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Interview d'Agnès Jaoui pour le film Du vents dans mes mollets. Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Quotidien Cinéma   
23-08-2012

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"Du vent dans mes mollets". Un film de Carine Tardieu avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Isabella Rossellini, Judith Magre, Elsa Lepoivre, Juliette Gombert, Anna Lemarchand.

Sortie le 22 août 2012.

Crédits photographiques : Gaumont Distribution.

INTERVIEW DE AGNES JAOUI POUR  

 

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Carine Tardieu raconte que vous avez accepté le rôle de Colette moins de vingt-quatre heures après avoir reçu le scénario et qu’elle en était d’autant plus touchée que vous êtes vous-même scénariste et réalisatrice.

Tout m’a plu : l’univers, le personnage, tout. La lecture du scénario terminée, j’étais déjà dans le film. Etre scénariste et metteuse en scène ne change rien à  mon regard sur un projet. Simple actrice, j’étais déjà attentive à l’écriture. Plus le scénario est bon, plus il y a de chance que le film le soit aussi. Celui DU VENT DANS MES MOLLETS m’a plu de bout en bout.

 

Aviez-vous vu LA TETE DE MAMAN, le  premier long métrage de Carine Tardieu ?  

Il y a quelques années, Carine nous avait réunies, avec quelques autres réalisatrices et moi pour parler de cinéma. Nous avons échangés les DVD de nos films et c’est ainsi que j’ai découvert le sien. On y retrouve les mêmes thématiques : la mère et la femme sont manifestement des sujets qui la hantent. 

 

Comment résumeriez-vous son film ?

C’est l’histoire d’une petite fille qui, par certains côtés, est peut-être plus adulte que ses parents et les aide à le devenir. A l’inverse, on pourrait aussi dire que c’est l’histoire de parents dont l’existence, la vie amoureuse et familiale, est bouleversée par une rencontre. DU VENT DANS LES MOLLETS est un film à entrées multiples.

 

Parlez-nous de Colette, votre personnage.

C’est une femme angoissée. Elle ne veut pas commettre avec sa fille les mêmes erreurs que sa mère et elle en commet d’autre. Au fond, et bien qu’elle ait une  histoire très personnelle, Colette se heurte aux questions que se posent toutes les mères. Protéger, ne pas protéger assez, ne pas répéter les schémas de la génération précédente est une problématique universelle. Ce qui me plaît, dans le film,  c’est qu’à aucun moment, le film n’émet de jugement.

 

Le fait d’être devenue mère a-t-il modifié votre façon d’aborder le rôle ? 

Je crois qu’on peut tout à fait ne pas avoir d’enfants et être très maternelle, ou le contraire. Un acteur n’a pas besoin d’avoir vécu les choses pour les jouer.

 

Vous êtes, comme votre personnage, d’origine tunisienne. 

J’ai davantage pensé à mes tantes qu’à moi-même en le construisant. Et à cette génération très spécifique des années quatre-vingt, où beaucoup de femmes étaient encore dans la résignation tandis que d’autres - ça a été le cas de nombreuses amies de ma mère-, divorçaient. C’était vraiment une époque particulière, très bien rendue dans le film d’ailleurs. Les femmes commençaient à s’émanciper, certes,  mais la pilule était encore récente et le divorce n’était pas bien perçu. Du reste, c’est moi qui ai proposé à Carine d’appeler le personnage Colette – du nom d’une amie de ma mère qui faisait des boulettes de viande admirables-, au lieu de Françoise, le prénom initialement prévu.

 

Colette est ophtalmologiste. Elle pratique son métier avec efficacité et passion. Pourtant rien de sa vie professionnelle ne transpire lorsqu’elle est en famille.

Son métier et plus valorisant que celui de son mari ; pas forcément plus lucratif, et effectivement, chez elle, tout le monde a l’air de s’en moquer éperdument. On est trente ans en arrière mais je ne suis pas sûre que les choses aient beaucoup changé aujourd’hui.

 

Le souvenir de la guerre est très présent dans le film.

Même si Colette allège et folklorise un peu les choses, elle appartient à une génération marquée de manière indélébile par le conflit. Une de mes amies a été élevée par une dame, ancienne déportée,  qui avait des chiffres tatoués inscrits sur le bras. Comment oublier cela ? C’est un poids très particulier. Les enfants d’aujourd’hui sont beaucoup plus détachés de ces évènements.

 

Dans DU VENT DANS MES MOLLETS, il est aussi question de psychanalyse. Une discipline que votre mère, Gysa Jaoui, spécialiste de l'analyse transactionnelle, pratiquait.

C’est une thérapie mise au point par Eric Berne à partir des années cinquante. Contrairement à la psychanalyse traditionnelle, où le patient est inconscient du processus qui s’instaure, l’analyse transactionnelle part de ce qu’on appelle les  « états du Moi » et s’appuie sur des transactions entre  l’analysé et l’analyste. C’est  une thérapie généralement assez courte. Il faut reconnaître que « Du vent dans mes mollets » fait un peu caisse de résonnance avec ma propre histoire. Je l’aime bien, Colette, elle est à la fois moderne et pleine de réticences. Ce docteur auquel elle emmène sa fille reste un peu magique.

 

Comment joue-t-on dans les films des autres lorsqu’on est soi-même réalisatrice ?

On se laisse diriger, peut-être plus encore qu’avant et avec une joie sans mélange - L’expérience prouve qu’un bon metteur en scène a son film en tête. On regarde aussi. Ça m’intéresse de voir comment les autres travaillent : Carine, par exemple, découpe énormément ses plans, au contraire de moi.  Sur le plateau, je ne suis jamais allée regarder au combo mais j’ai observé les techniciens. Beaucoup m’ont d’ailleurs rejointe sur mon film.  Il y a eu beaucoup de joie durant ce tournage : quand on est  face à des partenaires aussi formidables qu’Isabelle Carré, Isabella Rossellini, Denis Podalydès et Judith Magre, c’est le bonheur absolu, on ne pense plus qu’au plaisir de jouer.

 

LA CRITIQUE DU FILM

Dernière mise à jour : ( 19-09-2012 )
 
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