38 Témoins de Lucas Belvaux avec Yvan Attal, Sophie Quinton, Nicole Garcia, François Feroleto.
Écrit par Pierre-Gérard Lespinasse   
14-03-2012

Image

Sortie le 14 mars 2012.

Crédits photographiques : Diaphana Distribution.

Alors qu’elle rentre d’un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d’un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il. Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer. Paraît-il… La police enquête, la presse aussi. Jusqu’à cette nuit où Louise rêve. Elle rêve que Pierre lui parle dans son sommeil. Qu’il lui parle longuement. Lui qui, d’habitude, parle si peu.

Image

1°)AVIS
 
Adapté du roman de Didier Decoin « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? », le nouveau long-métrage de Lucas Belvaux (Rapt) raconte l’histoire d’un célèbre fait divers survenu aux Etats-Unis dans les années 1960. En pleine nuit, une femme est assassinée. La police arrive vite. Mais l’enquête de proximité ne donne rien. Personne, parmi 38 témoins potentiels de la scène de meurtre n’a rien vu, ni entendu. Avec la ville du Havre en toile de fond (cela devient une habitude au cinéma) et le tandem Yvan Attal – Sophie Quinton (Le Skylab ou Poupoupidou) en couple qui se délite, ce drame psychologique traite de la lâcheté collective.
 
Une jeune femme de 20 ans a été tuée au pied de leur immeuble, mais personne ne parle. Peu à peu, la conscience d’un de ces fameux témoins vient le titiller. Yvan Attal, qui campe un pilote marin sombre, amer et secret, ne digère pas cet évènement. Puis sa compagne, de retour d’un voyage professionnel en Chine, s’invite dans la partie et il est rapidement pris de remords. Jusqu’à un soir, où ne pouvant plus se contenir, il se confiera. Il était là, il a tout entendu. Pourquoi n’a-t-il rien fait, pourquoi n’a-t-il rien dit ? Il aura d’abord préféré le cacher, pour se protéger…comme les autres. Mais le sentiment de culpabilité devient vite envahissant. Et ce n’est que lorsqu’une reconstitution du meurtre sera organisée, sans doute la scène la plus prenante du film, qu’il pourra parvenir à exorciser ce douloureux souvenir. Si Sophie Quinton trouve un rôle à sa mesure mais ne fait pas d’étincelles, Nicole Garcia marque d’avantage les esprits dans son rôle de journaliste fouineuse à la recherche d’infos sur le crime.
 
Le cinéaste belge Lucas Belvaux installe calmement son décor et ses personnages durant la première partie du film. La ville du Havre, reconstruite sur son fantôme après la Seconde Guerre mondiale, donne à l’intrigue un cadre adéquat, et révèle un choix très judicieux du réalisateur. Le port est filmé sous toutes ses coutures, avec le va-et-vient des porte-conteneurs en fil rouge, et fait baigner l’intrigue dans une eau très trouble. L’atmosphère, oppressante, ne prête guère à l’allégresse et la mise en scène, très soignée, donne du corps au film. Les plans sont léchés, et le metteur en scène prouve une nouvelle fois qu’il sait capter l’indicible. On peut cependant reprocher au long-métrage certaines lenteurs qui laisse une impression plus mitigée aux spectateurs. Il faut rapidement avoir à l’esprit qu’ici, l’enjeu n’est pas la poursuite du meurtrier, mais ce silence assassin dont ont fait preuve les 38 témoins. Toute l’intrigue est axée sur la psychologie des personnages. Ce choix induit des passages à rallonge qui ne servent pas l’histoire, mais qui au contraire nous font nous demander de temps à autre où tout cela mène-t-il ?
 
Au final, "38 témoins" est un polar noir et froid, qui met en exergue plusieurs maux dont souffre notre société. Lucas Belvaux évoque le manque de courage, l’indifférence, la rédemption et nous fait poser des questions sur notre rapport à l’autre. On sort de ce film des questions plein la tête, dont la fin du film ne nous apprend finalement pas grand-chose.
 
Pierre-Gérard Lespinasse
 
 
 
Image
 
 
 
2°)AVIS
 
Une affiche digne d’un "Fenêtre sur cour" et une bande annonce séduisante qui introduit le genre du polar mêlé au thriller psychologique, "38 témoins" a, sur le papier, de quoi séduire. Rajoutons en prime que ce film est dirigé par Lucas Belvaux, réalisateur belge qui a déjà signé quelques percées notables dans le polar/thriller avec "Cavale", "La raison du plus faible" ou tout récemment "Rapt". Il retrouve ici Yvan Attal (bluffant dans "Rapt") et raconte la lâcheté humaine, la déconstruction du couple, le gris d’un Havre portuaire et monotone. Toutefois, "38 témoins" s’avère vite répétitif, comme une sorte de machine pré-réglée, où rien ne surprend. Néanmois, la capacité de cette machine a produire un certain pouvoir d’attraction arrive à étonner. Ainsi, Belvaux entrecoupe ces scènes de dialogues par des vues de la mer où naviguent des porte-conteneurs géants, sur les quais où ces derniers sont vidés de leur cargaison, le tout dans une routine presque séduisante.
 
Derrière cette plastique sombre, lente et finalement pesante, Lucas Belvaux conte une véritable histoire, partant d’un sujet très simple. Un meurtre banal, une victime hurlant au beau milieu d’un quartier en pleine nuit. La ville sera secouée par cette tragédie, mais le pire est derrière. Comme l’indique son titre, 38 témoins peuvent témoigner avec plus ou moins d’utilité. La question sous-jacente posée ici, c’est pourquoi n’avoir rien dit ? Pourquoi ne pas avoir agit ?
 
Lucas Belvaux filme ici la lâcheté consciente et parfois refoulée de l’homme. Face à un Yvan Attal de marbre, il braque son objectif sur la fragile Sophie Quinton, sur une Nicole Garcia dispensant des cours de journalisme aux néophytes et quelques autres personnages secondaires. Belvaux souhaite ainsi jouer sur les regards, les non-dits, des procédés connus pour avoir fait d’Hitchock un maître dans l’art du suspens et de la tension.
 
Mais là où "38 témoins" ne fonctionne plus, c’est l’écriture des dialogues. Ces derniers sont récités, avalés sans discernement et l’interprétation des acteurs demeure à désirer. Non conscient que son propos pourrait se trouver limité par un cruel manque de rythme, "38 témoins" propose un scénario qui se répète autant que les plans de Belvaux, enchaînant également les belles tirades sur l’humanisme, la culpabilité (« un homme qui se tait, c’est un salaud. 38, ça devient monsieur tout-le-monde »), voire même l’amour et la fragilité d’un couple légérement insensé. On sent donc bien que "38 témoins" avait un potentiel immense, si tant est que le viscéral y tienne une place plus intéressante. Un fait qui se confirme lors des dernières scènes, et notamment celle d’une reconstitution où la thématique de la lâcheté prend bien plus son sens que les multiples tentatives du beau phrasé d’un scénario apathique.
 
Christopher Ramoné

 

 

SI VOUS SOUHAITEZ LAISSER UN COMMENTAIRE A PROPOS DE CETTE CRITIQUE :

COMMENTAIRE

ET N'OUBLIEZ PAS D'ECOUTER NOTRE MAGAZINE RADIO

"LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES"

Dernière mise à jour : ( 28-03-2012 )