| La Vie Moderne de Raymond Depardon. |
| Écrit par Isabelle Tellier | |
| 30-10-2008 | |
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Sortie le 29 octobre 2008. Crédits photographiques : Ad Vitam. Raymond Depardon a suivi pendant dix ans des paysans de moyenne montagne. Il nous fait entrer dans leurs fermes avec un naturel extraordinaire. Ce film nous parle, avec une grande sérénité, de nos racines et du devenir des gens de la terre.
1°)AVIS
Depuis de nombreuses années, Raymond Depardon arpente des chemins escarpés que le cinéma et les médias ont oubliés depuis longtemps. Les paysans cévenols de ce film, il les fréquente depuis au moins 10 ans, il leur a déjà consacré deux films. Mais ce n'est pas sans doute si facile d'être à la hauteur de gens qui ont consacré leur vie à la terre et aux animaux, à l'écart de toutes les modes et de toutes les compromissions. Alors, pour être fidèle à leur fidélité, il y retourne encore une fois.
Bon, évidemment, on n'est pas avec ce genre de films au pays de James Bond. Et, pour rester dans le registre documentaire, on gravite aux antipodes d'un Michael Moore. Il faudra donc se laisser prendre par le rythme lent des saisons et se contenter, en guise d'effets spéciaux, de travellings (d'ailleurs très beaux) sur des routes de moyenne montagne désertes qui disent assez dans quel isolement vivent ceux que nous allons rencontrer.
Depardon filme ses interlocuteurs en plans quasi fixes : ils sont debout dans leur champ, sur leur tracteur ou au milieu de leurs vaches, ou encore attablés devant une tasse de café sur la toile cirée de la cuisine. On est loin, très loin, de ces acteurs bien propres sur eux, à l'ego en forme de baudruche, qui se font un devoir d'avoir un avis sur tout. Ces paysans-là ne jouent aucun rôle : ils se contentent d'être là, et ils ont une présence extraordinaire. Ils ont le pull élimé, les mains lourdes et calleuses, le regard franc et la parole rare. Ils se lèvent aux aurores, travaillent au-delà de leurs 80 ans pour gagner des clopinettes, et ne se permettent jamais de se plaindre.
Avec une infinie délicatesse, Depardon accouche ces hommes et ces femmes de leur dure vie à la ferme. Parfois, il est présent dans le bord de son cadre mais, la plupart du temps, c'est seulement sa voix que l'on perçoit. Dans les interviews, c'est surtout cette voix, pourtant timide et discrète, qu'on entend. Ce ne sont donc pas les mots qui en disent le plus, ce sont les gestes, les attitudes, les regards. Les environnements matériels, aussi. On entrevoit des existences austères, solitaires, laborieuses. Des vies sacrifiées, parfois, aux contraintes de la terre et aux hasards des successions. Toujours, on ressent la dignité intacte de ceux qui ne trichent pas.
Le titre, du coup, n'est peut-être pas si ironique qu'il y paraît. Les personnes avec qui nous faisons connaissance le temps d'un film vivent ici et maintenant. Ils appartiennent à toutes les générations, leur décor leur ressemble. C'est un peu comme s'ils étaient là depuis toujours. Et, si la relève est parfois dure à assurrer, ils donnent aussi le sentiment qu'ils seront les derniers à rester debout. Ca fait du bien de passer un petit moment en aussi bonne compagnie.
Isabelle Tellier
2°)AVIS
Après avoir vu La vie moderne, il y a de quoi se sentir honteux. Honteux de se complaire dans un confort moderne et pourtant insatisfaisant. Mais également honteux d'avoir aimé passionnément ce film alors qu'on rechigne à aller passer un week-end à la campagne. Même si ce n'était pas le but de Raymond Depardon, La vie moderne nous met face à nos contradictions de bobos / cinéphiles / citadins (rayez les mentions inutiles). Plus simplement, c'est aussi un film beau à pleurer, simple mais pas niais (on n'est pas dans une pub Herta), qui observe sans juger.
Comme à son habitude, Depardon a filmé petit bout par petit bout, année après année, le quotidien de ces vraies gens. Tous sont d'une authenticité folle, et si certains sont même carrément pittoresques, la moquerie n'est jamais au rendez-vous. Depardon entretient de vrais liens avec ceux qu'il filme, et les traite avec une tendresse folle.
On pourrait se contenter de savourer les plans beaux comme des tableaux, qui magnifient la campagne sans pour autant la rendre artificielle. On pourrait citer Edward Hopper (encore lui) ou Norman Rockwell. Ce serait oublier le fond d'un film sur la transmission d'un patrimoine, les conflits entre générations, la marginalisation de l'activité agricole... Ce qui frappe surtout, c'est le fatalisme qui régit tous les comportements et réactions.
Qu'ils soient jeunes ou vieux, nés sur place ou venus de leur plein gré, les héros (le mot est juste) du film de Depardon ont perdu leurs illusions, et sont conscients que l'avenir ne sera pas rose. On ne sait qui plaindre le plus : cette jeune femme qui réalise que ses projets sont hors de portée ? ce vieux taiseux conscient qu'il n'aura bientôt plus la force de sortir ses chèvre lui-même ? Difficile à dire. Souvent triste, La vie moderne n'est heureusement pas exempt de drôlerie, la truculence et la forte personnalité de quelques paysans ayant de quoi réjouir. On en sort néanmoins avec un poids sur le coeur, ravagé par ces souffrances qui ne disent pas leur nom.
Thomas Messias |
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| Dernière mise à jour : ( 14-11-2008 ) |