14 novembre 2018
Netflix

Netflix : Scott Adkins et The Debt Collector


Pour ceux qui ne seraient pas encore familiers de l'œuvre de Scott Adkins, sachez que cela fait presque 10 ans maintenant que le gaillard défend tranquillement son hégémonie dans l'univers underground de l'actionner de Direct To Video. Et pour ceux qui n'auraient aucune accointance avec ce territoire exotique, sachez qu'y survit une conception du genre qui nous occupe inféodée à l'air du temps, donc assez réjouissante pour peu que le plaisir simple d'un high-kick retourné dans la tronche suffit à justifier votre soirée pizza-bière. Dans ce purgatoire de l'acting mais paradis des distributeurs de mandales en 4 dimensions, Scott Adkins s'est tranquillement imposé comme le roi de la colline au travers de quelques rôles marquants (Yuri Boyka forever, les vrais savent). Même si on comprend ce que ce statut peut avoir de précaire à un âge (42 ans) où les prouesses martiales rien moins qu'hallucinantes qui ont fait sa réputation vont commencer à s'avérer difficiles à surpasser. 

Ainsi, de ses récentes tentatives de s'émanciper de l'emploi qui l'a consacré, "Debt Collector" s'impose sans problèmes comme la plus convaincante. Réalisé par Jesse V. Johnson, stakhanoviste du B avec lequel il avait notamment sorti le très sympathique Accident Man en début d'année, "Debt Collector" sort Adkins de sa zone de confort. Le film joue en effet la carte du buddy-movie laid back sous le cagnard de L.A, mettant l'acteur dans les pompes d'un professeur d'arts-martiaux contraint de collecter les dettes pour un truand notoire pour faire face à ses propres créances. Problème : le boulot n'est pas vraiment de tout repos, et son binôme pas vraiment enthousiaste… 

On le voit, si le pitch n'incite pas en lui-même au renouveau copernicien, la formule adoptée secoue agréablement les habitudes d'Adkins, jamais meilleur que lorsqu'il assume sa dimension borderline de cockney à la main lourde. Surtout, l'anglais se révèle étonnamment à l'aise dans le pas de danse à deux à travers son duo avec Louis Mandylor, excellent en gros bras fatigué dissimulant sa mélancolie sous une nonchalance alcoolique. Leur duo constitue même la force motrice du récit, l'alchimie immédiate entre les comédiens ainsi que l'évolution plutôt bien écrite de leur relation achevant d'entériner la réussite du film à cet égard. 


Ce n'est d'ailleurs pas la seule surprise d'un métrage qui s'amuse volontiers à travailler le spectateur sur des terrains où on ne l'attendait pas. Notamment dans son écriture qui relève un argument de polar roublard et blagueur en actionner structuré par niveaux, chaque recouvrement de dettes se révélant plus difficile que le précédent. Un mélange des genres judicieux et un point d'entrée ludique pour le spectateur, d'autant que Jesse V. Johnson derrière la caméra prouve une nouvelle fois qu'il s'améliore de film en film.

Bref, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si dans son dernier tiers "Debt Collector" ne décidait pas subitement de dévier des rails sur lesquelles il s'était installé. En confrontant les personnages à une rédemption qui n'avait pas vraiment lieu d'être, le film tombe dans un pathos lourdingue qui semble appartenir à un autre métrage, pour le coup vraiment mal torché et lesté de tous les tics du DTV fauché. Un peu comme le relou qui insiste pour parler du conflit israélo-palestinien dans une soirée beer-pong.

Il y a un temps pour tout, dommage que Jesse V. Johnson et son équipe n'aient pas choisi de respecter leur propre horloge. Pour autant, "Debt Collector" fera plaisir aux amateurs d'Adkins qui constateront que le film n'est pas destiné qu'à eux justement. Les uns découvriront une réjouissante série B, les autres pourront continuer à tirer des plans sur la comète sur l'avenir de leur poulain. Qui sait, il pourrait même remonter la liste des prétendants au James Bond qui succédera à Daniel Craig…

Guillaume Méral

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