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Interview d'Audrey Tautou pour le film L'Ecume des Jours.

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"L'Ecume des Jours". Un film de Michel Gondry avec Avec Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy, Aissa Maïga, Philippe Torreton.

Sortie le 24 avril 2013.

Crédits photographiques : Studio Canal.

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Les 25ème Etats généraux du film documentaire du 18 au 24 Aout 2013.

 

 

 

L'actualité des festivals de cinéma et des sorties en salles vue par la rédaction du magazine.

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Chronicle de Josh Trank avec Dane DeHaan, Alex Russell, Michael B. Jordan, Michael Kelly. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Audrey Jeamart   
22-02-2012

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Sortie le 22 février 2012.

Crédits photographiques : Twentieth Century Fox France.

Après avoir été en contact avec une mystérieuse substance, trois lycéens se découvrent des supers pouvoirs. La chronique de leur vie qu’ils tenaient sur les réseaux sociaux n’a désormais plus rien d’ordinaire… D’abord tentés d’utiliser leurs nouveaux pouvoirs pour jouer des tours à leurs proches, ils vont vite prendre la mesure de ce qui leur est possible. Leurs fabuleuses aptitudes les entraînent chaque jour un peu plus au-delà de tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Leur sentiment de puissance et d’immortalité va rapidement les pousser à s’interroger sur les limites qu’ils doivent s’imposer… ou pas !

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1°)AVIS
 
Présenté au dernier festival de Gérardmer, « Chronicle » n’est pas un film de superhéros comme les autres, puisqu’il mélange habilement les genres ("teen movie", "found footage movie"…) mais aussi les tons, de la comédie au drame. D’où vient alors cette frustration ressentie à la fin de la projection ? Tout simplement du fait que ce film avait tout, sauf un scénario béton qui aurait pu le hisser beaucoup plus haut.
 
Andrew est un adolescent timide et mal dans sa peau, vivant avec une mère malade et un père au chômage parfois violent. Un jour, il décide de filmer tout ce qu’il fait, tout ce qu’il voit. Dans la veine désormais répandue du "found footage movie" (souvenez-vous du précurseur, « Blair Witch Project »), ce sont donc ces images qui vont constituer le film. À quelques exceptions près, qui ne sont d’ailleurs pas loin de passer pour des tricheries. Si Andrew est bien le héros du film et qu’il est quasiment omniprésent, certaines scènes concernent uniquement d’autres personnages. Ce sont alors les images filmées par une fille du lycée pour son blog qui sont utilisées.
 
Un jour, avec l’un de ses amis et un camarade de classe très populaire, Andrew descend dans une cavité renfermant d’étranges cristaux. En ressortant, le trio est transformé. Chacun possède désormais un pouvoir de télékinésie, c’est-à-dire qu’ils peuvent déplacer des objets par leur seule volonté. On ne peut s’empêcher de songer au « Carrie » de Brian De Palma, adapté de Stephen King, mettant en scène une héroïne se découvrant également ce pouvoir. Là où le parallèle se resserre, c’est que, tout comme Carrie, qui était la souffre-douleur de ses camarades de classe, Andrew est le garçon un peu paumé et maladroit qui peine à trouver sa place dans la société. Et tout comme Carrie, il va progressivement déclencher un déchaînement incontrôlable.
 
Mais avant cela, on passera par la case teen movie. La découverte de leurs pouvoirs par nos trois héros est très progressive. Déplaçant d’abord de petits objets, ils en viennent à exercer leur pouvoir sur des masses plus importantes. Cela donne lieu à de nombreuses scènes versant franchement dans la comédie parfois potache, comme cette séquence sur le parking d’un supermarché, où ils déplacent la voiture d’une cliente, dont la réaction est digne d’une caméra cachée. A posteriori, toute cette partie se révèle beaucoup trop longue par rapport à l’enjeu du film, qui sera de nous montrer comment l’acquisition de superpouvoirs va mal tourner pour l’un de ses bénéficiaires. Non seulement les blagues de nos héros sont répétitives et donc à la longue lassantes, mais elles privent surtout le film de la progression narrative qui aurait rendu le final et le film entier encore plus poignant. Alterner les tons était plutôt audacieux, mais le film aurait gagné en intensité à voir la partie comédie réduite au profit d’une montée en puissance de la tension, ce que fait le film, mais un peu trop tard.
 
C’est d’autant plus regrettable que le travail sur le personnage était intéressant, Andrew se révélant particulièrement attachant. D’abord timoré, effacé, il se laisse griser par le pouvoir jusqu’à laisser éclater, happé par le côté obscur, toutes ses frustrations et sa rage. Alors que ses amis voulaient juste s’amuser, Andrew va pleinement prendre conscience de son pouvoir. Si avant de le posséder il était totalement transparent, la maitrise de la télékinésie lui permet d’atteindre une certaine supériorité, la place remarquée qu’il n’aurait jamais obtenue s’il était resté Andrew l’adolescent chétif. Mais là encore, le film aurait gagné à mieux mettre en évidence les désirs refoulés et les frustrations de l’adolescent, notamment dans ses rapports avec ses parents, qui ne sont que survolés. Le caractère inéluctable de son défoulement destructeur aurait ainsi eu plus d’impact.
 
On pourrait enfin avancer un dernier genre, celui du film de monstre. Car Andrew se transforme bel et bien. Dans une impressionnante séquence finale toute en éclats de verre et en destruction d’immeubles, inhérente au film de superhéros, l’adolescent devient en effet incontrôlable, plus rien ni personne n’ayant de prise sur lui, totalement contaminé qu’il est par la haine qu’il ne peut plus contenir et qu’il déverse avec violence, comme s’il n’avait plus rien d’humain, comme s’il avait finalement perdu la bataille contre ce pouvoir qui grandissait en lui tel un fruit vénéneux.
 
Audrey Jeamart
 
 
 
2°)AVIS
 
Au départ, il y a un jeune (Andrew) qui filme sa vie comme on écrit dans un journal intime, alors que d’autres l’affichent sur les réseaux sociaux. La vie d’Andrew, ce sont des railleries venant de la part de ces camarades lycéens, c’est un bouc émissaire tout trouvé, qui tente de survivre entre une mère mourrante et un père alcoolo, violent et répulsif. Bref, la vie d’Andrew est plus que morose. Là-dessus, rien de surprenant, c’est plutôt lisible, et Josh Trank, le réalisateur de "Chronicle", et son scénariste Max Landis, oui le fils de John Landis, arrivent à donner une sincérité touchante à ses thématiques. Le véritable tour de force, c’est la suite.
 
Aux côtés de deux autres lycéens, l’un est un proche, l’autre est une star du lycée, il découvre une cavité abritant un étrange minéral lumineux. Le lendemain, les trois jeunes se retrouvent avec un étrange pouvoir : la télékinésie, ou psychokinésie (créer le mouvement d’un objet par l’esprit). De jeunes adolescents qui acquièrent des supers pouvoirs à la suite d’un phénomène inexpliqué, ce n’est pas sans rappeler les séries "Heroes" ou "Misfits". Plagiat ou copier-coller bien tapissé ? Absolument pas. Pour la simple et bonne raison que "Chronicle" propose du cinéma, un véritable divertissement intelligent, piloté par un réalisateur audacieux, le tout en 1h20.
 
La force de "Chronicle", c’est de s’afficher en teen-movie intelligent, réaliste, rythmé et en même temps profondément original. En utilisant le found footage (le « film trouvé » en quelque sorte) et la caméra subjective, "Chronicle" propose une forme convaincante avec un fond pertinent. Une parabole de l’adolescence et d’un monde en mutation, l’impossible communication quand toute une vie est bousculée par ces étranges pouvoirs. Logiquement, Andrew, le garçon mal dans son peau, se voit bouffer par ses pouvoirs, au point de ne plus arriver à se contrôler. Une dérive passionnante, alimenté dans un rythme toujours convaincant.
 
En dépit de quelques effets spéciaux cheap, "Chronicle" passionne aussi bien pour son spectaculaire que pour son fond. Il garde un suspense intact, fait monter la tension, alterne les moments d’humour et d’incongru, avec un dramatique de situation. En somme, Trank et Landis arrivent à faire ce que peu de films de SF ont réussi dans un passé récent. Le film prouve qu’il ne suffit pas seulement d’être attirant visuellement pour convaincre sur l’ensemble. Il faut aussi une bonne histoire. Mission accomplie !
 
Christopher Ramoné 
 
 
 
3°)AVIS
 
Sur le papier rien de très emballant et cette crainte de voir encore un objet filmique mettant en scène des super-héros, un énième film qui pourrait ressembler à une hybridation plate et paresseuse entre ce que nous propose depuis quelques années le cinéma hollywoodien et quantité de blockbusters : du pire (« Green Lantern ») au meilleur (« Spider-Man », « Batman »), en passant par quelques séries contemporaines telles « Heroes » ou « The Misfits ». Mais non, halte aux doutes et préjugés ! « Chronicle » est un film intelligent, réjouissant, émouvant, passionnant, lucide, une réflexion brillante sur la place des superhéros aujourd’hui et celles des images dans un monde qui en est submergés. Une chronique donc, le journal filmé, d’un lycéen mal dans sa peau, Andrew Detmer (profitons-en pour souligner la remarquable composition de ce jeune acteur Dane DeHaan, qui incarne un personnage à la psychologie complexe, à la fois attachant et effrayant, vulnérable et puissant), un acteur-réalisateur au service du « vrai réalisateur », Josh Trank, pas beaucoup plus âgé (il avait à peine 25 ans quand il a commencé écrit le film avec son ami d’enfance, Max Landis, le fils de John, fameux réalisateur des «Blues Brothers »). 
 
Il est le « freak&geek » typique, comme tout bon lycée américain à la sauce « teen-movie » en comporte. Il n’est pas un « freak » à la « Twilght », au début du film il n’a rien a caché, rien de mysterieux, c’est d’ailleurs plutôt lui qui aurait envie de se cacher, aussi peu populaire qu’il est…mais non, il fait plutôt dans la provocation celui que tout le monde prend pour un « weird ». Ses camarades le voient donc surtout pour un pervers car il ne quitte jamais sa caméra, il filme, tout ! Son but on ne le connait pas, ses motivations non plus, peu importe, John Trank s’en sert afin de nous proposer ce dispositif moderne qu’est le « found footage movie ». Si je vous dis « Le Projet Blair Witch », « REC » ou « Cloverfield » et que connaissez ces films, vous avez sans aucun doute saisi l’idée, sauf que l’immense mérite de ce jeune réal est de lorgner plutôt vers un grand film de maître, un des films les plus importants de ces dernières années : « Redacted » de Brian De Palma. Trank réussi alors le pari fou de nous proposer un film aussi drôle et émouvant qu’intelligent, un mix incroyable entre les films pré-cités donc, LE teen-movie hilarant qu’est « Supergrave » et un grand classique « horrifique » qu’est « Carrie » de Mr De Palma toujours. Tiens, tiens… si nous y réfléchissons un peu, ce n’est pas un hasard si ce dernier revient. Qui plus que lui s’est interrogé, nous a fasciné et troublé autant par la virtuosité de sa mise en scène, son fétichisme cinéphilique, ses interrogations permanentes sur la place des images ? Dison le tout de suite : la caste est mince, situons le dans un trio avec Kubrick et Lynch, le premier nous ayant quitté il y a plus de 10 ans et le dernier se consacrant à la méditation transcendantale et la musique électronique, De Palma est le seul maître à bord, mais ça pousse derrière !
 
Andrew ne va pas rester seul longtemps avec sa caméra. En effet, lors de sa première participation à une soirée bine alcoolisée de ses camarades lycéens, avec son cousin Matt Garetty, amateur de philo (il cite Schopenhauer et Lacan !) et la star du lycée, Steve Montgomery (info pour les fans de l’immense série «The Wire » : il est Walllace dans la saison 1), un « black », très populaire car joueur de l'équipe de foot U.S et candidat à la présidence du lycée, ils vont entrer en contact avec une matière phosphorescente, après avoir découvert une faille dans le sol. C’est par ce biais la qu’ils vont se retrouver dotés de pouvoirs, nous n’en serons pas plus mais la n’est pas l’important, le sujet du film, qui est : comment vont-ils appréhender et utiliser leur pouvoir qui leur permet par la pensée de déplacer des objets à distance ?
 
A partir de là nous allons découvrir et vivre avec eux la jouissance que procure ce pouvoir qu’est la télékinésie. Et le film d’ouvrir des portes uniques dans ce sous genre qu’est le cinéma fantastique de superhéros… nous ne sommes plus dans le précepte de « Spider-Man », respecté par Scott Parker : « à grand pouvoir, grande responsabilité », ici il est « contrarié », "chamboulé", et c’est cela la grande idée du film : ces trois lycéens ont conscience de ce qu’est un super-héros, de toute une histoire en marche depuis plus de 70 ans (le premier super-héros au sens moderne du terme, Superman, apparait en 1938 !). Les ados du film ont vu et grandi avec les films et personnages emblématiques de « DC Comics » et « Marvel », de cette culture « geek ». Alors ils ne veulent pas sauver le monde, ils sont lucides, ils font ce que la plupart du commun des mortels feraient de leur pouvoir : un objet ludique, de potacherie, de plaisir, d’affirmation de soi auprès de la communauté, de réalisation de fantasmes… Il faut d’abord apprendre à déplacer les objets, des Lego feront l’affaire, puis la mase augmente, ils s’entraînent dans un supermarché, d’abord à l’intérieur (un caddie roule tout seul, un ours en peluche vole et effraye une petite fille) puis à l’extérieur (une voiture déplacée). Entre ambiance caméra cachée, ou te caches-tu Marcel Beliveau et « jackasserie », ces ados préfèrent cacher leur pouvoir, en jouer, se tester, délirer…plutôt qu’aller sauver la veuve et l’orphelin ou remettre de l’ordre dans la ville de Seattle.
 
Ensuite place au fantasme absolu qu’est celui de voler, rapidement ils vont maîtriser leur pouvoir et se faire des « run » dans les airs, au-dessus des nuages, dans de très beaux ballets aériens. Le film s’attarde ainsi dans sa première partie sur le quotidien de ces ados, leur vie au lycée, la famille d’Andrew (mère malade, père chômeur et alcoolique, ce n’est pas vraiment l’ambiance de « 7 à la maison » !), nous sommes dans la chronique intimiste, faite de plein de petits moments, le plus souvent drôles, il y a quelque chose de l’ordre de la désinvolture, de la décontraction et c’est pour le moins jouissif, un simple et pur plaisir de spectateur. Mais un parfum d’amertume se glisse entre les lignes du récit...
 
Alors le film se concentre plus particulièrement sur la figure d’Andrew, l’adepte du « POV », l’ado mal dans sa peau, celui dont l’utilisation potache ou frimeuse de ses pouvoirs va se muer en des motivations bien plus sombres, du coté obscur de la force…comme se venger de son père violent ou d’un camarade de lycée qui l’a pris comme souffre douleur. La bascule est progressive et logique, quoi de plus humain que cette envie primaire de vengeance, d’extérioriser toute cette souffrance accumulée?
 
Andrew va alors perdre le contrôle de soi, sa rage intérieur va s’exprimer violemment, lui qui par le prisme de la caméra, de l’image avait le souci de tout scruter, contrôler. Le choix du « found footage movie » s’avère alors très pertinent car le souci principal de Trank n’est pas de chercher des effets de réels par le biais d’images heurtées, afin que les spectateurs y croient encore plus. Son idée est avant tout de nous montrer que de simples images, amateurs, naturelles, cachent des éléments, des événements de l’ordre du surnaturel. Une image cache une autre image, la multitude d’images (notons d’ailleurs qu’un des personnages féminins du film, La jolie blonde Casey, dans un beau « contrechamp » de point de vue, filme en permanence elle aussi pour son blog), de divers régimes est un leurre, celui de la transparence. De nouvelles portes s’ouvrent, des possibilités élargies de mettre en scène, de se raconter, de témoigner, mais dans « Chronicle » c’est la terreur, la haine qui va prendre le pouvoir des images. 
 
Ces ados cachent bien leurs secrets mais c’est par le dérèglement des émotions, des sens, d’un trop plein d’humiliations d’Andrew, que le récit va basculer, s’emballer, s’accélérer, que le quotidien croqué par Josh Trank, une certaine tranquillité, va vaciller. Et ce sont tous les genres explorés qui se retrouvent alors perturbés par les gestes et propos du film, celui-ci se teinte d’une noirceur qui n’est pas l’apanage du teen-movie. Avec en point d’orgue l’impressionnante séquence finale de destruction de Seattle.
 
Mais même quand le film va dans le sens des codes du blockbuster, nous sommes gagnés par la tristesse, la mélancolie à l'oeuvre, à l’image d’Andrew et de sa volonté de « tuer » le père, de se sortir d’un lourd et oppressant contexte familial. L’expression de son courroux, de son désir ardent de se libérer de tout ce poids, passe par la violence; la transmutation est permise par ce pouvoir inattendu, la diffusion elle, l'est par la fabrication de ses propres images. Ici la volonté de regarder le monde sous le prisme de l’objectif, de contrôler et témoigner d’une vie déjà brisée, se mue en pulsion de destruction et par analogie, de mort. Toutes les portes, vitres et fenêtres qui nous entourent, nous étouffent, explosent alors, se brisent en milles morceaux, milles petites images. Sa libération se fera sous la forme d’une apocalypse locale, dans ce grand village mondiale qu'est notre "nouveau monde", à l’heure du règne de la globalisation, de l’affranchissement des frontières par les nouvelles technologies. C’est alors ici, dans "l'entre-images", entre le réel et le virtuel, que l’on revit et périt, par et avec les images…
 
Loïc Arnaud
 
 
 

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