15 décembre 2018
Interviews

Interview de Cédric Anger pour l’amour est une fête

À l'occasion de la promotion de "L'Amour est une fête", une comédie dramatique évoquant l'industrie du cinéma porno au tournant des eighties, le réalisateur Cédric Anger est venu sur Lille en compagnie de deux de ses actrices, Camille Razat et Elisa Bachir Bey. Nous les avons rencontrés :



Sur l'une des affiches de votre long-métrage, une citation de So Film évoque la question de la liberté. La liberté, c'est ce que vous évoque l'époque 1970-1980 où vous situez votre histoire ?

Cédric Anger : oui, on est dans une époque post-mai 1968, c'est une période de grande liberté, d'émancipation. Aujourd'hui, le porno est vu comme quelque chose de dégradant, on parle souvent d'exploitation et on a raison, parce que c'est presque devenu un métier de mafieux où les gens sont payés des clopinettes. Tandis qu'à l'époque 1970-1980, la pornographie était vraiment vue comme une forme d'émancipation, ça n'a pas duré longtemps, mais c'était un métier qui était pratiqué par des gens très libres, et qui avaient surtout envie de le faire, ils n'y étaient pas obligés. Quand on parlait à un réalisateur ou à une actrice porno de l'époque, ils nous racontaient que lorsqu'on avait besoin de quelqu'un sur un tournage, on allait voir dans des clubs échangistes et tout le monde voulait tourner, c'était amusant.


La musique joue un rôle très important dans la reconstitution de l'époque, elle est omniprésente. Comment vous vous organisiez entre les compositions originales de Grégoire Hetzel et le remploi de musiques existantes ?

Cédric Anger : la musique, j'adore ça, et c'est est pour moi un élément essentiel au cinéma. Dans mon précédent long-métrage, "La Prochaine fois je viserai le cœur", il n'y avait pas autant de chansons, mais il y avait déjà un score de Grégoire Hetzel également assez présent, qui jouait un rôle au même titre que la caméra ou la lumière. La musique aide à raconter la mélancolie d'une scène par exemple, à faire ressortir une intention, un sentiment, ou tout ce qui n'est pas forcément visible à la première vision.

Dès l'écriture, je conçois mon récit en musique. Certains types de chansons donnent l'humeur d'un film, d'une séquence, ou peuvent même en donner le découpage. Pour ce qui est du score de "L'Amour est une fête", j'ai demandé à Grégoire Hetzel de penser aux italiens, notamment à Ennio Morricone. Je voulais quelque chose de mélancolique, que chaque séquence, même si on la regarde au présent, ait l'air d'un souvenir.


Elisa Bachir Rey.


En tant que jeune comédienne, et en cette ère de libération de la femme dans le milieu du cinéma, lorsqu'on vous propose de jouer une actrice porno, avez-vous une appréhension, ou est-ce que vous faites immédiatement confiance en Cédric Anger et ses personnages ?

Elisa Bachir Bey : il y a quand même beaucoup d'excitation au début, car c'est un rôle assez différent de ce que j'ai pu jouer auparavant. C'est quelque chose de différent à défendre, donc c'est intéressant. Effectivement, il y a toujours une appréhension par rapport à la nudité. Toutefois, Cédric Anger nous a promis, dès le départ, que ce serait filmé de manière très artistique, que ce ne serait pas vulgaire et je lui ai fait confiance.

Camille Razat : l'appréhension s'est vite évaporée. On s'est entrainée à faire du strip-tease avant le tournage, avec une danseuse du Crazy Horse. Avec les autres actrices, on s'est retrouvée dans une salle de danse avec un immense miroir et, chacune notre tour, on a dû faire un strip-tease, nues, alors qu'on ne se connaissait pas encore très bien. Ça a tout de suite brisé la glace et ça nous a permis de dédramatiser la situation. Ensuite, sur le plateau, on ne pensait plus vraiment à ces questions de nudité, on se concentrait au maximum sur notre rôle.

Elisa Bachir Bey : oui et puis il faut préciser que les scènes du film impliquant de la nudité étaient tournées en équipe réduite, on était comme dans un cocon, protégées. Jouer ces rôles-là, c'était aussi un challenge qu'on pense avoir réussi et dont on est très fières.


Camille Razat.


Un autre film sorti cette année évoque l'industrie française du porno au tournant des années 70/80 : "Un Couteau dans le cœur" de Yann Gonzalès. L'avez-vous vu ?

Cédric Anger : oui, je l'ai vu récemment. C'est une œuvre beaucoup plus sombre, très giallo et avec de la violence à foison. C'est assez différent, mais j'y ai retrouvé la même envie de jouer avec des cinématographies de l'époque. La série américaine "The Deuce" est très réussie elle aussi, mais dans une tonalité beaucoup plus glauque.

Propos recueillis par Amaury Foucart




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