2008 | |
Sortie le 23 juillet 2008. Crédits photographiques : Studio Canal. Le Premier jour du reste de ta vie, ou cinq jours décisifs dans la vie d'une famille de cinq personnes, cinq jours plus importants que d'autres où plus rien ne sera jamais pareil le lendemain. Non, ceci n'est pas le premier film d'Etienne Dao, c'est le deuxième de Rémi Bezançon, l'auteur de « Ma vie en l'air ». La chanson n'était pas non plus, apparemment, présente à l'origine du projet. Le réalisateur l'a, dit-il, découverte et intégrée après-coup à son générique de fin. L'expression vient plutôt d'un proverbe anglo-saxon cité dans « American Beauty ».
C'est un film ambitieux, une histoire de famille sur une vingtaine d'années : un papa (Jacques Gamblin, toujours épatant), une maman (Zabou Breitman, toujours épatante), deux garçons et une fille -et un grand-père (l'épatant Roger Dumas)- dont on suit le parcours sur les deux dernières décennies du XXème siècle. Le film est divisé en 5 parties, et tourne succesivement son projecteur vers chacun des 5 membre de la famille. Ca commence avec le fils aîné au moment où il quitte le domicile des parents. Ca continue avec le deuxième fils, qui se cherche pas mal, puis avec la fille, qui traverse comme elle peut ses périodes gothique/grunge. La maman au foyer se sent vieillir et reprend des éudes, le papa, chauffeur de taxi, n'en finit pas d'avoir des comptes à régler. Un film « choral » familial, donc, un petit quintet pour musique de chambre.
Le projet est respectable, mais il véhicule une vision de la famille très traditionnelle et mise tout sur l'identification des spectateurs. Papa travaille, maman reste à la maison, le fils aîné fait médecine, la petite dernière s'inquiète pour sa « première fois ». Ils ont du mal à communiquer entre eux et ils manquent terriblement de vie sociale, ces homo familialus. Pas d'amis (à part, un peu, au moment de l'adolescence), pas de loisir (à part un peu de rock), pas de voyage. Le cercle familial est présenté comme un cocon, un nid fermé sur lui-même. Le modèle cinématographique, cité au début, c'est « Les sept mercenaires » : autant dire une collection d'individualités où chacun joue perso. Quant aux inévitables « pièces rapportées », elles ne sont pas à la noce : ce ne sont pas vraiment des personnages d'ailleurs, à peine des corps étrangers brièvement tolérés, puis bientôt rejetés hors de la cellule de base. Dans cet organisme-là, les greffes ont mal à prendre.
Bizarrement, malgré son titre qui regarde vers l'avenir, le récit, lui, semble plutôt tourné vers le passé : les événements principaux de la vie des membres de la famille sont souvent racontés après-coup, via un flash-back, un artifice matériel (la mère qui découvre le journal intime de sa fille), un récit indirect (celui du grand-père, ceux du père). Le parti pris de se focaliser linéairement sur un seul personnage donne l'impression que, pendant ce temps, les autres évoluent peu.
Bref, cette histoire qui aurait pu avoir du souffle sent le renfermé. Il y a bien quelques gags sympathiques, quelques jolies trouvailles mais, pour un petit moment d'émotion, par combien de clichés, combien d'artifices de scénario déjà vus ou trop prévisibles faut-il passer... La plupart des scènes sont trop longues, et vues de trop près. Faudrait peut-être prévenir le réalisateur qu'il existe autre chose que les gros plans et les champs-contre champs pour montrer des gens qui discutent. A la fin, il se décide à faire un traveling tournant autour de la table familiale reconstituée. Etonnant non ? Mais c'est pour clore le cercle, le fermer encore un peu plus sur lui-même : à l'image de ce type de cinéma, ça tourne en rond, ça manque d'idéal et d'ambition.
Après le calamiteux « Nés en 68 », le cinéma français s'essaie encore au genre chronique au long cours mais échoue tout autant à faire sentir le temps qui passe et la construction des identités (façon « Crazy »), à montrer l'imaginaire au travail dans la mémoire familiale (façon « Radio days »), à s'ouvrir sur le monde extérieur et à intégrer une dimension politique (façon « Nos meilleures années »). Ca a beau lorgner sérieusement du côté de chez Klapish (façon souvenir d'adolescence du « Péril jeune »), non, décidément, c'est un cran en-dessous.
Pas de prise de tête, un peu d'émotion, de bons acteurs et de bons sentiments, des personnages gentils qui ne dérangeront personne, un brin de nostalgie universelle à l'ancienne. Presqu'un film de vieux fait par un trentenaire. Un truc d'été à la rigueur, quoi.
Isabelle Tellier |
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| Dernière mise à jour : ( 11-07-2009 ) |