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Sortie le 07 mars 2001. Crédits photographiques : Bac Distribution.
Le Président des États-Unis nomme un juge de la Cour Suprême de l'Ohio, Robert Wakefiel, à la tête de la lutte antidrogue. Cependant, ce conservateur découvre que sa propre fille, Caroline, est toxicomane. A San Diego, Helena Ayala mène une vie paisible avec son riche mari Carlos. Mais celui-ci est arrêté, accusé d'être un puissant caïd de la région. Du jour au lendemain, Helena se retrouve sans le sou. La seule façon d'assurer l'avenir de l'enfant qu'elle porte en elle, c'est d'écouler à son tour le stock de poudre blanche. Les agents infiltrés de la Drug Enforcement Administration, Montel Gordon et Ray Castro, appréhendent le trafiquant Eduardo Ruiz, un subalterne de Carlos qui promet de témoigner contre lui à la Cour. Les deux officiers sont chargés de sa protection. Au Mexique, le policier Javier Rodriguez travaille sous les ordres du général Salaza. Confronté à la tentation de l'argent, Javier résiste, mais la corruption le conduit à une situation intenable.. 
1°)AVIS
C'est l'histoire de Sisyphe. L'éternel combat entre les tenants du bien et du mal, un affrontement autour de l'univers de la drogue, entre ceux qui la fabriquent, ceux qui la vendent, ceux qui les traquent et ceux qui la consomment. Ce sont les histoires croisées d'une dizaine de personnages dont la vie tourne (directement ou non) autour de l'univers de la drogue. Ils sont américains ou mexicains, petits flics ou grand manitou, femme d'un grand dealer ou fille de haut responsable et toutes leurs vies sont régies par la drogue, ce qu'elle leur procure ou ce qu'elle leur enlève.
A San Diego, Hélène Ayala apprend, suite à l'arrestation de son mari que ce dernier a bâti sa fortune en important des stupéfiants; à Washington, on nomme Robert Wakefield à la tête de l'administration chargée de coordonner la lutte contre les trafiquants; au Mexique, Javier Rodriguez et son équipier saisissent un camion plein de cocaïne passée en fraude; dans la luxueuse maison de leurs parents, un groupe d'adolescents américains refait le monde en s'injectant dose sur dose...
Steven Soderbergh, inépuisable tête chercheuse du cinéma américain se devait de rebondir rapidement après le succès de "Erin Brockovich" son précédent film. Moins d'un an après, il sort "Traffic", un film sur l'univers du trafic de drogue entre Mexique et États-Unis. Là non plus, ses personnages ne sont pas des surhommes, héros inaltérables ou truands monstrueux, ils restent des êtres humains emportés dans un train fou qu'ils ne contrôlent pas…
Le réalisateur, avec une équipe réduite et une caméra très mobile (parfois agaçante) va chercher au plus profond d'eux-mêmes leurs forces et leurs faiblesses, les fidélités et les trahisons qu'ils sont prêts à commettre pour ce en quoi ils croient. Ces images brutes, symboliques ou simplement touchantes font toute la force du film. Le film d'une guerre atroce, sans règles, qui va jusqu'à déchirer les familles.
Tous les acteurs sans exception, comme conscients de l'importance de la chose, se fondent parfaitement dans leurs personnages, s'effaçant au profit du tableau général que brosse le cinéaste. Traffic mêle avec beaucoup d'habileté parcours humain et sujet de société aux implications mondiales sans pour autant tomber dans la glorification facile de héros factices ou la condamnation d'un système, il est vrai, largement perfectible.
Tout cela fait de ce film bien plus qu'un produit cinématographique parmi tant d'autres, c'est un hommage, une mise en garde, un rappel, un plaidoyer, un constat consternant et encourageant à la fois. Tant de choses que certains parti pris esthétiques contestables et un scénario parfois moins percutant (l'histoire du personnage de Michael Douglas oscille entre prêchi-prêcha grotesque et mauvais goût ultime) ne parviennent pas à gâcher. Quand le cinéma arrive à confondre à ce point art et engagement, c'est pour donner naissance à des moments aussi inoubliables que terriblement juste.
Comme Michael Mann avec "Révélations" l'année dernière, "Traffic" devrait être vu par tous parce que c'est une oeuvre de cinéma somptueuse et parce qu'il montre et parle de choses dont chacun devrait être informé.
Guillaume Branquart 2°)AVIS
Impasses. Le Président des États-Unis nomme un juge de la Cour Suprême de l'Ohio, Robert Wakefield (Michael Douglas), à la tête de la lutte antidrogue. Cependant, un soir, ce conservateur découvre que sa propre fille, Caroline (Erika Christensen), est toxicomane. Au même moment, à San Diego, Helena Ayala (Catherine Zeta-Jones) mène une vie paisible avec son riche mari Carlos (Steven Bauer). Mais celui-ci est arrêté, accusé d'être un puissant caïd de la région. Du jour au lendemain, Helena se retrouve sans le sou avec, en prime, les dettes de son époux. La seule façon d'assurer l'avenir de l'enfant qu'elle porte en elle, c'est d'écouler à son tour le stock de poudre blanche.
Dans la même ville, les agents infiltrés de la Drug Enforcement Administration, Montel Gordon (Don Cheadle) et Ray Castro (Luis Guzman), appréhendent le trafiquant Eduardo Ruiz (Miguel Ferrer), un subalterne de Carlos qui promet de témoigner contre lui à la Cour. Les deux officiers doivent protéger la vie de Ruiz, qui est dans la ligne de mire d'un tueur à gages. La situation n'est guère plus reluisante de l'autre côté de la frontière, au Mexique. L'ambitieux policier Javier Rodriguez (Benicio Del Toro) souhaite devenir l'un des grands de la profession. Il travaille avec son ami Manolo Sanchez (Jacob Vargas) sous les ordres du général Salazar (Tomas Milian). Confronté à la tentation de l'argent, Javier résiste, mais la corruption et le système vont le conduire à une situation intenable.
Le film fleuve de Steven Soderbergh épouse les contours d'un kaléïdoscope où chaque scène reflète la complexité d'un fléau qu'on ne saurait réduire à un "phénomène de société". Par le biais d'une succession de séquences nerveuses et intenses où affleurent sensations et impressions, Steven Soderbergh capte l'essentiel : l'extrême complexité de la lutte contre la drogue. Soit un film choral (plus de cent personnages dont une dizaine de principaux !) au service d'un récit éclaté en trois lieux géographiques distincts et visuellement autonomes (Cincinatti est filmé avec des filtres bleus, Tijuana avec des filtres bruns et San Diego sans filtres). Grâce à ce procédé simple mais efficace, le spectateur n'est jamais "délocalisé" tandis que le style documentaire de l'ensemble, caméra à l'épaule, entremêle le vif des situations, l'urgence des dialogues et la routine de chacun des protagonistes. Cette multiplicité des points de vue sur la chaîne de la drogue (du producteur au consommateur, pour simplifier) renforce le versant "Enquête au coeur du système" sans que Steven Soderbergh ne juge ce qu'il montre.
S'il démonte, admirablement, les rouages de la machine, il laisse au spectateur la liberté d'approuver ou de rejeter ce qu'il découvre et ne sacrifie jamais le réalisme au spectaculaire. Un récit torrentiel qui charrie corruptions, oppositions, soumissions et trahisons, lesquelles, loin d'être théoriques ou désincarnées, passent par le corps des acteurs magnifiquement inspirés par un Steven Soderbergh dans la grande lignée américaine des directeurs d'acteurs. Si Benicio Del Toro impressionne littéralement la pellicule avec son époustouflante composition du policier Javier Rodriguez, les autres comédiens ne sont pas en reste. Mention spéciale à Tomas Milian qui incarne un stupéfiant général Arturo Salazar dont les scènes avec Benicio Del Toro sont de haute volée.
Seul bémol à ce film passionnant et jubilatoire : la volonté du réalisateur de ne pas mener certaines séquences à leur terme, ce qui déclenche un léger sentiment de frustration chez le spectateur. Car il faut l'écrire sans ambages : "Traffic" s'affirme d'ores et déjà comme l'un des films majeurs de l'année 2001.
Patrick Beaumont |