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Sortie le 09 janvier 2008. Crédits photographiques : UGC Distribution.
Paris, veille de Noël. Léo Zimmerman est un homme d'affaires qui ne jure que par le sourire de sa fille qu'il chérit par-dessus tout. En apparence, sa vie est exemplaire. Pourtant, lorsque Dimitri Kopas débarque dans son bureau en se faisant passer pour un client ordinaire, Léo comprend qu'un contrat a été passé sur sa tête et que le jeune homme est là pour l'exécuter. Dévoré par l'angoisse et la paranoïa, ne dormant plus, Léo décide de venir à la rencontre du tueur et lui propose un étrange marché. Pour sa première réalisation, Cédric Anger a choisi le film de genre. Connu jusqu'ici comme scénariste, pour Xavier Beauvois ("Selon Matthieu" puis "Le Petit Lieutenant") et Werner Schroeter ("Deux"), il avait signé en 2002, un court métrage, "Novela", avec déjà dans le rôle principal Grégoire Colin. Sur une intrigue reposant à la fois sur une situation assez forte et simple, il signe donc premier film, plein de belles promesses à venir. Si "Le Tueur" n’est pas complètement convaincant, il mérite largement ses lettres de noblesse au royaume des thrillers. Film d'atmosphère, Le Tueur ne repose pas sur des scènes d'action, loin de là... "Le Tueur" développe une non-intrigue. Il ne se passe pratiquement rien. "Le tueur", durant 1h30, attend son contrat, dans une chambre d'hôtel, dans une voiture, dans les bras d'une belle jeune femme, c’est à dire qu'il peine à s’exécuter. Le film est construit sur la relation entre tueur et victime et dans l'attente, justement. L'idée première du film est de montrer un tueur qui attend. Son enjeu est de retarder le meurtre et, à partir du "pacte" passé entre la victime et l’exécuteur, montrer comment ce dernier occupe ses journées. Que fait-on lorsque l’on attend de tuer quelqu'un ? Le film est dénué d'enjeux dramatiques, la fin en étant, dès le départ, connue. Mais c’est là que tout commence, qu’un autre drame peut naître, que cela en devient fascinant. Face à l'ambiance noire plus ou moins réussie, le tueur devient profond. Au-delà de son regard ténébreux et de ses joues creusées, cet homme comme les autres, avec les mêmes faiblesses, émeut. Le film montre une autre réalité du métier de tueur : l’autre côté de l’exécution du contrat et donc un certain ennui face à l’adrénaline. Attendre, dormir, se relaxer, manger, s'assoupir, se traîner... Il arrive à créer une dramaturgie dans l'immobilisme. Il est également l’histoire d’un homme qui se bat avec la mort, qui met définitivement ses affaires en ordre, qui tente une dernière fois de tout maîtriser. "Le Tueur" est film sombre, prenant, pessimiste mais aussi touchant. Les dialogues vont à l'essentiel, ils sont sibyllins. Le film est très épuré. L'action, sur un faux rythme, peut paraître lente mais n'est jamais ennuyeuse. "Le Tueur" est très bien filmé. La mise en scène est simple, fluide, précise et sans artifice. Le réalisateur nous promène dans un Paris moins touristique, de Bercy au Quartier chinois en passant par Tolbiac. Les images sont belles, assez sombres et unies autour de gris. Caroline Champetier, chef-opératrice de renom, ayant travaillé avec Rivette, Doillon, Jacquot, Téchiné ou... Xavier Beauvois, a insinué au film un mélange de lumière froide tout en étant teintée de quelques éclairs de brillance. L’ambiance particulière est rehaussée par une musique bien en adéquation. La musique occupe une grande place dans "Le Tueur". Elle est très présente dans le film, plus que d'ordinaire pour un film français. On pourrait même dire qu’elle est omniprésente, un peu trop… même si elle s’invite comme un vrai personnage. Elle permet de créer de vraies scènes de thriller, d’angoisse et de stress notamment en début de film. Certaines scènes sont parfois dénuées de tout dialogue, appuyées uniquement sur la musique. Cette dernière a été composée par Grégoire Hetzel. On entend aussi des morceaux rock. L'interprétation est tout aussi sobre et sombre que le reste. Gilbert Melki, acteur atypique dans le cinéma français, offre une composition pertinente. Il dégage une certaine aura, un charisme. Sa confrontation avec Grégoire Colin, autre acteur atypique et plus rare, est d'une grande intensité. Cédric Anger a écrit le rôle de Kopas, le tueur, spécialement pour Grégoire Colin. L’acteur a quelque chose de mystérieux, d'opaque, avec des lueurs d'enfances par instants. Il porte le trois-quart en cuir caricatural de l'esthétique du tueur, comme l’explique le réalisateur. La complémentarité des deux comédiens principaux est évidente. Gilbert Melki est nerveux, expressif et mobile. Il porte une certaine folie dans le regard. Cadre dynamique, Il est un homme normal et un papa aimant. D'un côté donc, un acteur expansif et de l'autre un introverti, cela fait une belle rencontre de personnages qui finalement finissent par se comprendre. Dans un rôle secondaire, on retrouve la jolie Mélanie Laurent. Elle est très bien en jeune femme troublante et sensuelle. Malgré quelques maladresses, une certaine maîtrise apparaît. Une histoire forte, construite intelligemment qui se laisse seulement partiellement devinée, même si la toute fin du récit peut apparaître, il faut le dire, un peu niaise. Comme les deux personnages, on attend. Et cette attente devient bizarrement intéressante, même si elle n’est pas totalement passionnante. On attend avec eux le dénouement qui semble inéluctable. Un premier film assez réussi. Marguerite Contrefée |