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Sortie le 23 février 2011. Crédits photographiques : Paramount Pictures France.
1870, juste après la guerre de Sécession, sur l'ultime frontière de l'Ouest américain. Seul au monde, Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid pour deux pièces d'or par le lâche Tom Chaney. L'assassin s'est réfugié en territoire indien. Pour le retrouver et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn, un U.S. Marshal alcoolique. Mais Chaney est déjà recherché par LaBoeuf, un Texas Ranger qui veut le capturer contre une belle récompense. Ayant la même cible, les voilà rivaux dans la traque. Tenace et obstiné, chacun des trois protagonistes possède sa propre motivation et n'obéit qu'à son code d'honneur. Ce trio improbable chevauche désormais vers ce qui fait l'étoffe des légendes : la brutalité et la ruse, le courage et les désillusions, la persévérance et l'amour... 
1°)AVIS En sortant, il se gratta la tête et comprit qu'il était un imbécile. Alors il décida de prêter l'oreille. À quelques pas derrière lui, un vieux monsieur en gabardine, ancien proviseur de lycée privé ou quelque chose comme ça, adressait à son acolyte - un type deux fois moins vieux et deux fois plus petit, son fils ou son amant - ces quelques mots solennellement prononcés : « Ah oui, vraiment c'est fordien. » Fordien. Son cauchemar recommençait. Il avait vécu l'enfer en 1992, avec la sortie d'"Impitoyable". S'était cru tiré d'affaire jusqu'en 2008 et le "3h10 pour Yuma" de James Mangold. En avait voulu à Ed Harris pour un "Appaloosa" dont il avait pourtant goûté les déviants délices. Il ne savait pas ce que fordien pouvait bien vouloir dire, ou en tout cas pas tout à fait. Il savait que c'était lié aux westerns, mais il ne pigeait rien aux westerns. Quelques Sergio Leone et puis c'est tout. Pouvait-on prétendre aimer le western sur cette seule base léonienne ? Non, bien entendu. Mais il n'y pouvait rien. C'était au-dessus de ses forces. Il avait tant de fois trébuché sur "Rio Bravo", "La poursuite infernale", "Coups de feu dans la Sierra". S'était essayé à tort à des variantes telles que le "Mort ou vif" de Sam Raimi. Avait laissé ses lacunes en jachère avant de tenter de nouveau de se faire une culture. Des références. Une sensibilité. Mais rien n'y faisait. Seul Andrew Dominik, avec son "Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford", avait provoqué chez lui une véritable décharge électrique. Il s'était cru sauvé, avant de déchanter face aux assauts des fordiens, des vrais, intransigeants et tatoués, qui avaient tant raillé la lenteur prétendument esthétisante de ce qui se révélait au fond être un brillant anti-western. Anti-western : encore un terme sorti de nulle part, un pompeux néologisme destiné à éviter d'expliquer que les westerns, leur haute teneur en testostérone, leurs armes à feu faisant office de phallus de substitution, leur refus d'assumer leur fort potentiel crypto-gay. Crypto-gay. On ne s'en sortait pas. Les films étaient toujours les mêmes, mais les nouveaux qualificatifs affluaient, comme s'il était subitement devenu indispensable d'apposer des étiquettes un peu partout. Lorsqu'il apprit que les frères Coen s'attaquaient au remake de "Cent dollars pour un shérif", western réalisé par Henry Hathaway en 1969 d'après un roman paru l'année précédente, il ne put réprimer un frisson. À sa façon, "No country for old men" n'était-il pas déjà un western à la sauce Coen ? Grands espaces, personnages solitaires et mutiques, poursuites impitoyables et duels au soleil : l'univers de Cormac McCarthy leur avait justement permis de sortir du fameux carcan fordien et de sublimer un genre trop souvent écrasé par un imposant cahier des charges. Il s'était donc plongé dans ce "True grit" avec appétit, pensant les cinéastes à l'abri de la redite. Il n'avait pas tort et le regrettait presque. Quelle que soit la véritable signification de cette appellation, "True grit" est un film typiquement fordien, et donc pas très coenien. Le film déploie un arsenal classique à base de longues épopées à cheval et de concours de circonférence testiculaire, le tout sous le regard empli de sagesse d'une petite fille digne et blessée. "True grit" est un spectacle parfaitement exécuté, d'une vraie beauté formelle, et ce jusque dans l'emploi de quelques fonds verts légèrement old school. À sa tête, Jeff Bridges confirme qu'il est l'un des plus grands acteurs de son temps, exploitant avec décontraction un personnage aussi alcoolisé que celui qui lui valut l'Oscar pour "Crazy heart". Et c'est malheureusement à peu près tout. Rien ne dépasse de cette grande plaine s'étalant à perte de vue. "True grit" est un western sans faute et a même des allures de classique. Mais qu'il ne porte quasiment pas la patte Coen est le signe de sa relative inutilité. « Ah oui, vraiment c'est fordien ». Les paroles du sexagénaire résonnaient encore en lui, et il comprit que lui-même ne serait jamais un fordien enthousiaste, qu'il resterait une cause perdue pour le western, et qu'au final il s'en fichait un peu. Il n'avait eu aucune envie de s'attacher à l'ennuyeuse héroïne de "True grit", orpheline dont la mâchoire serrée rappelait celle qu'arborait en son temps le monolithique John Wayne. Il ne s'était pas pris de passion pour cette histoire de vengeance froide envers un abruti à mono-sourcil, incarné par un Josh Brolin excessif et un peu vain. Il comprenait bien que l'homme à la gabardine puisse être secoué par "True grit", qu'une pléiade de cinéphiles rigoureux puisse être émue par ce nouveau retour en grâce du western. Mais lui restait indifférent, comme une poule devant un couteau. Il se gratta l'oreille et comprit qu'il était un imbécile de n'avoir pas dit plus tôt adieu au western. Thomas Messias 2°)AVIS L'histoire de "True Grit" commence en 1968 lorsque le Saturday Evening Post publiait un roman-feuilleton de Charles Portis qui racontait l'aventure vécue par cette jeune adolescente de 14 ans qui souhaitait venger son père. Le roman allait devenir un succès national, devenir un film en 1969 avec John Wayne, "100 dollars pour un shérif", de Henry Hathaway. Le roman a d'ailleurs fait naître une nouvelle expression, celle de son titre, True Grit voulant dire « avoir du cran ». Il est vrai que Mattie Ross (la débutante Hailee Steinfeld) a tout de cette fille courage qui a le cran de vouloir venger son père, prête à tout pour retrouver ce fameux voyou, un certain Tom Chaney (Josh Brolin). Le film des frères Coen a au moins réussi sur un plan indéniable: retranscrire avec efficacité et envie ce parfum des grandes légendes américaines, quasi intemporelles. Bien sûr, il semble trop tôt pour dire si Hailee Steinfeld rentrera dans le cercle de ces cow-boys (on ne peut pas mettre girl, sinon la crédibilité en prendrait un coup) intemporels, mais son personnage est en tout cas dans ce cercle depuis près de 50 ans. Pour le film, Hailee Steinfeld rend hommage avec dérision et en même temps beaucoup d'honneur, à ces cow-boys du cinéma. Si ses nominations ne se transforment pas en véritable récompenses, elles sont déjà en soi une reconnaissance du milieu pour son talent. "True Grit" s'avère être aussi un film dans la lignée de ce faisait les frères Coen, un cinéma si particulier. Après avoir façonner une oeuvre à l'univers trop personnel (le raté "A Serious Man"), les frères Coen avait donc pour objectif de changer de genre, en testant ainsi au passage le fait de voir si leur cinéma trouvait un écho dans le genre western. En effet, on retrouve aussi dans "True Grit" un humour décalé, qui rend à la fois hommage aux westerns d'antan tout en restant typique de ce que peuvent faire des frères Coen à l'image d'une écriture fine et travaillée. Nos deux compères ont aussi réussi à puiser dans les aventures entrelacées de thèmes chers à l'Amérique pour construire le film, que ce soit à travers l'image de la jeune fille et sa vengeance, ou encore le marshal alcoolique qui apparaît presque comme un père sans pourtant le vouloir, et le texas ranger qui apporte la pointe d'humour. Si "True Grit" manque parfois de rythme, tombant dans le très bavard (à l'image là encore du cinéma de Joel et Ethan Coen), l'aventure vaut le coup d'œil, et surtout nos deux frères ont réussi ici un pari un peu fou, celui de retranscrire un western qui sonne très moderne dans ses thématiques, tout en gardant un œil sur le passé et l'hommage aux westerns qui ont fait l'histoire du cinéma. Un travail de classe a été fait sur la mise en scène, en témoigne également les décors plongeant le spectateur dans une ambiance western typique, avec quelques duels de grande classe, mais pas de quoi affoler les grands Clint Eastwood ou John Wayne de l'époque. Crions un peu au scandale pour le teasing de ce casting, ou hormis les trois noms que sont Jeff Bridges (toujours excellentissime), Matt Damon (qui tient parfaitement la barre dans son rôle) et Hailee Steinfeld (jeune actrice talentueuse et prometteuse), on retrouve également celui de Josh Brolin. Quand on annonce cet acteur en troisième on s'attend à quelque chose qui relève du second rôle massif. Sauf que si le but est bien de rechercher Tom Chaney le personnage qu'il incarne, Josh Brolin apparaît à la caméra trois à quatre minutes à tout casser ! On le voit presque autant que Barry Pepper (Lucky Ned) qui lui aussi apparaît trop effaçé. Autrement dit, c'est presque de la figuration ! Fort heureusement, tout ceci n'est que détail, tant les prestations des acteurs sont ici excellentes, surtout celles de Jeff Bridges et de Hailee Steinfeld. C'est toujours un plaisir presque hallucinatoire de voir une petite nouvelle (dans le giron des Elle Fanning, Abigail Breslin ou encore Chloé Moretz) s'emparer de son rôle à 200% pour construire une prestation de grande qualité, à la hauteur de son personnage dans le roman. Comme à son habitude, Jeff Bridges apparaît comme un mentor de qualité qui porte le film sur ses épaules (cette fois-ci bien aidé, à la différence de "Tron l'Héritage"). Matt Damon reste lui convaincant, sans jamais passer la barrière du brio, restant cantonner à son personnage de ranger combatif et amusant en même temps, créant l'attachement derrière un personnage qui semble plus profond qu'il n'en a l'air. Sans signer une œuvre mémorable dans leur filmographie, et sans que cela soit donc le meilleur film des frères Coen, "True Grit" se place dans la lignée du bon western de l'époque, avec des acteurs formidables, une histoire entraînante et une mise en scène éloquente. Christopher Ramoné 3°)AVIS "True Grit". Littéralement « vraiment du cran ». C'est ce qu'il fallait aux frères Coen pour porter à l'écran cette adaptation d'un livre culte, une histoire entre alcool, crimes et châtiments. À l'origine, il y a donc un livre. De Charles Portis. Une histoire forte que les Américains ont élevée au rang de « culte » au gré des générations. L'histoire de la quête de Mattie Ross, 14 ans en 1870. Une jeune fille qui n'a pas la langue dans sa poche, et réclame justice. Son père a été abattu de sang froid pour deux pièces d'or, par le lâche Tom Chaney. Un ancien employé qui s'est depuis réfugié en territoire indien. Pour le retrouver, et le faire pendre en bonne et due forme, elle compte sur la loi. Ou plus exactement sur son interprétation toute personnelle de la loi par Rooster Cogburn, US Marshal. Un homme haut en couleur, alcoolique, grossier... Tout le contraire du Texas Ranger LaBoeuf, lui aussi à la recherche de Chaney. Une petite fille, un Marshal ivre et un Ranger texan droit dans ses bottes. Drôle de trio. Pourtant une chose les unit : chacun à sa manière a du cran, et un code d'honneur. Certes, un code bien personnel, mais un code et des principes quand même. Et c'est avec ces étranges idées mais avec une motivation sans faille et un cran indiscutable qu'ils chevauchent à la poursuite de Chaney, adversaires sans être ennemis. Cette histoire vous dit quelque chose ? C'est que le livre, s'il est peu connu de ce côté-ci de l'Atlantique, a déjà été adapté. Ca s'appelait "100 dollars pour un shérif", et c'est avec son interprétation de Cogburn que John Wayne a gagné le seul et unique Oscar de sa carrière, en 1969. Pourtant, attention, ce n'est pas un remake que ce True Grit, les frères Coen tiennent à le préciser : c'est une relecture du livre. Et franchement, qui mieux qu'eux ? Certes, leur "No country for old men" n'était pas tout à fait un western. Mais on sentait déjà chez eux l'envie de se coltiner le Far West... Voilà donc qui est fait et de quelle manière ! Que dire de ce "True Grit", si ce n'est que c'est un petit bijou. Que la mise en scène des frères Coen, loin de se contenter de ce qu'ils savent déjà faire, se renouvelle sans cesse. Qu'ils embrassent ici les grands espaces de l'Ouest américain d'un revers de caméra. Jouant des codes, certes, mais s'autorisant aussi de vraies échappées lyriques, dont une cavalcade sous les étoiles qui nous laisse pantois. Que dire, si ce n'est que leur direction d'acteur n'aura de cesse de nous impressionner. Que Jeff Bridges et Matt Damon « s'amusent sérieusement ». Que le reste du casting est d'une justesse époustouflante, emmené par la jeune Hailee Steinfield, une découverte. Que le film tout entier est un petit chef-d'oeuvre, pensé jusqu'au dernier plan, sublime, joué avec bonheur et humour. Sans tomber dans le piège de la parodie. Bref, un western pur jus sur grand écran, c'est un bonheur de cinéphile à ne manquer sous aucun prétexte ! Fadette Drouard ET N'OUBLIEZ PAS D'ECOUTER NOTRE MAGAZINE RADIO "LES AVENTURIERS DES SALLES OBSCURES" |