16 décembre 2018
Netflix

Illang La brigade des loups : l’homme est un loup pour l’homme

En l’an 2029, après l’annonce d’un plan de l’unification des deux Corée, certaines nations imposent des sanctions fortes qui paralysent l’économie des deux pays. Après la survenance d’un groupe terroriste armé appelé à une Secte qui s’oppose au gouvernement et à l’unification, le président a créé une nouvelle division de la police a appelé l’Unité Spéciale qui obtient un pouvoir considérable….

Sorti en 1999 au Japon et l’année suivante en France, "Jin-Roh, la brigade des loups" est un film d’animation culte qui aida beaucoup à la popularisation du genre dans l’Hexagone. Techniquement vieillissant, elle n’en reste pas moins, dans son discours, une œuvre d‘anticipation forte qu’il est de bon ton de revoir régulièrement.

L’annonce, en cette année 2018, d’un remake live, situé non plus au Japon mais en Corée, produit par Netflix et mis en scène par l’un des meilleurs réalisateurs du cinéma d’action du 21éme siècle, avait surpris la plupart des fans. Que raconter de plus que le long-métrage original ? Mais, respectueux de celui-ci, Kim Jee-Woon réussit l’un des meilleurs longs-métrages de cette année 2018 tant sur le fond que sur la forme.

Perdu par son escapade américaine (le temps d’un seul film, "Le Dernier Rempart" avec Arrnold Schwarzenegger en 2013) le cinéaste coréen était pourtant l’un des auteurs à suivre du cinéma mondial après les productions, notamment, de "Deux Sœurs" (2003), "A Bittersweet Life" (2005), "Le Bon, la Brute et le Cinglé" (2008) et surtout, l’excellent et dérangeant "J’ai rencontré le diable" (2010).

Revenu dans son pays après son échec américain, il réalise le sublime "The Age of Shadows" en 2016, une fresque historique injustement oublié en France. Avec "Illang, la brigade des loups", qui est sorti en octobre, sur la plateforme Netflix, il confirme tout le bien que l’on pensait de lui. Car, pour pouvoir apporter sa vision personnelle d’une œuvre encensée de part le monde, en la complexifiant tout en la rendant politiquement d’actualité, il fallait assurément l’audace d’un grand cinéaste.

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Woo-Sung Jung dans illang la brigade des loups

Sur le fond, le message de Kim Jee-woon est multiple. Longtemps placée sous une dictature militaire, la Corée du Sud semble avoir du mal à en finir avec cette période peu glorieuse. Bon nombre de longs-métrages traitent de ce sujet frontalement ou en creux. Les scènes d’introduction rappellent cette période trouble qui semble toujours présente dans l’esprit des coréens, presque trente ans après les faits. La bataille rangée opposant les forces de l’ordre et la secte terroriste, résonne encore comme l’inventaire d’une époque que certains craignent encore en gestation.

De plus, dans "Illang, la brigade des loups", l’aspect politique est excessivement présent, notamment dans la lutte que se livre la police et sa brigade de soldats impitoyables et la sécurité intérieure. Piège, contre-piège, manipulations, chantages, etc. La panoplie complète des films paranoïaques des années 70 semblent convoquée de nouveau, pour notre plus grand plaisir.

Sous influence du conte pour enfants, Le petit chaperon rouge, maintes fois cité voire illustré, "Illang, la brigade des loups" interpelle également sur la nature du mal : d’où vient-il et sous quelle forme ? D’où le corollaire évident sur la frontière fragile entre le bien et le mal ; entre policier et terroristes, la limite est ténue et les actes des uns s’interprètent différemment selon que l’on appartienne à un groupe ou à un autre.

Cette confusion et cette dualité imposent un inconfort de la part d’un spectateur, incapable de savoir si le héros est le héros et si l’héroïne est si vertueuse que cela. Et cette absence d’identification devient l’un des atouts d’un film certainement plus complexe qu’il n’y paraît.

Du côté de la forme, ce long-métrage permet certainement d’assister à l’une des scènes d’actions parmi les plus spectaculaires de cette année 2018. Prisonnier d’une tour de verre, le couple de héros s’en échappe en utilisant tout les moyens possibles. Techniquement parfaite, elle constitue le moment de bravoure d’un film qui n’en manque pas et qui laisse augurer un avenir brillant pour un cinéaste en pleine possession de ses moyens.

Film d’action quasi-parfait (à l’exception, peut-être, d’une accumulation de dialogues et d’explications parfois inutiles), "Illang, la brigade des loups" est donc l’un des films à voir au cours de ce dernier trimestre 2018. Il suffit maintenant juste de regretter, qu’à l’instar du dernier film des frères Coen ("La Ballade de Buster Scruggs") ce joyau n’ait pas eu la possibilité de sortir sur grand écran.

Auteur : Fabrice Simon

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